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Haladou Maman, conservateur du musée régional de Dosso : «Source d’un sentiment d’identité et de continuité, le patrimoine culturel contribue à promouvoir le respect de la diversité culturelle et de créativité»

Haladou Maman, conservateur du musée régional de Dosso : «Source d’un sentiment d’identité et de continuité, le patrimoine culturel contribue à promouvoir le respect de la diversité culturelle et de créativité» Dans le cadre de l’application de la convention de l’UNESCO sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (PCI) que notre pays a ratifiée en 2003, entrée en vigueur en 2006, des progrès significatifs sont en train d’être enregistrés suite à l’effort inlassable que mène le ministère en charge de la renaissance culturelle dans son programme de relance ou de mise en œuvre. De retour d’un séminaire organisé en Chine dans le domaine du PCI, le conservateur du musée régional de Dosso M. Haladou Maman nous de ce programme.

Monsieur le conservateur. Pouvez-vous nous entretenir brièvement sur quelques aspects essentiels de cette Convention que notre pays a ratifiée en tant qu’Etat partie ?

Je vous remercie sincèrement de cette opportunité que vous m’offrez de vous entretenir sur ce texte de portée internationale relatif à la sauvegarde de notre mémoire commune. En effet, la convention de l’UNESCO sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (PCI) est adoptée le 17 octobre 2003 à la Conférence Générale de l’UNESCO à Paris et qui est entrée en vigueur le 20 avril 2006 pour compléter la convention de l’UNESCO sur la protection du patrimoine mondial culturel et naturel de 1972. Cette convention   constitue un cadre règlementaire pour les états parties qui doivent s’inspirer pour sauvegarder et promouvoir leur patrimoine culturel immatériel (PCI). Toutefois il est à préciser que l’efficacité d’une convention internationale quelle que soit sa rédaction ou sa teneur dépend de l’application que les états parties en font dans leur territoire respectif. C’est donc dans l’esprit de cette convention que notre pays a ratifiée en 2006 que le ministère de la renaissance culturelle, des arts et de la modernisation sociale a entrepris un vaste programme d’identification, de collecte et l’élaboration d’inventaire pour un classement national afin de sauvegarder et promouvoir les éléments du patrimoine culturel immatériel (PCI) sur l’ensemble du territoire national.

Que signifie pour vous le patrimoine culturel immatériel (PCI) et quels sont les principaux champs d’application ou sources dans notre pays ?

Le patrimoine culturel, immatériel que la convention abrège sous le sigle (PCI) peut se définir en substance comme étant l’ensemble des « pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire ainsi que instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés » les communautés, les groupes et le cas échéant les individus les reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel, autrement dit un héritage transmis par usufruit de génération en génération et récréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu et les rapports dialectiques qu’ils entretiennent entre eux avec la nature.

Source d’un sentiment d’identité et de continuité, le patrimoine culturel contribue à promouvoir le respect de la diversité culturelle et de créativité. Ainsi dans l’esprit de la convention de l’UNESCO, il est parfois difficile voire impossible de dissocier un PCI du patrimoine culturel matériel, car l’exécution de certains PCI notamment les événements festifs, les rituels ou fête annuelles font apparaitre plusieurs objets culturels matériels. Toutefois le patrimoine culturel dans son ensemble peut se définir comme étant un ensemble des biens ou objets matériels et immatériels. A cet effet le dictionnaire Robert Etymologique définit comme objet, toute manifestation sensible à nos cinq (5) sens, autrement dit sensible à l’un de ces cinq (5) sens. Entendre par cinq (5) sens : voir, toucher, sentir, gouter et entendre. Par opposition au patrimoine naturel qui est un fait de la nature, le patrimoine culturel matériel et le patrimoine culturel immatériel sont des produits de l’homme.

