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mardi, 17 janvier 2017 14:13

Halte à la Fitna

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Salou Gobi 01Fitna est un mot arabe. Il fait référence au schisme politico-religieux, et par extrapolation, à la guerre civile subséquente, aux rivalités, désaccords et divisions parmi les musulmans. Le mot peut être également traduit par « trouble, révolte, agitation, sédition ».

Au Niger, depuis plusieurs années, et durant presque tout le premier mandat et à l’entame de ce second mandat du Président de la République Issoufou Mahamadou, les antagonismes paroxystiques, c’est à dire excessifs, sur les questions d’intérêt national divisent l’élite politique et bon nombre de citoyens. Au-delà de la vitalité du débat politique que l’on peut percevoir à travers ce branle-bas et de ce méli-mélo, il y a lieu de s’interroger, face à l’exacerbation des crises politiques et sociales qui en découlent et qui risquent, de l’avis de bon nombre de nos concitoyens, de déborder tragiquement.

Aujourd’hui, les citoyens vivent dans deux Niger. Un Niger des protégés qui gouvernent et un Niger des tyrannisés et des diabolisés. Deux camps qui se regardent en chien de faïence, prêts à se bouffer cru. Les propos qui caricaturent cette situation ne sont pas excessifs. C’est ce qui se dit dans les salons feutrés, les fadas, dans les véhicules de transport comme les taxis et même les longs courriers devenus des véritables tribunes où deux mondes s’empoignent chaudement à travers des diatribes qui tournent assez souvent à des échauffourées et autres altercations méconnues certainement du Président de la République. Un père de la nation, qui de l’avis général, est isolé de la réalité du peuple souverain, pris par des interminables voyages à l’extérieur, préférant aussi de loin son bunker et une sécurisation de ses déplacements internes et de son palais, jugée par le citoyen lambda, d’outrancière et d’extravagante. Ironie du sort pour un Président démocratiquement élu.

C’est dire que ce qui se passe dans les réseaux sociaux qu’il faut rigoureusement condamner, est tout simplement la partie visible de l’iceberg. Une véritable déliquescence de tout ce qui faisait la personnalité du peuple nigérien et qui forçait l’admiration. En effet, la dégradation continue de nos valeurs et de nos mœurs sociales, culturelles et politiques, de notre savoir vivre ensemble, a ouvert la porte à la dislocation de la cohésion et de la concorde nationale, par conséquent à la Fitna.

Après bientôt cinquante-sept ans d’indépendance, comment on est arrivé à un tel état aggravé de délabrement de notre tissu social et politique? De nos jours, pourquoi la Fitna semble prendre le pas sur le développement?

Pour mieux cerner les contours de ce profond changement de décrépitude, un feedback rapide sur l’attitude de la classe politique au cours des différentes gestions du pouvoir d’Etat que notre pays a connues, nous paraît indispensable pour expliquer le contexte actuel de décadence de la gouvernance.

En cinquante-six ans d’indépendance, le Niger a connu plusieurs changements de régimes et même des conflits armés. Les changements récurrents de régimes, les conflits justifiés ou non, avec leurs lots de drames sociaux, les crises politiques, sociales et culturelles, justifiant notamment leur existence dans les replis identitaires comme le régionalisme et l’ethnocentrisme, la mauvaise gouvernance et l’injustice dans toutes ses formes, ont poussé des intellectuels, des leaders d’opinion et même la grande muette à prendre position contre les déchirements et la mauvaise conduite des affaires publiques. Ils luttent tous contre une situation politique, économique et sociale qui leur paraît contestable: la monarchie absolue et les inégalités constituent notamment un ensemble contre lequel ils exercent leurs critiques.

Au Niger, les prises de position contre les travers des différents régimes s’inscrivent dans cette logique. La Fitna semble trouver refuge dans notre pays et doit par conséquent interpeler la conscience nationale. Et pourtant, la démocratisation et le respect des règles démocratiques sont censés créer les conditions d’une stabilité politique au Niger. Cependant, les luttes pour l’appropriation du pouvoir ont mis à rude épreuve une telle éventualité. Ainsi, le Niger, après cinquante-six ans d’indépendance, est actuellement à sa septième République. Il a connu quatre coups d’Etat, quatre régimes transitoires, une conférence nationale souveraine, deux rébellions armées et plusieurs mutineries militaires. A ceux-là, il faut ajouter les agressions djihadistes criminelles menées par Boko Haram qui a pu enrôler à son sein des compatriotes, sans oublier les attaques récurrentes,sauvages et meurtrières contre notre pays par des organisations terroristes du nord Mali.

