Amères vérités : Lorsqu’on est incapable de se déterminer face à un détournement de 200 milliards, c’est que l’on n’est pas bien loin de ses auteurs

Amere verites Canard Furie« S’il avait le vendre derrière lui, ce ventre le mettrait dans un trou », nous a enseigné le sage Ahmadou Coumba dont les propos ont été rapportés par Birago Diop. Alors que tout lui commande de poursuivre la lutte politique contre une gouvernance incarnée par Mahamadou Issoufou et qu’il a personnellement traitée de "satanique", Seïni Oumarou va néanmoins décider d’y apporter son soutien ferme et inconditionnel.Dans le plus grand secret, Il va négocier son allégeance à Mahamadou Issoufou, acceptant au finish un poste de Haut représentant qui lui donne droit à 500 millions de fonds politiques et quelques strapontins ministériels pour ses lieutenants. Son choix est clair : à quoi bon continuer à se battre alors qu’il est loisible de faire comme tant d’autres ? Ce jugement peut paraître dur mais il est pourtant le reflet d’une réalité difficilement réfutable.

Cherchez des explications objectives à ce ralliement de Seïni Oumarou à un pouvoir qu’il a qualifié de "satanique". Ne parlons pas de tous ces scandales connus et ressassés mille fois par la presse depuis de longs mois et sur lesquels le même Seïni dit fonder son aversion contre le régime. Parlons de ce qui prouve que le ralliement de Seïni Oumarou ne repose ni sur des convictions démocratiques, ni sur une confiance en Issoufou, encore moins sur la volonté d’améliorer la gouvernance « satanique » en cours. Parlons d’un seul de ces scandales: le transfert des 200 milliards de la Sopamin, donc, de l’État nigérien, vers un compte offshore privé. Un dossier qui a choqué tout le Niger et qui a mis à nu les pratiques mafieuses d’un pouvoir qui a tout pris au peuple nigérien ! Ces 200 milliards, visiblement, n’ont même pas fait frémir autour de Seïni Oumarou puisque son porte-parole, ou du moins le troubadour de l’APR, ce machin qu’ils ont créé pour tromper lepeuple nigérien sur leur véritable mission, a animé un point de presse pour  demander aux Nigériens de ne pas aller vite en besogne et qu’il faut attendre l’issue de l’enquête parlementaire décidée. Personne n’a demandé ou exigé que Massoudou Hassoumi, et même Mahamadou Issoufou qui a dû l’investir de cette mission secrète, soient directement déchus de leurs fonctions et jetés en prison. Cependant, le minimum d’honnêteté vis à vis du peuple que l’on prétend servir exige d’interpeller publiquement ces deux-là et de leur demander des comptes. Le minimum d’intégrité veut que l’on exprime sa vexation, la blessure faite au peuple nigérien ainsi que le caractère criminel de l’acte. De tout ça, rien ! OusseiniSalatou, sans doute discrédité pour la vie auprès des Nigériens, a reçu la mission de faire passer un message qui n’a pas besoin de mots pour être compris des Nigériens. L’hypocrite, c’est celui qui cache son jeu et qui avance, le visage masqué. L’hypocrisie, c’est lorsqu’on prétend être arbitre ou qu’on s’attribue un rôle d’arbitre alors que l’on a un parti pris. Seïni Oumarou, qui a ouvertement fait allégeance à Mahamadou Issoufou, qui l’a clamé et revendiqué avant de se voir attribuer « gratuitement, sans rien faire, » 500 millions du budget de l’État alors que des dépenses liées aux secteurs sociaux de base sont supprimées, peut-il dire la moindre vérité qui touche à Mahamadou Issoufou ? Assurément NON. OusseiniSalatou ne peut, donc, transmettre que la voix du Haut représentant qui, lui-même, a dû faire les choses pour plaire davantage à celui qu’il représente.

Dans le Niger actuel, il est difficile de trouver des hommes constants, avec des convictions fermes et une volonté inébranlable de défendre ce en quoi ils croient. Il se pose, donc, nécessairement une question d’éducation, les adultes offrant aux plus jeunes des exemples à faire frémir un mort. Le patriotisme, la protection des biens et deniers publics, l’attachement aux valeurs démocratiques et à l’État de droit sont ainsi obscurcis par une certaine ambivalence dans les actes, la primauté d’intérêts partisans, les détournements massifs des deniers et biens publics, la violation effrénée des lois et règlements de la République. Le magistère de Mahamadou Issoufou est, en l’occurrence, est caractérisé par tous les maux possibles qu’il est donné d’imaginer, dans leurs pires formes, dans une gouvernance scabreuse quelconque. On viole délibérément et à volonté la Constitution (Mahamadou Issoufou est le premier cité dans cette violation de la loi fondamentale), on se déclare quand-même champion en matière de respect des lois et règlements de la République ; on détourne massivement les biens et deniers publics comme dans une compétition, mais l’on prétend, sans honte, que les voleurs de l’État sont ailleurs, notamment dans la douane ; on fait la justice selon deux poids, deux mesures, avec en toile de fond des desseins politiques, mais l’on chante, sur les ondes des radios internationales, que la justice est indépendante et qu’elle n’obéirait qu’à la loi ; et même lorsqu’on met en péril des intérêts stratégiques du Niger à l’extérieur comme dans l’affaire Africard et que l’on transfère dans un compte privé, à l’extérieur, 200 milliards de l’État pour des fins personnelles, on continue de clamer que le pays se porte bien. Mon œil !

À tous égards, l’APR de Seïni Oumarou, à qui certains ont vite fait d’attribuer une volonté d’indépendance vis-à-vis de la MRN, et particulièrement à l’égard du Pnds, est une succursale de ce parti. Une succursale à qui il est fait recours pour essayer de donner une image civilisée de ce régime "satanique". L’APR, c’est l’instrument d’une politique tout autant démoniaque que celui que Seïni Oumarou a vilipendée pendant des années avant d’en devenir, ironie du destin, un des plus grands thuriféraires. Les tortuosités présentées par OusseiniSalatou en disent long sur le drame intérieur de Seïni et les siens qui sont manifestement condamnés à admettre, au détriment du Niger et de son peuple, que des individus, au sommet de l’État, fassent main basse sur 200 milliards. Or, lorsqu’on est incapable de se déterminer face à un détournement de 200 milliards, c’est que l’on n’est pas bien loin de ses auteurs, en termes de similitude dans les rapports vis-à-vis des deniers publics.OusseiniSalatou peut, donc, brailler autant qu’il veut. Il ne changera pas l’opinion, bien trempée, des Nigériens quant à leur préférence qui va pour le silence coupable et la complicité dans le drame du peuple nigérien.

On ne peut pas avoir détourné autant de milliards, même au Gondwana, et gagner son bras de fer avec le peuple. Et ceux qui, au lieu de se battre aux côtés du peuple nigérien, ont préféré monnayer leur soutien à cette gouvernance « satanique », doivent se convaincre d’une chose : on ne gagne pas sur deux tableaux.

BONKANO.

14 mars 2017
Source : Le Canard en Furie 

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