Par rapport aux champs d’application ou domaine du PCI, la convention à titre d’éclairage pour les états dans l’élaboration de leurs listes nationales propose un modèle standard de cinq domaines du PCI qui ne saurait être une feuille de route ou un document imposé, mais juste un outil de travail que chaque pays utilise pour faciliter les phases opératoires dans l’élaboration des inventaires nationaux. Cette fiche standard aborde les domaines suivants : A –Les traditions et expressions orales y compris la langue comme vecteur du PCI ; B – Les arts du spectacle ; C – Les pratiques sociales, rituelles et évènements festifs ; D – Les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ; E – Les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel. Dans ce domaine ou manifeste du PCI, l’expérience du Niger est inédite avec les cas concrets des thématiques décentralisées suivantes : Tillabéry : chansons féminines ; Dosso : ballets, danses de création et d’inspiration traditionnelle ; Agadez : musiques transsahariennes ; Diffa : l’oralité ; Zinder ; théâtre et humour ; Tahoua : musiques modernes ; Maradi ; musiques et danses traditionnelles.

Comme on peut le constater, ces thématiques décentralisées régionales constituent à mon avis des domaines ou manifestes des PCI que notre pays doit s’en servir comme pistes des PCI insolites à l’image de la Chine qui a aujourd’hui un domaine ou manifeste des PCI composés de dix(10) éléments au lieu de cinq proposés dans les modèles standards de la convention.

Au stade actuel de la convention, pouvez-vous nous faire un état de mise en œuvre autrement dit, quels sont les progrès significatifs enregistrés par notre pays dans ce domaine ?

Ratifier une convention est certes le premier acte de souveraineté d’un Etat partie, mais appliquer une convention en est une autre responsabilité. C’est pourquoi notre pays à travers son ministère en charge de la renaissance culturelle, des arts et de la modernisation sociale a établi un plan d’action pour mieux cerner cette convention. Le niveau de mise en œuvre de cette convention constitue une fierté et un satisfecit pour notre pays qui a réalisé des progrès considérables en inscrivant sur la liste du patrimoine culturel, immatériel de l’UNESCO, les éléments suivants : les pratiques et savoirs liés l’inzad instrument des communautés Touarègue de l’Algérie du Mali et du Niger (candidature multinationale) inscription en 2013 ; les pratiques et expressions de la parenté à plaisanterie (candidature nationale) inscription 2014.

Une telle action qui s’inscrit d’ailleurs dans les exigences de la convention à son article 12 qui demande aux états parties de dresser plusieurs inventaires de leur PCI les plus significatifs, surtout ceux qui sont compatibles avec le droit de l’homme et les libertés fondamentales. Dans cette démarche, la tutelle en charge de la renaissance culturelle a mis en place un groupe de travail consensuel chargé d’identifier lesPCI et inscrire au moins dix (10) PCI par région en vue de dresser une liste indicative nationale.

Vous venez de participer à un séminaire africain sur le patrimoine culturel immatériel (PCI) ayant regroupé les participants de dix(10) pays de l’Afrique Francophone organisé en Chine du 19 au 30 avril 2017 ; Quel bilan peut-on tirer de cette rencontre ?

Effectivement, il faut le reconnaître que notre pays à travers son ministère en charge d la renaissance culturelle a toujours fait de la question du PCI son cheval de batail dans l’affirmation de notre identité culturelle. A cet effet, il a été envoyé une délégation de trois participants dont je fais partie au séminaire pour la sauvegarde du PCI. Ceci étant le moment n’est pas indiqué de procéder à une restitution du séminaire même sous forme de « plat réchauffé » étant donné que le rapport de mission déjà soumis à l’autorité de tutelle dont le ministre a la primauté de toute information qui découlerait dudit séminaire. Toutefois, je tiens à dire ceci : la Chine populaire partenaire privilégié de l’Afrique fait partie des pays qui ont compris qu’une nation quelle que soit sa richesse économique ne peut vivre en autarcie.

Sixième pays à ratifier la convention sur le PCI, membre du comité inter-gouvernemental au sein de cette convention, la Chine dispose à ce jour de trente neufs (39) éléments du PCI sur la liste de l’UNESCO. Ce pays engagé a signé une convention avec l’UNESCO portant sur la création d’un parc de PCI et d’une banque de données à Paris.

Propos recueillis par par Mahamane Amadou ONEP-ANP/ Dosso

09 juin 2017
Source : http://lesahel.org/

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