Le coup d’Etat du 15 avril 1974 qui a eu raison de la premiére République, la Conférence Nationale Souveraine qui a enseveli la Deuxième République, la mise en parenthèse de la Troisième République, l’enterrement de la Quatrième République, le combat contre le « Tazartché » ayant conduit à la disparition programmée de la Cinquième République, puis la mort subite de la Sixième République, et enfin, une Septième République dont les balbutiements et les incohérences constatés dans la conduite des affaires publiques, n’augurent pas un meilleur présage pour la stabilité politique et institutionnelle, eu égard à l’exacerbation des tensions politiques, sociales et économiques, sont autant d’événements à la fois historiques et d’une brûlante actualité qui nous rappellent cruellement les inconséquences des pouvoirs qui se sont succédé.

L’avènement des renversements des régimes par l’armée a souvent été justifié par leurs auteurs comme une réponse à la mauvaise gestion des affaires publiques et à une crise mettant en péril l’existence même de la nation. Le Lieutenant-colonel Seyni Kountché fonde le sien par la famine qui sévit et l’indifférence qu’affichent les dirigeants à l’endroit du peuple et dont le pouvoir est qualifié d’oligarchique. Le Colonel Ibrahim Mainassara Baré brandit, quant à lui, la crise politique au sommet de l’Etat et des risques de crise institutionnelle. Le Commandant Daouda Mallam Wanké évoque, pour sa part, les difficultés d’ordre économique, mais aussi et surtout politique et social. Enfin, le Commandant Salou Djibo invoque l’usurpation du pouvoir à travers un mandat présidentiel anticonstitutionnel. Quatre coups d’Etat dont trois sont intervenus après que notre pays ait renoué avec la démocratie et le multipartisme.

Ce constat d’instabilité politique et institutionnelle chronique au Niger tire sa légitimité dans les difficultés de la construction de l’Etat de droit, une incapacité des élites à gérer les inévitables conflits politiques. Par conséquent, une résurgence épidémique de la Fitna n’a pas laissé le choix à l’armée pour s’interposer entre les belligérants et asseoir un régime militaire.

Par ailleurs, le Niger a maintes fois effleuré la catastrophe, liée notamment à une rébellion armée, déclenchée en 1985 dans le nord du pays. Cette rébellion s’intensifie à partir des évènements de Tchintabaraden de mai 1990 au cours desquels une opération militaire occasionne 63 morts. A partir de 1997, un autre front de rébellion s’ouvre dans l’est du pays, tout comme en 2007, un mouvement voit le jour dans la région de l'Aïr. Ledit mouvement affirme combattre pour la démocratie et être un mouvement national et pas seulement touareg. Il réclame par ailleurs une meilleure répartition des revenus des richesses naturelles, issues des régions du nord, dont l'uranium et le pétrole. Récemment encore, en 2016, notre pays a été menacé par une nouvelle rébellion par un certain Adam Tchakey, compagnon de Barka Wardougou, ancien chef rebelle qui a mené, à une époque de l’histoire, une rébellion armée contre le Niger. Les précédentes rebellions ont fait de nombreuses victimes et endeuillé plusieurs familles.

A l’analyse, tous ces bouleversements prouvent à suffisance la fragilité des pouvoirs nigériens qui s’abritent assez souvent derrière un soutien populaire de commande et un unanimisme de façade.

Continuons ensemble de feuilleter les archives nationales pour mieux comprendre le contexte actuel de conflictualité très élevée dans notre pays, et par ricochet, cette tradition de Fitna qui s’est emparée des hommes politiques nigériens, tel un destin ou un sort difficile à exorciser, tant les crises récurrentes et violentes n’ont laissé ni la place au développement, encore moins à la consolidation de la concorde et de la cohésion nationale.

