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mardi, 14 février 2017 15:44

Crise du système éducatif au Niger : Faut–il sauver le soldat Marthé ?

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Djibrilla M BareAvant l’intervention du ministre commando Daouda Marthé, saviez-vous que pour les élèves :

  • 90 à 96% des élèves du Cours Préparatoire (CP) ou Cours Moyen deuxième année (CM2) n’ont pas les seuils requis pour comprendre les enseignements de Français et Mathématiques
  • 50% des élèves de CP ne savent lisent à peine ….qu’une seule lettre de l’alphabet (sur 26 lettres) que 60% n’arrivent à lire que cinq lettres de l’alphabet français,

Tandis que 11,5% des 72.000 enseignants des écoles primaires du Niger seraient d’un niveau très bas, selon une conclusion tirée des études internationale, nationale et locale menées relativement à la qualité de l’enseignement au Niger. Et, cerise sur le gâteau, « certains des enseignants testés n’ont pas pu répondre à des questions auxquelles ont bien répondu des élèves qu’ils sont censés former. »

Le ministre ne nous a toutefois pas dit ce que ce test donnerait si on l’étendait à tous les niveaux d’enseignement, tous les systèmes et toutes les institutions du pays, les résultats seraient-il différents.

Le problème se pose quand le ministre propose que « le processus qui a conduit à cette situation a commencé « il y a plus d’une vingtaine d’années avec les crises économiques et les problèmes qu’ont connus les pays africains dont le Niger, ce qui les a amenés à réduire les budgets accordés à l’Education…. ». En concluant que c’est le niveau très bas de certains enseignants et leur manque de qualification qui est la cause de la baisse du niveau des élèves.

Pourtant, à l’avènement de la Renaissance, il était annoncé «… 2011, était l’heure « d’arrêter la liste des Républiques Gondwanaises », de suspendre le décompte des années perdues… Homme de principe, Mahamadou Issoufou est aussi réputé être un homme de parole...». Et les « Renaissants » n’avaient de cesse de rappeler régulièrement et sans retenue aucune, qu’en 5 ans de gouvernance de 2011 à 2015 ils avaient fait tout en toutes matières plus que tous les régimes qui se sont succédés depuis l’indépendance. Tout se passe comme si les « Renaissants » n’ont aucune responsabilité dans l’avènement de ce tsunami de notre système éducatif.

Alors questions :

1- Le ministre se rappelle t-il que l’ajustement que a commencé au Niger depuis plus de 30 ans au lieu de 20, suite à la chute des cours de l’uranium en 1981, avec au tout début l’Accord de confirmation annuel en 1983, puis le Programme d’Ajustement du Secteur des Entreprises publiques (PASEP) 1984-1986 suivi d’au mois 6 autres programmes ;

2- Le ministre se rappelle-t-il d’un bénéficiaire d’un gros cadeau de départ volontaire qui, sitôt parvenu aux affaires, avait accepté de signer avec les sociétés de la filière uranium en 1993 pour le compte de l’Etat du Niger une convention minière libellée en monnaie locale (Fcfa). Une dévaluation du Franc CFA de 100% quelques mois après en janvier 1994, a définitivement mis le Niger KO, et pour longtemps ? La Balance des biens et service déjà déficitaire en 1993, s’étaient dégradée en 1994 de 58,5 milliards de fcfa (120%), passant de -48,6 à -107, 1 milliards de fcfa soit -120% de 1993 à 1994 (BCEAO) ;

3 - Le ministre peut-il se rappeler des forces politiques qui, avant, pendant et après la Conférence Nationale Souveraine, avaient refusé l’application du programme d’ajustement structurel sans pour autant proposer des mesures alternatives, posture qui a eu pour effet d’accélérer la précarisation de l’économie et partant de la situation de l’enseignement ? Qui ne se souvient pas de(s) auteur(s) du slogan (orphelin ?) de 1992, « Taiwan ou le chaos » ?

4 - Le ministre se rappelle-t-il des partis et hommes politiques qui avaient politisé à outrance le corps enseignant, les élèves et étudiants pour en faire sa clientèle politique privilégiée dans le seul but de conquérir le pouvoir pour ensuite délaisser le secteur sitôt parvenus à leurs fins ?

5 - Le ministre se rappelle-t-il qu’en 1993 et 1994, les salaires et traitements absorbaient la quasi-totalité des recettes fiscales nationales et que cette situation catastrophique des finances publiques avait abouti à la plus longue grève de l’histoire des syndicats des travailleurs du Niger de 52 jours ?

6 – Les ressources affectées au pléthorique personnel politique généré par la « Renaissance » (députés, ministres du gouvernement, ministres-conseillers, conseillers et autres chargés de mission) et les charges récurrentes qu’il entraîne, n’auraient t’elles pas permis d’impacter plus efficacement la qualité de l’enseignement ?

7- Le ministre a-t-il la certitude que les ressources générées par l’initiative PPTE de 2001 jusqu’en 2021 soit plus de 890 millions de dollars EU de réductions de dettes (près de 445 milliards de FCFA) accordés en contrepartie de l’application des mesures douloureuses de la FASR et qui devaient être affectées aux secteurs sociaux, l’ont été avec efficience ?

