SIM Aminchi 0range

Interview de M. Kalla Moutari, ministre de la Défense Nationale «Nous avons tiré la leçon toute simple selon laquelle en mutualisant leurs forces, les pays africains peuvent venir à bout de ces mouvements terroristes»

Interview de M. Kalla Moutari, ministre de la Défense Nationale «Nous avons tiré la leçon toute simple selon laquelle en mutualisant leurs forces, les pays africains peuvent venir à bout de ces mouvements terroristes» Les pays du Sahel sont confrontés à beaucoup de défis communs non seulement en termes de développement mais aussi et surtout sur le plan sécuritaire. C’est ce qui justifie d’ailleurs la création de la Force conjointe du G5­Sahel pour accompagner les efforts de dé­ veloppement entrepris dans les autres secteurs. Dans cet entretien, le ministre de la Défense nationale M. Kalla Moutari revient sur les motivations de la création de la Force conjointe, son mécanisme de financement et de fonctionnement, les résultats obtenus grâce à la mutualisation des moyens, l’aide des partenaires extérieurs y compris sur le plan militaire, etc

Monsieur le ministre, les pays du G5 Sahel ont mis en place une force conjointe ; qu’est­ce qui justifie la création d’une telle force et quelles sont les missions spécifiques qui lui sont assignées ?

La création de la Force du G5 Sahel est une initiative portée par le Pré­ sident de la République du Niger. Cette force est une sorte de duplication d’une autre initiative qui a été mise en œuvre dans le Bassin du Lac Tchad (la Force mixte multinationale) qui regroupe le Niger, le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Bénin. Nous avons vu les résultats concluants de cette force multinationale qui, a permis à nos Etats, de maîtriser la situation sécuritaire dans cet espace là. Nous avons tiré la leçon toute simple selon laquelle en mutualisant nos forces, les pays africains peuvent venir à bout de ces mouvements terroristes qui, eux aussi, ont des envergures internationales. Nous sommes convaincus qu’à l’échelle d’un Etat, on n’y arrivera pas. Mais s’il faut attendre que d’autres pays nous viennent en aide, c’est aussi nous exposer à ce que cette menace perdure. Voilà pourquoi nous nous sommes réunis pour mutualiser nos forces et combattre ce fléau (le terrorisme) sans qu’on se cloître. Nous sommes restés ouverts à la solidarité internationale. Ce qui ne nous a d’ailleurs pas manqué et n’a pas tardé à se manifester. Nous avons obtenu le soutien de l’Union Européenne, de la France qui est particulièrement engagée et qui porte avec nous ce projet ; il y a aussi les Etats Unis, l’Arabie Saoudite et d’autres pays encore qui sont venus donner un coup de pousse important à ce projet. Aujourd’hui, nous sommes particulièrement avancés.

Quel est le niveau actuel du financement et surtout de mobilisation des annonces faites par un certain nombre de partenaires ?

Il faut noter ce projet a été adopté par les Nations Unies, l’Union Européenne, les Etats Unis et d’autres pays partenaires comme la France, l’Arabie Saoudite. Nous pensons que quelque chose qui été conçu à l’échelle africaine ; quand il a la bénédiction de ces partenaires stratégiques importants, il n’y a pas d’inquiétude à se faire par rapport au financement. La preuve est que nous sommes en train de boucler la mise initiale de ce financement. Nous serons à Bruxelles le 23 février prochain pour faire le point du financement.

Qu’en est­il des contributions des cinq (5) pays membres du G5 Sahel ?

Les pays membres devaient en effet contribuer, chacun, à hauteur de 10 millions de dollars. Il faut préciser ici qu’il s’agit de la mobilisation et l’équipement des différents bataillons ainsi que leur prise en charge. C’est ce qui constitue une partie de la mise initiale et c’est ce que nous sommes en train de faire actuellement. Nous avons mobilisé ces bataillons sans un seul franc de l’exté­ rieur. Nous les avons équipés avec nos propres moyens ; ils sont déployés, notamment pour ce qui est qui fuseau Centre (la zone frontalière Niger­MaliBurkina). C’est cela d’abord les efforts endogènes.

Là où ce n’est pas encore effectif, ce n’est pas lié aux finances, mais plutôt à des questions techniques par exemple le choix de l’emplacement des états­majors ou de déploiement de troupes, ou même quelque fois des questions juridiques comme jusqu’où peut aller la compétence de la force du G5 par rapport aux territoires tiers, jusqu’où peuvent agir les armées nationales à l’intérieur d’un pays tiers. Ce sont ces questions là qui ont amené certains à hésiter, mais nous avons réglé ces questions.

