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Amères vérités

Amères véritésLorsque Mahamadou Issoufou prenait la tête de l’Etat, le Niger était voué à un très bel avenir. Tous les feux étaient au vert à telle enseigne que sous la Transition militaire, Salou Djibo s’est permis, à deux reprises, de faire des augmentations de salaires aux fonctionnaires. L’Etat avait beaucoup d’argent, ses réserves à la Beceao étaient appréciables et de multiples projets structurants étaient, sinon arrivés à terme de réalisation (le pétrole), au moins dans les starting-blocks, prêts à être réalisés, les financements étant bouclés et acquis. C’est notamment le cas du barrage de Kandadji. En cinq ans, Il a réussi le tour de force d’hypothéquer les projets dont il n’avait rien d’autre à faire qu’à assurer le suivi de l’exécution, de faire évaporer l’argent public et de faire tourner tous les feux au rouge. Aujourd’hui, il n’y a ni argent, ni sécurité, encore moins de démocratie et de justice. Un bilan catastrophique que Mahamadou Issoufou continue de corser davantage, rendant la situation du Niger, chaque jour, un peu plus critique. Y a-t-il un mot pour qualifier ce que le groupe Dangote est autorisé à faire au Niger, avec le gypse de Kao ? Lié aux autorités nigériennes par un contrat de réalisation de la cimenterie de Kao, le groupe Dangote, exploite aujourd’hui à sa guise le calcaire de Kao, non pas pour l’industrie de ciment prévue au Niger par les accords, mais pour alimenter ses industries du Nigeria et inonder le marché nigérien d’un ciment qui aurait dû être fabriqué sur notre sol. Ce ciment qu’il produit avec le gypse nigérien, Dangote, probablement selon des accords signés sur le dos de l’Etat, le cède à un prix hors de concurrence à des grossistes nigériens qui le revendent avec une marge bénéficiaire extraordinaire. Le pillage du gypse de Kao par le groupe Dangote révèle un autre cas de compromission gravissime qui prouve, encore une fois, que les intérêts du Niger, à tous points de vue, ont été bradés sous Mahamadou Issoufou. Le pétrole, Imouraren, les immeubles du Niger à l’étranger, les fonds et biens publics, l’aide alimentaire, l’école, la santé, le gypse, etc. Qu’a-t-il véritablement apporté au Niger ? Rien que ruines et désastres ! La démocratie confisquée, la justice et l’Etat de droit instrumentalisées, la sécurité compromise, Mahamadou Issoufou, incontestablement, a ruiné le Niger.

Après le hold-up électoral qui lui a conféré 92,51% d’un électorat qu’il n’a pas, Mahamadou Issoufou a continuellement poussé ses pions pour mettre le Niger sous coupe réglée. La session extraordinaire qu’il vient de convoquer, le jeudi 1er juin 2017, juste au lendemain de la clôture de la session des lois, s’inscrit dans cette logique. En vérité, l’unique sujet qui a motivé la convocation de cette session extraordinaire est lié à la loi électorale que Mahamadou Issoufou attend de voir adopter pour s’assurer un contrôle total et exclusif sur les instances chargées d’organiser les élections. La loi d’habilitation habituelle n’a pas été demandée pour la simple raison que Mahamadou Issoufou veut sa Ceni permanente, autant dire sa Cena [Ndlr : Commission électorale nationale administrative]. Il la veut le plus tôt possible et ce n’est pas exclu qu’il veuille l’imposer pour l’organisation de l’élection législative partielle de Maradi. Un siège que le Pnds Tarayya a perdu par le décès de son titulaire, Mamane Oumarou, mais qu’il veut se donner tous les moyens de conserver. La modification de la loi électorale est d’un enjeu, on ne peut plus important pour la classe politique nigérienne et la survie de la démocratie dans notre pays. Mais il se trouve qu’à l’exception des quelques partis d’opposition, les autres, engloutis par le Pnds Tarayya, dans une façon ou d’une autre, refusent d’en faire leur affaire.

Le Mnsd Nassara, qui a vendu son âme au «diable» après l’avoir combattu avec une violence inouïe, n’est plus que l’ombre d’un famélique parti politique réduit à sa plus simple expression et si introduit dans les grands boubous de Mahamadou Issoufou qu’il ne trouve plus rien à chercher auprès des Nigériens que de s’accrocher au pouvoir et de manger ce qu’on voudrait bien lui jeter. Un renoncement de Seïni Oumarou à la lutte politique qui préfigure le terrible destin que lui a prédit Hassoumi Massoudou, c’est-à-dire la mort inéluctable. De toute façon, le couple du Haut représentant de Mahamadou Issoufou semble s’en sortir financièrement, la dame Aïssa ayant entrepris, elle aussi, de faire dans la distribution gratuite de vivres aux populations.

