Les réprimés du 10 avril : ces autorités politiques de demain.

Elisabeth Cherif Il est parfois pénible de songer au lendemain, dans la tourmente de l’épreuve du jour. Eprouvées, les victimes de la répression du 10 avril 2017, le sont encore. Les flashs des scènes d’horreur vécues tournent encore en boucle dans bien d’esprits. Aux blessures physiques non cicatrisées, s’ajoute la vivacité de l’indescriptible choc du message de la confirmation du décès d’un frère, ami, promotionnaire, camarade de lutte, etc.

Après la mise en terre du lundi 17 avril et la présentation des condoléances, nombreux sont ceux qui vont devoir faire face à l’absence. Subir le sentiment de ne plus pouvoir exprimer son affection à, ou recevoir de l’affection de, cet être tant aimé. S’accrocher au contenu de la dernière conversation, revoir sans arrêt le dernier geste, le dernier sourire, la dernière blague, etc. Garder en mémoire les souvenirs du disparu. Mais aussi, et surtout, gérer le devoir de mémoire.  

Un devoir de mémoire qui doit, cependant, cette fois-ci, aller au-delà des commémorations. Ces cérémonies et activités que l’on organise chaque année, en mémoire d’évènements tragiques. Des initiatives indispensables et légitimes, mais que la survenue d’évènements similaires à ceux qui les ont occasionnées, tend à réduire en simples rituels émotionnels.

Un devoir de mémoire donc qui, loin de se limiter à la dimension conjoncturelle des évènements tragiques du 10 avril et ceux qui les ont précédés, investirait davantage leur aspect structurel, dans le but d’identifier et de combattre leurs causes lointaines et permanentes, afin de conjurer indéfiniment les risques des récidives. Faire, concrètement, en sorte que, le récent martyr de la cause des scolaires nigériens ne soit pas uniquement un martyr de plus. Mais le dernier martyr.

Le dernier scolaire à partir trop tôt, dans la fleur de l’âge, pour avoir revendiqué des droits, inaliénables. Une instruction. Un cheminement académique de qualité, dans des conditions matérielles acceptables. Ce strict minimum, que tout État digne de ce nom est en mesure de fournir. Des choses que ce pays a su donner à ses enfants, par le passé. Et qu’il peut encore mettre à leur disposition. Avec davantage d’efforts. Un supplément de bonne volonté. Et beaucoup de détermination.

Dans peu de temps, dans quelques années seulement, un bon nombre des étudiants qui ont été pourchassés, roués de coup et humiliés, boucleront leurs formations universitaires. Certains finiront par intégrer la haute sphère du pouvoir, en tant que décideurs ou proches collaborateurs de ceux-ci. Ils auront ainsi l’opportunité de prendre des décisions ou tout au moins participer à la conception et au suivi de la mise en œuvre des mesures significatives concernant le système éducatif et d’autres secteurs vitaux du pays et de la nation.

Cette allusion aux responsabilités futures des élèves et étudiants d’aujourd’hui, n’est pas uniquement liée au constat qu’une partie des personnes qui occupent, actuellement, des postes clés de commandement de ce pays, avaient été des scolaires, des étudiants et membres influents du mouvement estudiantin pour certains. Et que jamais, du reste, le Niger n’a été gouverné par autant d’anciens activistes de premier plan du mouvement estudiantin que ces dernières années.

Elle vise surtout à souligner, à l’endroit des élèves et étudiants endeuillés le 10 avril, que l’occasion leur sera immanquablement offerte, d’immortaliser la mémoire de leur camarade et de celle des autres martyrs du mouvement estudiantin et du peuple nigérien, à travers des actes concrets. Des réalisations qui témoigneraient de leur engagement dans le combat qui a coûté la vie à leurs camarades, et qui seraient le reflet d’une véritable rupture, par rapport aux méthodes de gestion antérieures. Un new deal, essentiellement orienté vers la concrétisation du bien-être collectif. L’épanouissement intellectuel et matériel du peuple nigérien, tant espéré.

Ainsi, Mallah Kelloumi BAGALE et tous les autres martyrs, seront à jamais présents, à chaque fois que vous essayerez de créer des conditions susceptibles de renforcer l’institutionnalisation des mécanismes permettant de prévoir et de prévenir les maux qui poussent les scolaires à réclamer leurs dus, en subissant, dans le processus, des violences physiques, morales et pire encore, la perte des êtres chers.

Aussi, BAGALE, le martyr que vous avez connu et côtoyé, sera en vous, quand vous veillerez à ce que le budget alloué au système éducatif soit à la hauteur de l’importance de ce secteur vital pour l’avenir de ce pays. Vous le verrez, dans chaque consigne de multiplication de classes et d’amphithéâtres que vous donnerez. Vous le sentirez lors des visites d’évaluation de la mise en œuvre effective de ces consignes. Vous l’apercevrez dans la joie des élèves et étudiants qui reçoivent leurs pécules et bourses à temps ; dégustent des plats aux saveurs acceptables, sans avoir eu à perdre le temps consacré à la pause dans les interminables files d’attente des restaurants. Vous lirez son sentiment de satisfaction sur les visages des élèves et étudiants qui célèbrent la fin d’une session académique d’une remarquable qualité, dans les délais prévus ; Et dans la fierté et le soulagement des parents qui découvrent les diplômes de leurs enfants, symboles de longues années d’efforts et d’investissements.

En bref et pour paraphraser un de ses derniers posts qui fait le tour des réseaux sociaux, Malah K. BAGALE, sera dans les hommes forts et intègres que vous serez, et fier de la manière dont vous marquerez, positivement, l’histoire de ce pays. Courage !

Elisabeth Shérif

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