A la fin de la deuxième guerre mondiale, la France accorde aux peuples colonisés d’Outre-Mer, le droit et la liberté d’expression et d’association, ainsi que la possibilité pour eux de se faire représenter au parlement français. A partir de ce moment, on assiste à différentes manifestations importées de l’extérieur et qui ont pour noms la section française de l’Internationaliste Ouvrière (SFIO), le Rassemblement du peuple français(RPF) pour ne citer que les plus importantes.

Dans la même foulée, le Parti Progressiste Nigérien rattaché au Rassemblement Démocratique Africain (PPN/RDA) est créé en 1946. Il regroupe en son sein toute l’élite locale. L’administration coloniale, dans le but de diviser pour mieux régner, brise l’élan du combat pour l’émancipation des populations, engagé par les acteurs politiques de l’époque.

Ainsi, deux ans après la création de l’unique mouvement politique, à savoir le PPN/RDA, un éclatement se produit et l’on assiste à la naissance d’un nouveau parti, l’Union Indépendante des Sympathisants(UNIS), et ce, au cours de la session du Conseil Général de mars 1948.Le PPN/RDA se scinde également en deux tendances, dont l’une modérée dirigée par Diori Hamani et l’autre est communiste avec à sa tête Djibo Boukari. Quant à l’UNIS, elle connait elle aussi, des conflits internes qui donne naissance à l’Union Progressiste Nigérienne(UPN) et au Bloc Nigérien d’Action(BNA).

Plus tard voient le jour le Mouvement Socialiste Africain(MSA) et le Parti du Rassemblement Africain(PRA). Quand intervient, le 28 septembre 1958, le référendum constitutionnel, la classe politique nigérienne est divisée sur la question de l’appartenance à la Communauté Franco-Africaine, proposée par la nouvelle constitution française. La divergence d’opinion au sein du MSA-Sawaba, va provoquer l’éclatement de cette formation politique et la naissance, en octobre 1958 de l’Union Franco-Nigérienne (UFN), animée par Issoufou Seydou Djermakoye. Et c’est sans surprise que le « Oui » l’emporte au référendum de 1958 à plus de 78%.

Les premiers antagonismes apparaissent donc à la veille de l’indépendance à travers la liquidation programmée du MSA-Sawaba. En effet, des manœuvres politiciennes conduisent à l’écarter de l’Assemblée Législative du Niger de mars 1959, dans laquelle, il dispose de 11 sièges, par l’annulation de la liste de ses cinq élus de la circonscription électorale de Tessaoua, et par la reprise des élections à la circonscription électorale de Zinder où le MSA a six élus, élections que le PPN-RDA s’est empressé de « gagner ».

Cet événement qui provoque une protestation énergique du MSA Sawaba, et conduisant à sa dissolution par un décret du 4 octobre 1959, ouvre un long et douloureux épisode de l’histoire politique du Niger. En effet, avec cette dissolution, et malgré les dispositions constitutionnelles qui permettent le multipartisme, le PPN-RDA constitue désormais un parti unique de fait et investit tous les rouages de l’Etat.

Le chef de l’opposition, Djibo Bakary, se réfugie alors à l’étranger d’où il lance, en octobre 1964, une guérilla pour reconquérir le pouvoir. Cette guérilla connaît un échec, ses membres sont qualifiés de terroristes, et le pouvoir en sort renforcé. La répression s’en trouve légitimée. Elle permet d’éradiquer le MSA Sawaba, ses militants et sympathisants étant assimilés aux fauteurs de troubles. Un grand procès politique est organisé, en mai 1965, au cours duquel des condamnations à mort et des peines d’emprisonnement sont prononcées.

La terreur, la délation et la peur s’installent au sein des citoyens, à travers l’omniprésence d’une milice du parti. Un des souvenirs que les acteurs politiques de cette époque aiment rappeler; est qu’il valait mieux manquer de carte nationale d’identité lors d’un contrôle de police ou de milice, que de manquer de carte du PPN/RDA. Un autre souvenir est l’anecdote couramment racontée, au sujet d’un voleur en cavale. Ses poursuivants qui n’arrivent pas à le rattraper usent d’un stratagème consistant à crier: «A l’aide, voici un sawabiste». En entendant cela, le fugitif s’arrête et avoue être simplement un voleur, et non un militant du Sawaba, de peur d’être lynché. En termes clairs, il est plus dangereux de s’afficher militant de l’opposition que voleur.