Quant à L’Andp Zaman Lahiya de Moussa Moumouni Djermakoye ou au Rdp Jama’a de Hamid Algabit, il est plus ou moins raisonnable de souhaiter que Mahamadou Issoufou se fasse une raison pour revenir sur ce coup de force contre la démocratie que d’attendre d’eux le moindre sursaut démocratique pour s’y opposer. Ils mangent depuis toujours dans la main de Mahamadou Issoufou et l’un et l’autre des deux leaders de ces partis politiques représentent les grands talibés du régime. Ils sont de tous ceux qui sont parfaitement conscients que ça ne va pas du tout et que le Niger est en train de voguer vers des rivages de plus en plus périlleux, mais tant pis. Ce sont des leaders politiques qui n’ont aucune autre ambition que de recevoir leurs parts de gâteau. Le reste, ils s’en accommodent, en bons figurants. N’est-ce pas pour cette raison que l’un et l’autre se sont effacés face à Mahamadou Issoufou lors de la présidentielle de février-mars 2016 ?

Le Mpr Jamhurya d’Albadé Abouba, le PJD de Mahamane Hamissou et les autres sont comme des constellations qui gravitent autour du Pnds Tarayya. Ils n’ont ni ambition ni foi politique. À l’exception du premier dont la mission est de capter les cadres opportunistes qui refusent d’aller au Pnds Tarayya mais qui cherchent, coûte que coûte, un poste de nomination ou des faveurs inadmissibles au sein de l’administration publique, faisant ainsi grossir ce parti comme une bulle, les autres ont une préoccupation : vivre aux crochets de celui qui est au pouvoir et polluer ainsi le climat politique nigérien. On fait parfois la grande gueule, histoire de faire croire que l’on est porteur d’ambitions et de principes pour mieux monnayer ses services. Certains de ces partis, dont celui de Mamoudou Djibo, n’ont rien trouvé de mieux à faire que de se fondre dans la parti de l’homme qui a demandé aux Nigériens s’il a vraiment une tête de président. En vérité, Albadé travaille pour Mahamadou Issoufou et c’est pourquoi il n’a aucune peine à caser ceux qui font acte d’allégeance.

De tout ce qui précède, il faut retenir qu’il n’y a aucun sursaut à attendre de Moussa Moumouni Djermakoye, Hamid Algabit, Seïni Oumarou et tous ces petits poucets qui ont fait le choix de vivre aux dépens de la République et de la démocratie. Mahamadou Issoufou peut entreprendre le pire, ils ne lèveraient pas le petit doigt. Dans un Niger miné par la corruption à grandes échelles, les détournements de deniers et biens publics, l’affairisme et les trafics en tous genres, une Ceni permanente est un grave danger contre la démocratie. Autant voter une loi pour affirmer que seul un militant issu des rangs du Pnds ou adoubé par celui-ci peut gagner l’élection présidentielle. La démocratie n’aurait plus de sens et on ne voit pas pourquoi un pays comme le Niger, appauvri par six années de gabegie et de pillages, investirait des milliards à simuler des élections. La loi du plus fort s’accentuerait et les plus faibles, les populations rurales en particulier, seraient alors totalement oubliées de l’élite politique. La justice serait encore plus instrumentalisée qu’aujourd’hui, la loi sur la liberté de presse, en l’occurrence l’ordonnance 2010-035 serait probablement balayée pour faire place à un texte coercitif qui consacrerait le délit d’offense au chef de l’Etat, protégeant ainsi Mahamadou Issoufou contre les vérités qu’il ne saurait entendre. La police multiplierait les interpellations et les enlèvements matinaux, peut-être nocturnes, pour faire taire ceux qui continueraient à dénoncer et à protester. Bref, le Niger pourrait devenir le bien exclusif de Mahamadou Issoufou, de sa famille et de ses affidés, ils y travailleraient avec ardeur et dévouement. Leur satisfaction, c’est comme ce que Seïni Oumarou a trouvé : un poste quelconque où l’on pompe l’argent de l’Etat sans rien faire et des sacs de vivres pour madame pour une distribution gratuite de vivres aux populations. Autant dire pour la corruption des populations à la base qui assimilent cela à une générosité de la part de celle qui le fait.

07 juin 2017
Source : Le Canard En Furie   

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