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L'Invitée de l'Onep : Pr Antoinette Tidjani Alou, coordinatrice de la Filière Arts et Culture, Département des Lettres, Arts et Communication (FLSH) de l'Université Abdou Moumouni

Pr Antoinette Tidjani Alou Pr Antoinette Tidjani Alou L’Université Abdou Moumouni organise au nouvel espace « Arts et Culture » des ateliers pré colloque du 3 au 6 février 2018, une « Journée Labo » le 6 février 2018 et, du 7 au 8 février 2018, un colloque international sur le thème : « Les Arts et la Culture : quels impacts politiques, économiques et sociaux ? » et des soirées spectacles et scènes ouvertes et des projections de films des étudiants le 7 et 8 février respectivement, à partir de 20h à la FLSH. On dirait vraiment que vous mettez le paquet et que vous grandissez par bonds depuis la création de la Filière en octobre 2014. Effectivement, on ne lâche rien ! Mais c’est un effort conjoint, immense, de longue haleine, qu’il faut accompagner avec persévérance par la pensée et l’action, les deux ensemble, se renforçant. La filière “Arts et Culture” prend sa source dans l’université même qui l’a appelé de ses vœux afin de réaliser la vocation culturelle, inscrite dans les statuts de l’institution. C’était d’abord le vœu d’étudiants voulant étudier les arts et la culture dont ils étaient passionnés, acquérir un bagage intellectuel et pratique, sanctionné par des diplômes. Puis celui de l’institution toute entière. Il fallait donc, enfin, donner forme et réalité à cette vocation culturelle de l’université, l’honorer et la mettre en œuvre par un programme universitaire, couvrant tous les niveaux : Licence, Master et Doctorat (LMD). Cette formation théorique et pratique inclut et dé- passe les arts de la scène, d’où la nouvelle dénomination plus juste de filière “Arts et Culture”. Les équipes rectorales et décanales, celles qui nous ont vus naître et qui nous ont portés sur les fonts baptismaux et celles qui veillent actuellement sur notre bon ancrage, ont fait et font montre d’une ouverture d’esprit et d’un dynamise sans pareil qui permettent à l’Université Abdou Moumouni et au Niger, par conséquent, de prendre de l’avance sur les universités de la sous-région dans ce domaine. Déjà les étudiants arrivent du Benin, du togo, du Mali, du tchad... Mais rien ne se fait sans argent. Et la formation professionnelle demande des fonds substantiels pour une mise en place conforme. C’est le lieu de remercier la Suisse qui nous aide dans cette phase d’ancrage par un effort substantiel dans le cadre du projet PADEC.

Pour y revenir, pourquoi ce nouveau colloque ? Expliquez nous le choix de cette thématique.
Ce colloque de 2018 poursuit le dialogue déjà entamé par les colloques de 2014 et de 2016. Ceux-ci s’étaient focalisés sur des problématiques fondamentales : "L'Art et la Culture vus d'Afrique. Réalités et perspectives contemporaines", thème du colloque de 2014, a examiné le contexte dans lequel la filière est née et dans lequel elle avait à s’ancrer et grandir. Les panels se sont penchés sur les concepts et conceptions, acteurs et pratiques des domaines pertinents. Le but était de mesurer les défis et potentiels d’un programme théorique et pratique, ambitieux et durable à travers, en arts et culture, le questionnement suivant : Qu’est-ce que l’art ? Qu'est-ce que la culture ? Qui dé- cide ? Quels sont arts et cultures qui émergent dans les jeunes générations ? Qui en sont les acteurs ? Comment opèrent-ils ? Quelles sont leurs relations avec les politiques, les professionnels de la culture et les chercheurs ? Quels sont les rapports entre les patrimoines et les arts contemporains en Afrique ? Comment les enseignants universitaires conçoivent-ils l’art et la culture, comment l’enseignent-ils, comment ‘l’utilisent’-ils ? Le développement par l’art et la culture, quels en sont les enjeux ? Quelles dé- rives ? Qui mène la danse ?

«Par ce 3ème colloque international, l’Université Abdou Moumouni réitère son ferme engagement à promouvoir la créativité scientifique, l’intégration universitaire des savoirs et savoir-faire artistiques et culturels de haut niveau(…) »

Le colloque de 2016 s’est penché sur la question de la formation : "Quelle place pour l'art et l'artiste dans l’enseignement en Afrique ? "
face au constat double que : chez nous,l'art et ses praticiens sont le plus souvent cantonnés à des rôles qui les minimisent et les folklorisent ; que les organisations internationales et les diplomaties culturelles considèrent l’art et la culture comme des antidotes au terrorisme destructeur (de la beauté, de la paix, de la joie, des économies, des lieux de mémoire et des symboles de cohésion) ; nous avions voulu explorer l’idée que la formation, la création et la valorisation du patrimoine représentent des moyens privilégiés pour professionnaliser les artistes et améliorer ainsi leur statut économique et social ; donner une vie artistique et culturelle plus forte à l’université en vue d’un rayonnement légitimé plus large ; faire entrer les problématiques idoines dans la recherche universitaire et dans les curricula de formation ; et mettre la filière et les artistes hors filière en ré- seaux. Avec le thème « Les Arts et la Culture : quels impacts politiques, économiques et sociaux ? », le colloque de 2018 prend du recul afin de considérer ces problématiques et acteurs dans une perspective encore plus large : visionnaire et pratique, politique, éthique et, évidemment, esthétique.