Les pays membres du G5 sont déjà confrontés à des défis sécuritaires qui demandent un déploiement des troupes notamment à l’intérieur ; de quelle marge de manœuvres dispose­t­ils, en termes de ressources humaines, matérielles et même financières, pour mobiliser des troupes supplémentaires dans le cadre de cette force conjointe ?

Comme je l’ai dit tantôt, cette force c’est la mise en commun de nos forces et des nos moyens. Nous ne la dé­ ployons pas ailleurs. Elle est là pour sécuriser l’espace G5, ce n’est pas des opérations hors du G5­Sahel. Normalement, ce qui ce se passe dans chacun des pays du G5, chaque pris devrait s’occuper individuellement de l’aspect qui concerne son espace territorial. Cela est difficile à l’échelle nationale ; c’est une situation qui demande énormément de moyens matériels et financiers, mais aussi en termes de personnels. C’est pourquoi nos Etats ont décidé, à travers le G5, de se mettre ensemble. Ensemble, nous sommes plus forts en financement, en matériels, mais aussi en personnels ; et ça allège la charge pour tout le monde. Ce n’est pas des ponctions supplémentaires qu’on fait sur nos effectifs, c’est la mise en commun de nos effectifs et de nos moyens pour faire face à une menace dans une zone donnée de notre espace.

De toute fois façon, c’est une urgence aujourd’hui à recruter davantage de soldats, c’est une urgence à mobiliser davantage de moyens parce que la menace est extrê­ mement importante et elle a tendance à nous envahir tous. Si on ne fait pas l’effort nécessaire, c’est la souveraineté de nos pays qui serait menacée, c’est la confiance des populations vis­à­vis des Etats qui est menacée, c’est la capacité des Etats à assurer la sécurité qui est menacée.

Peut­-on dire, aujourd’hui, que la Force conjointe est déjà opé­ rationnelle et quels en sont les résultats sur le terrain ?

La force est opérationnelle pour ce qui est du fuseau Centre ; elle est en train de se mettre en place par rapport aux fuseaux Est et Ouest. C’est dire que la force est en place entre le Burkina, le Mali et le Niger où il ya des menaces réelles et très actives. Nous avons mis tous nos bataillons ; les unités burkinabè se sont installées, le Mali est en train d’installer les siennes. Vous savez que c’est le pays qui a été le plus touchées et qui a connu le plus de difficultés.

Le Mali est en train de faire des efforts importants pour installer cette force là. Nous avons déjà commencé des opérations dans ce secteur là. Au niveau du secteur Est (Niger et Tchad), le dispositif est en train de s’installer ; l’espace est délimité, le siège est retenu, les états­majors sont en train de se constituer, mais nous avons déjà nos bataillons qui sont positionnés dans cette partie. L’autre fuseau (fuseau Ouest) qui concerne la Mauritanie et le Mali est aussi en train de s’installer parce qu’il ya cette menace aussi en Mauritanie, même si on n’entend parler. Il ya une sorte de nébuleuse endormie qui a commencé à réagir dès que le G5 a commencé à s’installer puisqu’il constitue pour elle, une véritable barrière.

Quels seront les rapports de cette force avec les armées nationales d’une part et d’autre avec les autres missions comme la force Barkhane, les Américains ou la MINUSMA qui opèrent aussi l’espace du Sahel ?

Nous avons le soutien décisif de la France et de l’Union Européenne ; nous avons aussi un soutien extrêmement important des Etats Unis. Ce soutien n’est pas seulement dans le financement du G5 mais aussi dans la synergie d’actions sur le terrain. Initialement, ces deux forces présentes au Niger (la France et les Etats Unis), étaient installées pour aider à gérer la crise au Mali pour les cas des Français alors que les Américains étaient là pour aider à gérer et contenir les menaces provenant de la Libye. Notre diplomatie a profité de la présence de ces forces sur notre territoire pour voir comment elles peuvent renforcer l’Armée nigérienne. Et c’est pourquoi nous travaillons quotidiennement avec la force Barkhane et les forces américaines qui nous aident en formation, en équipements mais aussi en renseignement. Vous savez que sur toute la longueur des frontières de notre pays, il n’ya que la frontière avec le Bénin, et c’est la plus petite, qui soit relativement calme. Sinon au Nord avec la Libye et l’Algérie, à l’Ouest avec le Burkina Faso et le Mali, dans le bassin du Lac Tchad à l’Est et au sud avec le Nigeria, notre pays fait face à des menaces au niveau de toutes ces frontières. Vous imaginez l’ampleur de la tâche sans l’appui de ces armées sœurs qui sont beaucoup plus équipées que les nôtres et qui ont une expérience avérée dans la lutte contre le terrorisme.