C’est dans un tel contexte que le Parlement nigérien officié par Boubou Hama et où ne siège que le parti unique PPN-RDA, porte à la Présidence de la République Hamani Diori, le 11 novembre1960, à la suite de l'indépendance du pays le 3 août1960. Sans opposant, il est réélu en 1965 et 1970. Après quinze ans de règne sans partage, la prédominance de la mauvaise gouvernance a favorisé l’irruption de l’armée sur la scène politique, et ce, malgré le respect de l'Afrique dont il jouit pour son rôle en tant que porte-parole des affaires africaines et médiateur infatigable dans les conflits impliquant d’autres nations africaines.

Hamani Diori a été sans doute victime de la trop grande importance qu'il attache aux questions internationales qui ont détourné son attention des questions intérieures immédiates. C'est ce qui a probablement contribué aussi à inciter les militaires à faire chuter son gouvernement: Le pouvoir militaire aura droit aussi à sa part de Fitna. Quoi de plus normal, car c’est un régime d’exception.

Sur le plan politique, le système de direction collégiale expérimenté par le Conseil Militaire Suprême dirigé par le Lieutenant-Colonel Seini Kountché, au sein duquel le chef de l’Etat n’est que le Primus Inter Pares, ne résiste guère à l’épreuve de la dictature. Progressivement, mais rapidement, le Chef de l’Etat s’affirme comme le véritable, puis le seul détenteur du pouvoir.

En 1975, deux officiers, membres du CMS et du gouvernement sont arrêtés; le 17 avril, le capitaine Cyrille; pour indiscipline caractérisée pouvant porter, semble-t-il, atteinte à la sûreté de l’Etat, et plus tard, le 2 août, le commandant Sani Souna Sido, Vice-Président du CMS et ministre d’Etat, accusé d’avoir voulu s’emparer du pouvoir. Très significative, le chef de l’Etat Seyni Kountché conclut l’intervention radiodiffusée qu’il a faite à cette occasion en affirmant ‘‘…désormais, le bateau nigérien n’a qu’un seul maître, je le suis et je le demeure’’.

La tentative du coup d’Etat du 15 mars 1976 et la répression qui s’en suit a renforcé cette tendance en démontrant que l’unité de l’armée n’est qu’une fiction. De plus en plus solitaire au pouvoir, Seyni Kountché associe plus étroitement des civils, tout en conservant la haute main sur les secteurs clefs de la sécurité et en maintenant des militaires dont il s’assure la fidélité par des fréquentes mutations aux postes stratégiques. En définitive,malgré une tentative amorcée d’un coup d’Etat et quelques troubles fomentés par une rébellion touarègue en gestation, le pouvoir de Kountché est resté sans partage jusqu’à sa mort le 10 novembre 1987.

Le général Ali Saibou succède donc à Seini Kountché. Il affiche une ferme volonté de décrisper la vie sociale. Il multiplie discours et actes. Il libère tous les détenus politiques, effectue des tournées à l’intérieur du pays pour prêcher la paix sociale, la fraternité, la solidarité agissante, la consolidation de l’unité nationale et l’ardeur au travail.

La politique de décrispation prônée par Ali Saibou ne triomphe pas longtemps, malgré ses timides vertus démocratiques. L’autorité de l’Etat s’effrite, car pour beaucoup de nigériens, la décrispation est assimilée à une conduite débridée des affaires de l’Etat. Cependant, il faut reconnaître qu’entre l’autocratie et l’anarchie, le Niger n’a pas su se trouver la juste voie. Il était passé’ d’un extrême à l’autre, d’un régime strict à une gestion où l’Etat est de plus en plus affaibli. C’est du reste le propre des régimes forts autoritaires, leur héritage est souvent trop lourd pour les successeurs. De cette confusion politico-sociale, naîtront la deuxième république et l’épisode de la conférence nationale souveraine.

