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Amères vérités : L’autorité de l’État ne doit-elle pas se manifester dans le cas de ces scandales financiers qui ont ruiné l’État ?

Amere verites Canard FurieIl a finalement fallu que les forces de l’ordre soient instruites d’aller « massacrer » les étudiants et scolaires qui ont été littéralement pourchassés, traqués jusque dans leurs chambres, dans les mosquées, les bibliothèques et les restaurants, d’où ils ont été sortis sans ménagement et violentés comme de vulgaires terroristes.

Il a finalement encore fallu tuer un étudiant et blesser d’autres, dans certains, cas, grièvement, avant que ceux qui sont politiquement responsables de cette bavure intolérable ne se décident à recevoir la direction de l’Usn [Ndlr : Union des scolaires nigériens] et à promettre de régler leurs doléances.

Il a fallu que le monde entier s’émeuve de cette barbarie contre la jeunesse nigérienne et que des condamnations pleuvent de partout avant que les discours insensés ne cèdent devant la raison. La raison d’hommes aveuglés par une phobie du complot alors que les explications de leurs misères politiques, sociales et économiques se trouvent dans leurs façons de faire. Que vaut une telle raison qui oublie que les difficultés financières du pays ne sont pas le résultat d’un complot quelconque, mais plutôt des détournements massifs des deniers et biens publics. Les affaires dans lesquelles l’État a perdu des milliards tandis que des individus se sont enrichis de ces délits, dans la plus grande impunité. Ils sont pourtant connus et ont été pris parfois sous la protection directe de Mahamadou Issoufou. Ils sont devenus milliardaires tandis que l’État n’est même plus capable de régler des revendications scolaires portant sur quelques millions.

Ils prétendent qu’ils ne fléchiront jamais lorsqu’il s’agit d’assurer l’autorité de l’État, mais ferment volontiers les yeux lorsque des militants, notamment ceux du Pnds parti-État sont pris dans des scandales financiers. Comme si l’autorité de l’État ne s’exerce que dans les cas d’expressions de la liberté d’expression et que la répression violente en est l’unique manifestation. Ils clament à qui veut l’entendre que « le Niger est un pays de droit, mais qu’il n’est pas un pays d’anarchie » et pourtant, des individus que la justice qualifierait sans doute de criminels, ont détourné et vendu 5000 tonnes d’une aide alimentaire à un moment où des millions de Nigériens étaient dans le besoin d’une assistance alimentaire. L’autorité de l’État ne doit-elle pas se manifester dans le cas de ce scandale ? Les auteurs de ce crime sont, en vérité, ceux qui méritent le châtiment réservé aux étudiants et scolaires en ce 10 avril 2017. Ceux qui ont reçu les dirigeants de l’USN le savent, mais considèrent sans doute que l’autorité de l’État doit s’exercer ailleurs.

À combien sont évaluées les doléances des étudiants dont la réclamation a conduit à la tragédie du 10 avril 2017 ? Probablement moins que les six milliards de matériels divers qui ont été détournés à des fins personnelles à la Soraz et dont les auteurs sont notoirement connus. Pourtant, les véritables auteurs n’ont pas été inquiétés même pas par une convocation à la police judiciaire. Au contraire, un IssakaAssoumane, trempé dedans jusqu’au cou selon le rapport de la Halcia qui a même bloqué ses comptes bancaires, a bénéficié de la part de Mahamadou Issoufou, un « témoignage officiel de satisfaction » en le nommant conseiller avec rang de ministre auprès de lui. N’est-ce pas un acte de défiance vis-à-vis de l’autorité de l’État ? Ce monsieur, comme tant d’autres, se promènent toujours librement, dans la pleine jouissance des biens et deniers publics détournés alors que ceux qui revendiquent leurs droits sont gazés et bastonnés, parfois à mort.

Que dire de cette affaire de 200 milliards de la Sopamin que Hassoumi Massoudou a transféré sur un compte privé, à Dubaï ? N’est-ce pas scandaleusement injuste de constater que des étudiants se font gazer et tuer parce qu’ils réclament des droits et la tenue de promesses mille fois renouvelées alors que des individus que la justice traiterait sans doute de gangsters publics trônent encore à la tête de l’État, sans aucun préjudice, avec leur totale liberté et la jouissance des fruits accumulés dans cette scabreuse transaction ?

N’est-ce pas dans ce même Niger que, récemment, les deux premiers responsables de l’Assemblée nationale ont été pris dans un scandale portant sur des millions qu’ils se sont offert à l’Artp [Ndlr : Agence pour la régulation des télécommunications et de la pose] en termes d’indemnités de départ, en violation de la loi ? Ils sont pourtant à leurs postes et Dieu seul sait ce à quoi ils pourraient se livrer à la tête du parlement. Où est l’autorité de l’État ?

Que ce soit dans l’affaire des 200 milliards ou dans tous les cas où des hommes, connus mais impunis parce qu’ils appartiennent au gotha des hommes qui soutiennent Mahamadou Issoufou dans les pires dérives, l’autorité de l’État n’a pas été exercée. Alors, de quelle autorité de l’État nous parle-t-on ? De ce que nous savons, l’autorité de l’État s’exerce de façon impersonnelle et ne s’attache pas à savoir qu’il s’agit de X ou de Y. C’est pourquoi sa manifestation, telle que décrite, s’appelle la justice. Lorsqu’il arrive que l’autorité de l’État s’exerce de façon partiale et tend à garantir l’impunité pour certains, même impliqués dans des crimes intolérables, alors que d’autres qui ne font que réclamer leurs droits sont traqués, battus et jetés en prison, on ne peut parler que d’INJUSTICE.

Cette injustice, entretenue au sommet de l’État, est nécessairement une marque de défiance vis-à-vis de l’État de droit et de la justice. Et les Nigériens, dans leur écrasante majorité, sont choqués de constater que la fameuse autorité de l’État que Ben Omar, AssoumanaMalam Issa et consorts chantent sur Télé-sahel au nom du gouvernement, ne s’est jamais exercée lorsqu’il s’agit d’épingler des voyous de la République et autres délinquants. Considérée sous l’angle qu’ils la présentent, l’autorité de l’État ne peut être comprise que comme un bouclier pour protéger un régime et ses intérêts, c’est-à-dire tout ce qui a été accumulé durant des années dans les affaires scabreuses qui ont ruiné l’État. L’autorité de l’État ? À chacun sa compréhension, n’est-ce pas Ben Omar ? Mais ce qui est certain, si elle sonne comme un bouclier pour les uns et une répression, assortie parfois de mort d’homme et d’emprisonnement injustifié pour les autres, elle finira néanmoins, par s’imposer aussi aux intouchables d’aujourd’hui. Et ce sera toujours l’autorité de l’État.

BONKANO

19 avril 2017
Source : Le Canard en Furie

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