mardi, 14 février 2017 14:50

Amères vérités : On peut conquérir un pays avec des discours, mais on ne peut le construire avec des mots

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Résultat de recherche d'images pour "Amères vérités" Enfin, pourrait-on dire ! Longtemps emmurée dans un silence inexplicable et déroutant alors que tout, pratiquement tout, lui commande de ne s’offrir aucun répit dans les déclarations tonitruantes, les interviews, les marches et meetings populaires, en un mot dans l’âpre lutte politique que lui impose, à la fois, le sort désastreux du Niger et un devoir de solidarité vis-à-vis de ses militants, prisonniers politiques du régime en place, l’opposition politique commence à donner de la voix. « Nous n'avons droit ni au silence, ni à la passivité », a déclaré le Moden Fa LumanaAfrica de Hama Amadou dont la déclaration, ce samedi 11 février 2017, a sonné comme la résurgence d’une opposition politique que Mahamadou Issoufou pensait avoir enterrée mais qui, en vérité, s’était donné le temps de digérer trahisons et voltes-faces en son sein.

Et pour un retour dans l’arène politique, le Moden Fa LumanaAfrica a fait une rentrée fracassante. Voici, en substance, ce que le parti de Hama Amadou a dit : « Jamais les Nigériens n'ont vu autant d'indicateurs de mauvaise gouvernance à la fois. Il n'y a aucun domaine qui ne porte la marque de la gestion irresponsable et cahoteuse de la Gouvernance de Issoufou Mahamadou. Le système de gouvernance est gangréné par la corruption, l'amateurisme politique, le déni total de droit ; la démocratie et la république sont piétinées et les droits humains bafoués. Le système judiciaire est gravement exploité par le pouvoir exécutif au détriment de ceux qui ne pensent pas comme eux. Une justice à double vitesse est instituée et généralisée… Le vrai faux coup d'État inventé, la compromission entre certaines personnalités qui dirigent les hautes institutions judiciaires et le pouvoir en place, le pillage et le gaspillage des ressources nationales, les contentieux judiciaires scandaleux, etc. Le silence a été pesant, persistant, mais la déclaration de ce 11 février 2017 efface pratiquement le passif d’une opposition qui semble avoir subitement pris conscience de ses lourdes responsabilités vis-à-vis du Niger d’abord, ruiné par une gouvernance scabreuse dont les affaires connues transpirent à fond l’irresponsabilité et l’insouciance ; vis-à-vis de tous ces prisonniers politiques, ensuite, qui ont — un état d’esprit parfaitement justifié — l’impression d’avoir été, sinon sacrifiés sur l’autel d’une lâche tranquillité, du moins oubliés. Le Moden Fa Lumana Fa LumanaAfrica a donné le ton et on ose croire que c’est parti pour une communication politique permanente pour mettre à nu les pratiques honteuses de l’unique régime politique en Afrique qui compte des prisonniers politiques. Oui, car, un homme qui n’a pas la conscience tranquille n’a pas de liberté. C’est peu de dire que Mahamadou Issoufou a totalement échoué et c’est de fort belle manière que le parti de Hama Amadou l’a martelé en affirmant que « ceux qui l'aident par leur silence coupable ou leur soutien acheté, sont également, totalement, responsables de la déchéance programmée de notre pays ».
La sortie médiatique du bureau politique du Moden Fa LumanaAfrica a été précédée, c’est bien de le souligner, par la déclaration de sa coordination régionale de Tahoua. Ce qui indique que le sursaut va faire tache d’huile et gagner progressivement toutes les structures du parti avant que le FRDDR [Ndlr : Front pour la restauration de la démocratie et la défense de la République], n’achève de montrer que tout le Niger est à l’opposition. Les perspectives d’un procès au pénal, au niveau de la Cour d’appel, relativement au fameux dossier des bébés stigmatisés, fait visiblement monter l’adrénaline et ce n’est pas bon pour le Niger. « Trop, c’est trop », a dit le Moden Fa LumanaAfrica et il n’est jamais trop prudent, lorsqu’on gère un État, de faire attention à ne pas franchir certaines