La marche vers la démocratie dont le déclic a été la tenue de la conférence nationale plonge le Niger dans un cycle infernal de soubresauts politico-institutionnels. L’on expliquera cette situation par les dérapages survenus au moment des assises de cette rencontre. Les critiques les plus acérées s’apparente à celle d’un tribunal populaire dresser contre les dirigeants des anciens régimes, particulièrement celui du général Seyni Kountché. Cela a été vérifié tout au long des travaux de cette conférence qui a finalement décrété sa souveraineté et mise en place un Présidium ayant dorénavant les rênes du pouvoir. Elle oblige en outre les autorités de la deuxième république à démissionner. Le Président de la République Ali Saibou verra son véhicule officiel confisqué et son rôle réduit à des fonctions protocolaires.

Le nouveau paysage politique sera essentiellement marqué par un développement de la contestation favorisé par la répression de la manifestation des étudiants du 9 février 1990. Ensuite, les 11 et 12 avril 1990, l’annonce de mesures d’austérité qui frappent l’ensemble des salariés font basculer les syndicats dans l’opposition. Enfin, la rébellion touarègue éclate dans le nord du pays le 7 mai 1990.

La persistance de l’ensemble de ces facteurs a favorisé l’avènement de la conférence nationale qui a su cultiver un unanimisme, mais de façade. Le 15 novembre 1990, c’est de la tribune de l’Assemblée Nationale que le Président Ali Saibou cède sous la pression sociale et opte pour l’instauration du multipartisme au Niger. On n’arrête pas la roue de l’histoire, annonce-t-il. Par cette déclaration, le chef de l’Etat coupe court aux velléités de certains caciques du parti unique de remettre en cause la tenue de la Conférence Nationale. C’est un tournant décisif pour le pays.

La conférence nationale souveraine ne passe par quatre chemins pour déclarer, que tous les régimes qui se sont succédé au Niger, depuis 1960, ont lamentablement échoué. Réquisitoire impitoyable à l’encontre des anciens dignitaires qu’elle accable de mille griefs : gabegie, détournements de deniers publics, trafics d’influence, népotisme, ruine de l’autorité de l’Etat, crime politique, social et culturel, etc.

Le régime dit démocratique de Mahamadou Issoufou présente des similitudes étonnantes et troublantes sur un certain nombre de points, notamment les actes anti-démocratiques. Il a accumulé, aggravé et pérennisé tous les errements ayant fait école au cours des régimes précédents et qui ont causé la chute, la décadence ou de virulentes contestations de ces systèmes politiques. On comprend aisément la nature des pouvoirs de Hamani Diori et de Seini Kountché qui ont gouverné, pour le premier, dans un cadre mono partite durant quinze ans, et pour le second, dans un environnement de régime d’exception pendant treize ans, donc en dehors de tout cadre démocratique.

Au plan interne, le Président Issoufou Mahamadou semble affectionner un unanimisme, même de façade autour de son régime. Comme Seini Kountché, le Président Issoufou Mahamadou veut rester seul maître à bord, se trompant lourdement d’époque.

Seini Kountché a été toujours à l’écoute du peuple et a beaucoup investi dans des actions visant à renforcer la concorde et la cohésion sociale. Le championnat de lutte traditionnelle, le festival national de la jeunesse, les tournées en profondeur du pays, les conférences de cadre,le renforcement de la samaria, les désenclavements des régions et la construction d’infrastructures prioritaires et vitales, sont autant d’initiatives qui l’ont rendu proche des populations rurales et des cadres.

Par ailleurs, il n’hésite pas à sanctionner par le plus bel exemple les commerçants véreux, les fonctionnaires indélicats, même s’ils sont du cercle immédiat ou familial. Mais aussi, Seini Kountché n’hésite pas à faire la promotion des cadres valeureux, intègres et compétents, sans se soucier de leur statut social. C’est ainsi qu’il a pu proscrire la corruption, l’injustice sociale, la concussion et le népotisme.

