L'invitée de Nigerdiaspora, Inna Karanta : "Notre mère-patrie, nous devons lui montrer tout l’amour qui est en nous"

Inna Karanta Ramatou SalifouMme. Inna Karanta Ramatou SalifouComment vous présentez-vous aux internautes de Nigerdiaspora ?
Inna Karanta pour les internautes, je suis activiste-web
On nous qualifie d’agent de changement mais je dirais plutôt réformateur ; nous (membres du groupe Nigérien Cyber citoyen) sommes des réformateurs et nous usons des réseaux sociaux pour faire passer le message du ‘Nouveau Nigérien’

Pour nous, l’utilisation d’internet et des réseaux sociaux peut faire naitre un espoir.

Nous nous sommes engagés dans le combat citoyen afin de réussir un changement de comportements et de mentalités ensemble avec nos concitoyens présents sur le net surtout et au-delà.

Nous pensons que les efforts doivent être multiples et divers et nous avions choisi d’exploiter positivement l’espace que nous donne la toile afin de tirer la sonnette d’alarme sur nos mauvais comportements et surtout nous amener à changer.


Si vous devez présenter l’association NCC, que direz-vous d’elle ?
Nigérien-cyber citoyen est une plate forme sociale qui regroupe les citoyens nigériens. Plus qu’une association c’est un mouvement qui s’est fixé comme objectif de dénoncer, agir et faire agir les autorités sur des situations diverses (insalubrité, catastrophes naturelles, sinistre, cas sociaux…)

Ina Karanta 01Un mouvement parce que tout citoyen nigérien et du monde tout simplement, touché par les valeurs que nous véhiculons nous rejoint en un clic que ce soit sur Facebook, Instagram, YouTube ou sur Twitter.

Nous avons jusqu’ici procédé en respectant les 3 points de notre objectif général.

Nous dénonçons une situation surtout dans le cas de l’insalubrité, nous agissons si rien n’est fait par les autorités publiques

En agissant nous invitons les autorités à participer, de ce fait, elles sont interpellées et agissent.

Quelles sont les actions portées par l’association depuis sa création ?
En une année et demie de vie, il nous faudra des pages pour décrire toutes nos actions.

Nous avons débuté avec des actions citoyennes de salubrité dans les différents arrondissements de la Capitale et nous accompagnons également une association qui a comme objectif l’entretien du cimetière Yantala.

Avec d’autres nigériens acteurs du changement, nous nous sommes mobilisés pour apporter notre infime soutien aux populations déplacées et réfugiées de la Région de Diffa à travers le mouvement dénommé #DiffaICare,

Durant l’été 2017, un autre réseau de solidarité et de soutien a vu le jour suite au désastre causé par les pluies diluviennes sur la capitale ; le quartier de Gabgoura a connu un grave sinistre ; de nombreuses familles se sont retrouvées sans toits. Nous leur avions apporté des vivres, des vêtements, des médicaments, des couvertures et des matelas.

Plus récemment début février 2018, le Ceg 35 de Niamey a connu un incendie, nous nous sommes mobilisés le plus rapidement pour reconstruire 18 classes en paillote et avons offert 100 tables-bancs à cette école afin que les écoliers reprennent rapidement le chemin de l’école.

Notre première action était celle du 04 juin 2016 coïncidant avec la journée internationale de l’environnement dépotoir du palais de justice disparu après quelques mois grâce à notre détermination et l’implication du Procureur de la République.

La 2éme était nocturne, la nuit du 03 au 04 juillet 2016 à Djamadjé, c’était au mois de ramadan, la nuit dite du destin, très importante pour la communauté musulmane à trois jours de la fête, ce dépotoir du marché était insupportable. Les jours suivants, la mairie a continué l’enlèvement. Les bennes ont disparu et le site a été balisé. Le dépotoir a aujourd’hui disparu mais le Gountou Yena constitue encore un nid géant de maladie à ciel ouvert et les comportements des vendeurs et ceux qui fréquentent le marché n’ont pas changé.

La 3éme action du juillet 2016 le plus grand dépotoir du 1er arrondissement de Niamey

Inna Karanta 1Etalées sur plus de 500 mètres de long et plus de 100 mètres de largeur, c’était pratiquement toute la voie de ce nouveau quartier que les ordures ont envahi. Avant cette action, nous avions fait du porte à porte pour avoir l’avis et le soutien des riverains.

Nous avons appris que ce sont les ramasseurs qui déversaient là et que la mairie avait abandonné l’enlèvement. Nous avons donc invité le maire de l’arrondissement, le Haut-commissaire à l’initiative Niamey Niala, le maire central, le ministre de la ville et de la salubrité et la presse.

Nous n’avions pas assez de budget pour tout enlever, mais il fallait initier quelque chose pour faire bouger les lignes. Dès le lendemain, une réunion d’urgence a été convoquée à la Présidence ; le mardi, le journal étatique a titré « le déclic » en parlant de notre activité en lien avec la réunion d’urgence. Quand aux populations, les riverains ont promis de devenir des « gendarmes de la propreté et du civisme ». Cette action est l’une des plus grandes que nous avions mené Rfi, Radio kalangou, Business Challenge,Labari, Niger 24, le Sahel en ont d’ailleurs parlé.

Inna Karanta 2

Nous avions aussi organisé la plus grande séance de salubrité au Cimetière Yantala le 02/07/2017 en termes de mobilisation et d’implication des citoyens et des autorités publiques.