8 – Le ministre a-t-il entendu et réagi aux propos de Nouhou Arzika, acteur majeur de la Société civile, qui a affirmé que toutes les infrastructures (les scolaires incluses), ont été surfacturées depuis peu à au moins 30%.

9 - Quid des militants engagés par les partis comme contractuels de l’enseignement sans qualification en guise de récompense ?

10 - Pourquoi le ministre n’aborde-t-il pas l’abandon de la méthode PPO (Pédagogie Par Objectifs) par les gouvernements successifs depuis 2010instaurée suite à l’adoption de la Loi d’orientation du Système Educatif Nigérien (LOSEN) et appréciée des Enseignants au profit de l’APC (Approche Par les Compétences), puis très récemment l’APS (Approche Par les Situations) ;

11 - Le ministre a-t-il volontairement omis d’évoquer la non-application des mécanismes de contrôle de la qualité aussi bien des enseignements que des enseignants prévus par la Loi d’Orientation du Système Educatif Nigérien (LOSEN) ? Le ministre sait que les départs anticipée des enseignants à partir de la fin des années 90 a permis de générer des centaines d’écoles privées à travers tout le permis avec des promoteurs de qualité : son objectif initial. Et le saucissonnage des ministères en charge de l’enseignement qu’en pense-t-il en terme d’efficacité ?

Le ministre Marthé sait pertinemment que ce ne sont pas les seuls « énormes moyens financiers investis ces dernières années sans audit ou prise en compte de l’aspect qualitatif qui pourraient relever le très bas niveau des élèves. Dépenser pour dépenser, sans se soucier de l’efficacité de la dépense n’a jamais produit un bon résultat nulle part. Dans toute l’approche du ministre l’aspect qualitatif du système a été occulté. Il ne parle que des moyens mis à la disposition du système.

Imputer cette grave situation au seul « manque de qualification et aussi au très bas niveau chez certains enseignants » est certainement très court comme argument. Et la solution préconisée consistant à former ou « formater », les enseignants est tout aussi insuffisante. Au fait où en est-on avec l’audit de la très efficace HALCIA sur les enseignants contractuels dont la publication promise pourrait permettre de voir plus clair quant à la liste exhaustive des enseignants faussaires de diplômes aux vraies causes de la baisse de niveau et aux mesures à prendre pour y remédier.

Avec les précédentes réserves émises sur le diagnostic du mal qui ronge le système éducatif nigérien, saluons tout de même, le mérite du ministre Marthé qui aura eu le courage comme le diraient nos cousins ivoiriens de « poser la balle à terre », comme l’a fait avant lui le ministre de la Santé. Administrer une piqûre de rappel mémorable au chef de l’administration avec la plus grosse seringue du plateau, il faut le reconnaître, n’est pas à la portée donné à n’importe quel ministre, au nom de la célèbre formule du ministre démissionnaire, Jacques Chevènement, connue de tous : « Un ministre, ça f…. sa g…ou ça démissionne. »

Pour ce qui est du remède de cheval à administrer au malade en vue d’une solution idoine, il ne sera efficace que si les acteurs acceptent de jouer la transparence et d’en payer le prix : la chirurgie lourde consistant à amputer du corps malade, les branches mortes ou gangrénées pour éviter « la métastase ». Le ministre devrait garder en mémoire qu’en septembre 1998 le premier projet sectoriel du projet d’appui à l’enseignement de base du Groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD), en conformité avec les orientations, dont l’objectif était le développement du secteur de l’éducation et de la formation au Niger.

Les pistes de solutions envisagées pourraient être entre autres :

-          Un diagnostic sans complaisance de l’ensemble du système impliquant tous les acteurs concernés appuyés par des spécialistes de tous les bords, je précise bien de tous les bords ;

-          La dépolitisation du système éducatif et son adaptation à l’environnement socio culturel en privilégiant une approche qualitative du système en usant du benchmarking (comparaison par régions, par pays par zones africaines) pour une efficience maximale, le système étant évaluer africain voir mondial ;

-          L’introduction des langues nationales dans les premières années d’initiation puisque le procédé a fait ses preuves dans certains pays comme le Sénégal ;

-          L’allocation d’une part importante du budget à la hauteur des efforts à fournir pour la refondation de notre système éducatif et non pas d’un simple rattrapage d’un retard quelconque ;

-          La prise de mesures législatives en renforçant la LOSEN en vue de sévir contre les récalcitrants et autres pollueurs du système (faux diplômes, absentéisme, enseignants fictifs, etc…).

Car, ne l’oublions pas, la première richesse d’un pays, ce sont ses hommes.

Dans les années 60 quand on entendait s’exprimer Diori, Boubou, Kaziendé, Noma Kaka, Souleymane Ly ou Mai Maigana, on se demandait si un jour on pourrait devenir ministre ou même directeur dans le pays Niger, tellement leur langage était châtié.

Aujourd’hui avec les nouvelles valeurs mises en avant par nos compatriotes, sûr qu’ils attribueraient plus le prix Nobel d’économie ou de Sciences politiques ….à Zakai plutôt qu’à PHD Maiyaki ou Sanoussi Jackou.

Djibrill Baré

Economiste – Auditeur - Membre de l’IIA (Institute of Internal Auditors)

Militant de l’Ecole Publique – Fils d’Instituteur, né et grandi dans une Ecole Publique

Dernière modification le mardi, 14 février 2017 15:50

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