Pour lutter contre l’ethnocentrisme et le régionalisme, les fonctionnaires originaires de Téra sont affectés à Diffa, ceux de Tahoua ou Zinder à Ouallam, ceux d’Agadès à Dosso et Tillabéri (vice-versa) et les exemples peuvent se multiplier. C’est cette vision en matière de renforcement de l’unité nationale qui a épargné notre pays de l’explosion et autre guerre civile qui ont fait ébranlé des nations en voie de construction et qui peinent à se relever des décombres encore vivaces et meurtriers que la gouvernance insouciante de certains dirigeants ont enfanté pour se maintenir au pouvoir. Que Dieu nous en garde. Toutes ces prouesses engrangées par Seini Kountché, ont valu à son régime un respect inestimable au sein de la communauté internationale.

Par contre, au plan externe, la défense des intérêts de certaines puissances occidentales au détriment du peuple souverain apparaît comme un pain béni pour la survie du pouvoir de Mahamadou Issoufou. C’est ce qui justifie son dédain à l’endroit de son peuple et qu’il soit plus emballé par les distinctions internationales et les ballets diplomatiques que ses partisans exhibent comme des trophées de bonne gouvernance, laissant de côté les préoccupations du peuple souverain, obligé de battre le pavé pour revendiquer une meilleure gouvernance. En réponse, la Mouvance Présidentielle occupe à son tour la rue. Allez y comprendre.

L’appel à la Fitna est donc officiel et c’est le Président du PNDS-Tarrayya, Bazoum Mohameden personne, entouré de la cinquantaine des leaders des partis de la MRN, qui a lancé les hostilités, en réaction à la provocation, selon lui, des organisations de la société civile et des partis membres de l’opposition. Les plateaux des télévisions sont pris d’assaut par des tribuns proches du régime pour attiser le feu, la Fitna, en rappelant des souvenirs qui divisent plutôt que d’apaiser.

Pour les défenseurs de la Mouvance Présidentielle, il s’agit d’une question de vie ou de mort, car leurs adversaires, principalement Hama Amadou et son parti, selon eux, sont capables des pires atrocités en leur encontre. Nous avons donc le devoir, martèlent-ils, de protéger nos familles, nos proches, nos amis, notre pouvoir. Pour davantage solidifier la fracture sociale, certaines organisations de la société civile, proches du pouvoir se réorganisent et créent un cadre pour défendre, disent-elles, les acquis démocratiques. Pathétiques, ces veillées de « guerre froide ». Les deux camps peuvent dorénavant s’affronter dans les médias, les rues, et ce, à travers des marches et des meetings, meublés de propos d’une rare violence, avec un risque réel de l’enlisement de la Fitna, faisant planer chez bon nombre de nos citoyens une menace qui mettrait en péril la cohésion et la concorde nationale.

Un régime responsable doit chercher à rassembler à travers des actions d’apaisement, tout en réservant une oreille attentive aux revendications sociales de la société civile et aux récriminations de l’opposition qui doit rester républicaine. Il est unanimement reconnu qu’un régime qui ne peut pas régler les aspirations profondes et légitimes du peuple souverain, par incompétence, la stratégie consiste tout simplement à déplacer le débat. Ce, à quoi l’opinion publique nationale et internationale pétrifiée et désorientée, vient d’être témoin, à travers la riposte irresponsable et irréfléchie du pouvoir, un pouvoir à la recherche d’une légitimité, malgré que le Président de la République soit réélu avec un peu plus de 92% et une majorité parlementaire confortable de 137 députés sur 171.Un pouvoir ne répond pas à une provocation, fort d’une telle légitimité, mais un passif imaginaire en politique est une lourde charge difficile à porter.

Tout comme le leader du Sawaba Djibo Bakary forcé à l’exil par le PPN/RDA, le principal challenger et adversaire politique de Mahamadou Issoufou, Hama Amadou, Président du Moden/FA-Lumana et chef de file de l’opposition, est exilé, après avoir échappé, selon ses propres propos, à une tentative d’assassinat, et après avoir gardé prison à Filingué plusieurs mois durant pour l’empêcher de se présenter aux présidentielles. De même que plusieurs militants du principal parti de l’opposition sont toujours injustement incarcérés treize mois durant.