Notre mouvement a deux spots de sensibilisation à son actif :

  1. Sur le déversement des eaux usées dans nos rues
  2. Une alerte sur le risque environnemental et sanitaire du Gountou YENA

Je ne peux pas citer toutes les actions ici et j’invite les lecteurs de Nigerdiaspora à aller sur notre groupe Facebook dénommé Nigérien Cyber Citoyen qui contient l’historique de toutes les actions et dénonciations. Nous sommes également sur Twitter sous le nom @Cybercitoyen et sur Instagram Nigérien Cyber Citoyen pour ceux qui veulent nous suivre et adhérer.

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Avez-vous sondé son impact auprès de la population ?
En tout, nous recevons des encouragements et surtout des remerciements des riverains des lieux où nous avons agi.

Les résidents autour de la Centrale Nigelec nous remercient, car nos publications et lancements d’alerte sur les débordements, les comportements et le non-enlèvement à temps des ordures ont contribué à faire disparaitre ce dépotoir.

Sans nous vanter, pour les actions citées ci-dessus (Palais de justice, Koubia, Djemadjé, Talladjé) c’est grâce à notre groupe et ses actions que ces dépotoirs ont disparu et que les citoyens peuvent respirer un air pur autour de ces endroits.

En termes de solidarité, d’impact, seuls ceux qui les reçoivent peuvent en témoigner.

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Que pensez-vous de la situation actuelle de l’insalubrité de certains quartiers de Niamey ?
Je vais le dire avec un pincement au cœur, il n y a pas un seul quartier qui soit aux normes d’hygiène dans notre capitale.

Même dans les quartiers Plateau, Koira-Kano et Cité Fayçal sensés être huppés, les riverains ont des tonneaux leur servant de poubelles. Cependant ces tonneaux débordent souvent et enlèvent toute beauté aux quartiers.

A l’insalubrité ambiante il faut ajouter l’état dégradant des routes. J’ai récemment fait cas d’une rue du quartier Issa-béri.

Nous, citoyens occupant les lieux pouvons beaucoup mieux faire pour endiguer ce phénomène d’insalubrité ambiante.

Les autorités municipales doivent régulièrement procéder aux enlèvements des dépotoirs  et sanctionner les contrevenants aux textes du Code de l’hygiène.Niger cyber citoyen 06

L’Etat doit repenser la gestion des ordures et inviter les investisseurs et les opérateurs économiques à s’intéresser au secteur de l’hygiène publique et créer des industries à même de transformer ses déchets en richesse. Je pense notamment au recyclage, à la transformation en pavés…

Les sacs plastiques constituent une part importante de nos déchets, alors même que la commercialisation, la production et l’industrialisation de ces derniers sont interdites.

Interdiction Loi n°2014-63 du 05 novembre 2014, il est temps de dépoussiérer les textes et les mettre en application, car notre environnement est en danger.

Envisagez-vous des actions environnementales locales ou à l’intérieur du pays ? Pourquoi ?
Nous avons des membres de notre groupe qui résident à l’intérieur du pays. Au début nous avons même reçu des demandes pour mettre en place des bureaux locaux NCC, nous avons expliqué aux membres que chacun à son niveau peut et doit faire quelque chose, NCC est un déclic.

A Agadez, le mouvement Agadez AFARAD a vu le jour en 2016, de même à Dosso et Tillabéry des mouvements d’action comme le nôtre ont vu le jour et nous nous encourageons en partageant nos expériences

A Diffa, nous saluons un jeune frère Adji GANI qui depuis des années ne ménage aucun effort pour rendre cette ville propre à travers son Association IJVPE et l’initiative DIFFA CHAWA.

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Pour répondre à votre question, sans nous déporter à l’intérieur du pays, nous souhaitons que les citoyens quelque soit leur âge s’engagent partout où c’est utile pour NCC, c'est-à-dire Notre Cause Commune qui est la devise du Nigérien Cyber Citoyen.

Nous avons récemment échangé sur une initiative (les espaces citoyens verts) il s’agit de planter des arbres dans nos maisons et autour, ainsi on créera des quartiers entièrement verts qui donneront des villes vertes. C’est encore en gestation, je peux déjà dire que l’expérience va bientôt démarrer en dehors de la ville, l’expérimentation va se faire sur des terrains non bâtis dans un premier temps.

Votre engagement citoyen est sans doute un exemple pour notre jeunesse. Avez-vous un conseil pour ceux qui voient en vous un modèle ?
Notre mère-patrie, nous devons lui montrer tout l’amour qui est en nous. Elle mérite que nos regards soient tournés vers elle et que nous en prenions le plus grand soin. Chacun dans son domaine, qu’il soit jardinier, plombier, docteur, ingénieur, coiffeuse, nous devons cultiver l’excellence afin de voir notre mère sourire et ne plus souffrir de cette image négative qui lui colle.

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Notre engagement découle des valeurs universelles de citoyenneté, de patriotisme, d’africanité.

Alors, chacun est capable de ressentir et d’être guidé par ces valeurs humaines.

Il faut penser à l’Afrique qui est à la traine des autres continents, penser au Niger notre patrie qui a besoin de nous pour se relever, s’engager à être meilleur à l’école, s’engager à être meilleur employé, meilleur chef d’entreprise, meilleur papa, meilleure maman et meilleur enfant, cet engagement doit d’abord être individuel avant d’être collectif.

Quel est votre mot de la fin ?  

Le changement de mentalité s’impose à nous. L’assainissement doit être au cœur du programme de développement.

Nous devons faire corps avec le civisme, le patriotisme et être jaloux de notre pays. Le Niger peut et doit être meilleur que çà, et ce, dans tous les domaines.

Réalisée par Boubacar Guédé

25 février 2018
Source : http://nigerdiaspora.Net

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