limites. Car, l’usage systématique de la force ne procure pas toujours les dividendes escomptés. Et il est certain que le Moden Fa LumanaAfrica ne s’est pas trompé en affirmant que « les Nigériens éprouvent un immense sentiment de frustration et de lassitude ; qu’ils sont fatigués d’être dirigés par une clique de dirigeants pour le moins irresponsables et insensibles à leurs douleurs ; qu’ils sont fatigués de ces affaires interminables qui discréditent notre pays ». Il est également certain que lorsque, dans un pays, les populations ont la certitude que des juges, payés par le Trésor public, jugent, non pas au nom du peuple, mais au nom d’un pouvoir politique, il faut être aveugle, sourd et muet pour ne pas comprendre que la vase est plus que plein et qu’il va nécessairement déborder. En dénonçant la collision entre certains juges et le pouvoir en place, le parti de Hama Amadou a dit à haute voix ce qui est de notoriété publique et que le syndicat des magistrats [Ndlr : le SAMAN] a dénoncé le premier. Et à moins d’être dans la mouvance qui tire bénéfices de cette collusion, on ne peut mettre en doute les témoignages de ces juges qui subissent certainement des pressions excessives, voire des menaces et des chantages pour pouvoir garder plus longtemps le silence. Telle est la vérité de la justice au Niger et ce ne sont pas les discours démentiels qui n’ont plus de crédibilité qui peuvent cacher la vilaine réalité.
On ne peut, donc, disserter sur la situation sociopolitique sans, malheureusement, parler de la justice qui a été au centre de toutes les polémiques politiques au point d’être considérée par beaucoup d’observateurs comme le véritable nœud du problème. Le sentiment d’une justice aux ordres est très répandu et ce sont les juges en premier qui s’en plaignent et qui le dénoncent. Comment une justice qui ferme les yeux sur des malversations portant sur des dizaines de milliards, voire des centaines de milliards, pour se réjouir d’avoir récupéré 500 millions de francs CFA détournés, peut-elle être crédible ? « Pourquoi cette même justice prompte à s'autosaisir, ne fait-elle pas preuve du même zèle pour traiter le cas des barons du régime qui agissent au vu et au su de tout le monde ? ». N’est-ce pas choquant que la justice ne semble même pas se préoccuper du cas de ce député cité dans une affaire de trafic de drogue dure et d’enlèvement d’un ressortissant américain ? N’est-ce choquant de constater que la presse révèle des cas de faux diplômes utilisés par des individus pour se faire élire que le Parquet n’ouvre aucune information judiciaire concernant les mis en cause ? N’est-ce choquant de voir que des barons du régime soient impliqués dans le scandale de la Soraz qui porte sur plus de six milliards et qu’on raconte, surtout à l’extérieur, que la justice, au Niger, est indépendante, juste et équitable.
Mahamadou Issoufou, qui a essayé, encore une fois, de vendre une image utopique du Niger et de ses réalités, a parfaitement appréhendé les choses : le Niger, sous son magistère, a une image des plus désastreuses. Car, derrière les questions du journaliste d’Al Jazeera qui l’a interviewé, il faut bien constater que personne, à l’extérieur longtemps abusé, ne croit plus à ses discours. L’opinion internationale a fini par comprendre le fossé abyssal qui sépare les mots d’avec les maux qui minent le Niger. On peut conquérir un pays avec des discours, mais on ne peut le construire avec des mots. Une véritable méprise d’hommes qui ont pourfendu pratiquement tous les régimes et qui se retrouvent en train de compromettre des intérêts stratégiques du Niger ! L’histoire de Mahamadou Issoufou et le Niger, c’est l’histoire de la potière et du pot au lait. Avant même de commencer à travailler, il a terminé de construire le Niger. Le résultat, c’est qu’il s’est réveillé au point zéro alors que le temps du parcours est épuisé.
BONKANO.

14 février 2017
Source : Le Canard en Furie

 

Last modified on mardi, 14 février 2017 15:52

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