Contrairement au leader du Sawaba qui a préféré la lutte armée contre le pouvoir du PPN/RDA, Hama Amadou et son parti, ont choisi l’arène démocratique et républicaine. Lui et ses militants ne méritent pas d’être catalogués comme des pestiférés, des ennemis à abattre coûte que coûte. Cette injustice criarde et cette persécution permanente dont ils sont victimes est vigoureusement condamnée par l’opinion publique nationale et internationale et des voix s’élèvent chaque jour pour dénoncer cette oppression injustifiée.

Le Niger a beaucoup espéré de la gestion du Président Mahamadou Issoufou, lui qui est l’une des figures emblématiques de la Conférence Nationale et dont bon nombre des acteurs sont, soit dans son cabinet, soit au gouvernement ou des membres influents de son parti politique, le PNDS-Tarrayya. Sa gestion des affaires publiques a déçu, même dans son propre camp qui fait tout simplement de la résistance et de l’endurance la mort dans l’âme. Ils sont tous conscients que le régime est arrivé à sa limite objective.

Le régime, dans un ultime baroud d’honneur, est conscient de son impopularité grandissante, a vite fait de trouver une cible facile à exhiber pour expliquer la tourmente politique. Un jackpot alléchant qui jettera dans l’oubli les officiers et personnalités civiles détenues pour une prétendue tentative de coup d’Etat, ainsi que la gestion catastrophique des affaires publiques:les politiques éducative et sanitaire en décrépitude, les travailleurs de la mairie de Niamey, de Soraz et les contractuels de l’enseignement laissés dans l’abîme psycho-sociale, les actions maladroites de déguerpissement avec son chapelet de drames sociaux, la forte politisation de l’administration, la montée vertigineuse du régionalisme, de l’ethnocentrisme, du clanisme, la prolifération sans cesse de l’injustice sociale, de la corruption, de l’impunité, de la confiscation des droits et libertés fondamentales, et ce n’est ni les journalistes, ni les organisations de la société,tout bord confondu, ni la classe politique membre de l’opposition, ni les scolaires et étudiants, ni les fonctionnaires,ni les douaniers, encore moins l’armée, les artistes, les commerçants et les transporteurs qui me démentiront. Chaque groupe a eu son lot de prisonniers. Mêmes la célèbre cantatrice Hamsou Garba et le comédien Ada Maikanou ont été appréhendés et détenus pour des chansons qui ne semblent pas plaire aux princes qui nous gouvernent. Quant aux scolaires et étudiants, ils ont été endeuillés à Zinder et à Gaya.

Ce sont ces différents groupes politiques et sociaux, les parents et amis des officiers, auxquels il faut ajouter toutes les personnes, hommes et femmes, dont les recrutements à la fonction publique ont été annulés tels que les agents du trésor, les cadres de la santé et de la douane, qui ont marché le 21 décembre 2016, à l’appel des organisations de la société civile pour manifester leur désapprobation face à l’accentuation de la fracture sociale. Ils sont aussi nombreux les manifestants à s’allier à cette démarche pour attirer l’attention du régime sur la gestion chaotique des affaires publiques, en brandissant une radioscopie de la mauvaise gouvernance du pouvoir et qui ont fait dans son temps, les choux gras de la presse privée.

En effet, un bilan dressé par l’association des constitutionnalistes du Niger fait état en 2013 déjà de nombreuses violations des lois et règlements de la République. Le syndicat autonome de Magistrats du Niger a quant à lui, fustigé publiquement l’instrumentalisation des institutions judiciaires. La mise en coupe réglée des instruments d’expression pluriels, notamment les partis politiques et les organisations de la société civile, a été décriée par l’opinion publique nationale et internationale,de même que le développement de l’esprit de clan. A ce sujet, par pudeur, il est inutile de rappeler les propos ethnocentristes et régionalistes que des partisans du régime ont laissé échapper et qui sont encore vivaces dans la mémoire collective. En ce qui concerne les entraves aux libertés individuelles, Moussa Tchangari et Nouhou Arzika en savent quelque chose. La forte politisation de l’administration assimilée à une épuration administrative, est devenue le logiciel de travail du pouvoir.