Le colloque cherche à aborder une question que beaucoup de personnes se posent, dont d’aucuns s’offusquent, non sans raison : « À quoi ça sert ? ». Sans se réclamer d’un positionnement utilitariste, il nous semble urgent d’examiner et de faire ressortir la pertinence et les bénéfices des pratiques, productions et innovations artistiques et culturelles pour le pays, la région, le monde.

Vous voulez dire que c’est sérieux tout cela, que les arts et la culture sont dignes et importants ? Qu’ils détiennent des clés pour faire avancer le pays ?
Sur le plan politique, l’actualité nationale souligne que le gouvernement se tourne vers la culture en quête de solutions pour faire avancer le Niger. Baptisé « Programme de Renaissance Culturelle », matérialisé par un Ministère de la Renaissance Culturelle, des Arts et de la Modernisation Sociale visiblement sous-financé, cette politique de changement par la culture vise à faire sortir le Niger de la léthargie économique liée à des conceptions et pratiques bloquantes.

Ce sont des problèmes de « mentalité », notamment, contre lesquels le gouvernement voudrait chercher des remèdes censés exister dans un substrat culturel ancestral. Celui-ci est perçu, a priori, comme étant pur, primordial et thérapeutique. De telles intuitions, intéressantes en partie, restent encore lettre morte pour l’essentiel. faute de savoir et de savoir-faire, elles demeurent sans projet et sans budget consé- quent en dépit des appels à réflexion, malgré la mise en place de dialogues d’experts. Or « le politique » ne se confine ni au seul pouvoir public contemporain ni aux pratiques de l’état. Partout dans le monde, au cours de l’histoire humaine, les pratiques et praticiens artistiques et culturels ont eu des rôles importants à jouer dans l’élaboration, l’esthétisation et la symbolisation de l’identité collective. Le pouvoir politique n’a jamais manqué d’employer l’art et la culture dans la recherche indispensable de la cohésion sociale.

Ces idées ne sont pas nouvelles. Ce qui manque c’est la formation, la collaboration entre disciplines. faire bouger les lignes et les pratiques par le levier de l’art, de la culture. Des disciplines aussi différentes que la biologie végé- tale, la médecine, la gestion et l’histoire, par exemple, peuvent bénéficier d’expertise artistique et culturelle pour se renouveler dans leurs problématiques et méthodes de diffusion, notamment. C’est l’objectif, à titre de première conversation, de notre «Journées Labos » du 6 février.

Et on savait tout cela déjà ? Depuis longtemps que l’art et la culture ‘servent’ à quelque chose ?
Oui. En Afrique contemporaine, cette problématique, sous ses déclinaisons — culture et nation / culture et transnation —, a eu le vent en poupe dans les décennies suivant les indépendances. Elle a impacté les pratiques des individus et des états, des artistes et des politiques, convaincus les uns et les autres, malgré la variété de leurs intentions, idéologies et pratiques, de l’impact certain et crucial de l’art en particulier et de la culture en général. Divers documents, chartes, manifestes, festivals, organisations politiques et associations culturelles (nationaux, internationaux, nationalistes ou panafricanistes) ainsi qu’une variété de productions culturelles (films, romans, créations pour la scène), ont fourni une multitude de discours affirmant que : « l’homme (sic) de culture africain» avait un rôle primordial à jouer pour faire progresser ‘son peuple’ ». Ces formulations vieillottes, naïves ou entachées des idéaux et idéologies d’une autre époque n’annulent pas l’urgence et la pertinence de cette problématique. Ces ‘causes’ et ‘luttes’ ont cessé de mobiliser. Des artistes se sont laissé aller au sauve-qui-peut, mais la reprise de ces discours, notables dans l’Afrique du Sud postapartheid et au Niger ces dernières années, rappelle que le changement de mode laisse entière la pertinence de la problématique de l’impact sociétal de l’art et de la culture.

Concrètement, comment ce colloque va–t-il se dérouler ?
Après les 3 jours d’ateliers, du 3 au 6 février, le colloque s’ouvrira le mercredi 7 février 2018. Il y aura une conférence inaugurale animée par Mme N’Goné fall, Commissaire d'expositions, consultante spécialisée en stratégies culturelles : «Le Marché mondial de l'art contemporain et l’économie de la culture », suivie de discussions. Des tables rondes et des sessions d’ateliers collaboratifs sont également au programme.

Quelles sont les personnalités qui prendront part à ce colloque ?
Nous aurons le plaisir d’accueillir des universitaires-artistes ou travaillant sur des problématiques ayant un fort rapport à la culture, des artistes-penseurs et activistes ainsi que des experts culturels, originaires du Bénin, du Cameroun, de la france, de l’Italie, de la Mauritanie, du Mali, du Niger, du Séné- gal et de la Jamaïque. Le colloque est ouvert. toutes les personnes intéressées sont invitées à venir découvrir nos invités et enrichir les échanges. Les artistes et experts culturels sont conviés d’une manière toute particulière.

02 février 2018
Source : http://www.lesahel.org/


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