Je pense qu’il faut appré­ cier à sa juste valeur cette coopération militaire, qui nous permet de rester un pays relativement sécurisé. Ce qui est au bénéfice de nos populations. Il faut louer cet esprit d’anticipation du Président de la République qui nous a permis de conserver intact notre pays parce qu’il n’y aucune force qui contrôle une quelconque portion de notre territoire national. C’est extraordinaire dans le climat actuel qui prévaut dans le Sahel, avec la généralisation des menaces.

Malgré, la présence des forces internationales et le début des opérations de la force conjointe, les pays du Sahel continuent à subir les attaques des groupes terroristes ; qu’est­ce­qui explique cet état de fait ?

C’est très facile pour les groupes terroristes de faire du mal parce qu’ils sont quelque part dans un espace qui n’est pas contrôlé, dans lequel ils se sont installés, dans lequel ils font la loi, puisqu’ils contrôlent ces espaces. Et à chaque fois qu’ils trouvent quelques possibilités de nous faire mal, ils font des incursions au Niger et se retirent immédiatement dans ces zones qui sont relativement peu contrôlées. C’est ça la difficulté de la guerre contre le terrorisme. On parle de guerre asymétrique, parce qu’on a à faire des ennemis invisibles, qui se fondent parmi les populations, qui font usage de tous les moyens avec pour seul but de faire mal peu importe la cible. L’essentiel pour ces groupes terroristes c’est de taper et de tuer. C’est facile de faire mal, puisqu’ils choisissent indistinctement leur cible qui peut être une mosquée, une caserne, un marché, une colonne militaire ou un cortège de mariage, un rassemblement de baptême ou une gare routière.

Il faut que les Nigériens comprennent que si on ne nous fait pas de mal dans les mosquées ou les marchés comme ça se passe ailleurs, c’est parce que nous avons des gens qui tiennent ces marchés. C’est pourquoi on entend souvent que des gendarmes ont été tués parce qu’ils sécurisent un marché, on entend que des Gardes nationaux ou des policiers sont victimes dans une embuscade dans leurs déplacements pour aller sécuriser tel ou tel axe. C’est important de le noter, c’est le signe que l’Etat du Niger est présent partout.

Là où nous avons des difficultés à assurer la sécurité dans les conditions normales, c’est le cas de certains marchés frontaliers, nous avons décidé de fermer ces marchés notamment à la frontière du Mali et dans le Lac Tchad, parce que ce sont des marchés où les groupes terroristes peuvent venir se ravitailler et se renseigner. Chaque fois que nous avons des difficultés de ce genre, nous avons évalué la situation et pris des décisions qui nous permettent de mieux sécuriser notre population.

Quelles sont vos attentes vis­-à-­vis de cette rencontre de Niamey ?

Ce sommet aura au menu plusieurs points d’ordre du jour parce que le G5 Sahel, ce n’est pas seulement la défense et la sécurité, c’est aussi le développement de cet espace là. On l’oublie trop souvent, le G5 est un projet de développement économique et social qui intéresse les pays. C’est parce que le facteur sécurité est venu à l’actualité que le G5 n’est vu qu’en termes de défense et de sécurité. C’est que les dossiers qui seront soumis aux Chefs d’Etat, seront produits par la tutelle du G5 Sahel qui est le ministère du Plan.

C’est pour vous dire toute la dimension de dé­ veloppement économique et social du G5. Ce n’est pas seulement la sécurité et la défense. Pour ce qui nous concerne, nous avons fait ce qui nous regarde au niveau du ministère de la Défense, mais les ministres en charge du Développement ont aussi tenu leurs réunions pour élaborer les dossiers et les projets qui seront soumis aux Chefs d’Etat qui, à leur tour, vont décider de l’avenir de ce projet là.

Réalisée par Siradji Sanda

07 février 2018 
Source : http://www.lesahel.org/


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