Jamais de mémoire de nigérien, notre pays n’a connu une cascade de scandales économiques et financiers semblable à ce qui se passe avec le régime actuel : les contre performances dans la mobilisation et la gestion des ressources, l’achat de l’avion présidentiel « le Mont Gréboune », l’affaire Salifou Diallo, les confiscations par AFRICARD des revenus de l’uranium, le prêt de 2 milliards de Dollars d’Exim Bank de Chine. Par ailleurs, le train de Bolloré n’a pas jusqu’à présent sifflé au Niger. A ceux-ci, il faut ajouter la gestion catastrophique des dossiers sociaux, telles que l’éducation et la santé.

Que dire en outre du pléthore des membres du gouvernement et de la panoplie des conseillers à la Présidence et à la Primature, qui obéissent plus au système de partage, qu’à un souci d’efficacité, de la promotion des délinquants de la justice qui occupent les hautes fonctions de l’Etat et les conditions lamentables dans lesquelles se sont déroulées les élections de 2011et celles de 2016 ?

Quelle est donc la responsabilité de Hama Amadou et de son parti dans cette mauvaise gestion du régime de Mahamadou Issoufou, une gestion dramatique ayant conduit inexorablement à un état accéléré de délabrement des rapports entre les citoyens et le pouvoir?

Notre objet n’est pas de jeter l’anathème sur le régime, mais de tirer sur la sonnette d’alarme, pour que la situation ne dégénère pas. Notre pays est réellement en crise, il faut s’en convaincre. L’avenir du Niger nous commande la préconisation d’une sortie de crise à travers une entente nationale. Le climat de confiance entre gouvernants et gouvernés se détériore de plus en plus. Ce qui n’est pas sans conséquences sur l’équilibre des institutions que la géométrie du corps social.

Le devoir de construire la nation nigérienne autorise de reconnaître, sans complaisance, que le Niger est aujourd’hui malade, bien malade. Bien malade de sa classe politique, de plusieurs années de Fitna et de mauvaise gestion des affaires publiques. Autant de détresses qui rendent la situation du Niger plus inconfortable pour aborder avec assurance le développement tant souhaité pour les populations. Que faire devant une telle infortune ? Comment trouver la voie de l’espérance dans ce contexte aussi difficile ? Redoutables questions qui interpellent plus que jamais les consciences et les cœurs des Nigériens.

Quand on passe en revue les raisons des changements spontanés et forcés dans certains pays africains, on s’accorde sur un dénominateur commun : les gouvernements de ces pays ont cessé d’avoir une oreille d’écoute vis-à-vis des préoccupations du peuple souverain, restreignant leur vision politique à leur équation personnelle et à la préservation des intérêts de leurs clans. Dans ce cycle infernal, l’on assiste au dévoiement du rôle de la puissance et des moyens de l’Etat qui sont mis à contribution pour imposer le pouvoir personnel. Ce genre de régime déploie plus d’énergie à assurer ses arrières qu’à s’adonner véritablement à la gestion rigoureuse des affaires de la Cité. De fait, il se trouve condamner à essayer de mettre tout le monde au pas et à neutraliser toute résistance contre la marche vers le pouvoir absolu.

Seul le Président de la République Mahamadou Issoufou a les cartes en mains. Il peut décider de rassembler et de privilégier la paix et la concorde nationale, en prenant à contre-pieds les faucons du régime ou provoquer l’explosion, et dans ce dernier cas, l’histoire gardera de lui et des hommes politiques de sa génération, un triste souvenir. Il est encore possible de créer un cadre d’entente nationale et chacun de nous a le devoir de s’y investir. J’en appelle donc aux leaders d’opinion, y compris les leaders religieux, pour sortir de leur réserve et prendre le devant, pour une médiation, afin d’éviter à notre pays des déchirements profonds inutiles qui vont inéluctablement produire des impacts négatifs pouvant entraver la construction harmonieuse de notre nation.

Par Salou Gobi,

Journaliste-Ecrivain et Professionnel de la Communication

17 janvier 2017
Source : Le Canard en Furie

 

Dernière modification le mardi, 17 janvier 2017 19:05

Idées et opinions