9 avril 1999 – 09 avril 2020 : Lettre d’outre-tombe du Président Baré au Président Issoufou

9 avril 1999 – 09 avril 2020 : Lettre d’outre-tombe du président Baré au président Issoufou Mon frère, J’entends dire que toi et ton gouvernement ne doivent rien au passé. Que vous avez fait renaître le Niger parce qu’avant vous rien ne s’était passé. Pour toi et tes amis, Djibo Bakary, Diori Hamani, Seyni Kountché, Ali Saibou, Mahamane Ousmane et Tanja personne n’a rien fait. C’est toi le messie qui fait renaître le Niger. C’est pourquoi je t’envoie cette missive par l’intermédiaire d’un de mes conseillers. Puisque ben entendu tu nous fais nous retourner dans nos tombes.

Si je dois te rappeler à mon bon souvenir, il te souvient que j’avais pris le pouvoir le 27 janvier 1996en vous renversant toi et ton « ami intime » de toujours, par un coup d’Etat suite au blocage institutionnel dont tu étais, c’est reconnu aujourd’hui, le principal instigateur acteur. Te souviens-tu que ce coup d’Etat était intervenu dans une situation économique caractérisée par la chute des cours de l’uranium amorcée au début des années 80, la dévaluation du franc CFA intervenue en 1994 pendant qu’un membre ton parti et de ton Gouvernement assurait la charge de Ministre des finances. Et souviens toi, la crise de la dette et des déficits publics étaient persistants engendrés par les politiques publiques inappropriées que tu avais initiées. Tu te souviens sans doute que c’était pour une banale histoire de rattachement par le mon frère, le président Ousmane, de la fameuse commission des marchés à la présidence de la République. Avec recul et à regarder de près, est ce que l’histoire ne donne pas raison au président Ousmane puisque les gros marchés qui font débats hier comme en ce moment, sont finalement attribués, de notoriété publique, par la présidence de la République ?

C’est ainsi que mon gouvernement, mis en place dès le 1er février 1996, fut contraint d’adopter des politiques d’austérité avec leurs lots de conséquences désastreuses et impopulaires connues sur le plan social. C’était malheureusement le prix à payer pour assainir l’environnement économique désastreux que tu avais contribué avec ton gouvernement et l’instabilité politique à me léguer afin d’assurer un cadre macroéconomique sain.

C’est dans ce contexte difficile que j’ai dû opérer des choix souvent difficiles qui ont permis fort heureusement à notre pays de sortir de l’ornière.

Tu m’autoriseras à te citer ces actions décisives qui ont permis au Niger d’avoir les fondamentaux et bases solides pour amorcer son décollage économique. Avec bien entendu l’aide des partenaires traditionnels et de nouveaux que j’ai estimé rappeler au chevet du pays.

C’est ainsi que te rappellerai que Pour la promotion de la culture de la paix et de l’unité nationale.

J’ai toujours estimé que le couple paix et développement sont inséparables, c’est pourquoi j’ai eu à placer cette action à la tête de toutes mes oeuvres. Ce qui m’a amené à oeuvrer prioritairement pour la Restauration et la Consolidation de la paix et l’unité nationale avec notamment :

  •  par la mise en application des accords de paix du 24 avril 1995.

  • la signature de l’Accord de paix avec le mouvement rebelle des Forces armées révolutionnaires du Sahara (FARS) du 6 juin 1997. Les Accords de paix signés à Alger entre le gouvernement et les rebelles de l’UFRA et du FARS du 28 novembre 1997.

  •  la conclusion de deux (2) autres accords de paix :- le protocole additionnel de paix d’Alger du 28 novembre 1997-l’accord de N’Djamena du 21. août 1998- l’instauration d’un dialogue et d’une écoute permanente aux problèmes de la rébellion.

La Réhabilitation des mémoires des illustres Présidents Diori Hamani par le baptême de l’Aéroport de Niamey à son nom, et Seyni Kountché (reprise du nom du Stade d’avant la Conférence nationale) ainsi que celle de S.E Djibo Bakary, nationaliste convaincu, panafricaniste internationalement reconnu, premier Chef de Gouvernement et premier maire de Niamey, (la place en face de la mairie baptisée à son nom) va dans le sens de la cohésion nationale chère au Président BARE;

Pour le renforcement de la sécurité nationale et de l’intégrité territoriale J’ai estimé qu’il fallait en priorité rétablir le moral des Forces de Défense et de Sécurité qui vous autres et vos amis avaient fortement contribués à entamer à l’issue de la Conférence Nationale. Il me fallait donc pour se faire renforcer l’équipement et de la formation des Forces de défense et de sécurité grâce à la coopération française et chinoise, par la création du Prytanée militaire et l’Ecole Supérieure de Formation des FAN qui permettent la valorisation de nos vaillantes forces de défense qui font la fierté de tous.

Sur le plan du redressement économique et financier du Niger

Je dois te rappeler que c’est après dix années d’errements par suite du refuscompréhensible des gouvernements successifs de prendre des mesures douloureuses idoines qui ont suivi la chute des cours de l’uranium amorcée au début des années 80 et la dévaluation du franc CFA intervenue en 1994 que mon gouvernement a été lui contraint de trouver un accord avec les institutions de Bretton Woods .Ce redressement était passé un diagnostic de lagestion des finances publiques marqué par des déficits budgétaires importants qui s’étaient traduits par la constitution d’un important stock de dettes et d’arriérés intérieurs et la perte de la crédibilité de l’Etat. Mon gouvernement a donc dû procéder à :

  • La mise en oeuvre des réformes des dépenses publiques (RDP) notamment dans les secteurs sociaux et la mise en oeuvre de la stratégie et du plan d’apurement des arriérés intérieurs de l’état

  • La négociation, l’exécution et la réussite de la facilité d’ajustement structurel renforcé (FASR) dans un contexte défavorable – La préparation des conditions d’éligibilité du Niger au point de décision de l’initiative des pays pauvres très endettés (PPTE) dont la particularité est l’obligation pour les pays bénéficiaires de convertir le service de la dette en investissements sociaux de base. Le ppte a permis au Niger de bénéficier à partir de 2001 de plus de 890 millions de dollars de réduction de dettes, correspondants à près 520 millions de dollars en valeur actualisée nette (VAN) versés dans ce qui a été appelé le « Programme Spécial du Président » par mon frère d’armes Tanja.

C’est ainsi que le taux de croissance du PIB auquel tu adores te référer, était passé de 1,9 pour cent en 1995 à une moyenne de 6,7 pour la période 1996 à 1998. Le taux d’investissement quant à lui était passé de 8,1 % à plus de 16 % en moyenne de 1996 à 1998.Le taux d’épargne était passé de 2,4% à 8,4% sur la même période tandis que le taux d’endettement extérieur a été réduit de moitié. Ce sont ces tendances qui ont été structurellement maintenues.

Je dois reconnaitre que je m’étais inscrit dans cette entreprise de redressement économique dans la droite ligne tracée par le gouvernement Hama Amadou durant l’année 1995.

Dès ma prise de pouvoir en janvier 1996,j’ai pris l’option d’une véritable diplomatie économique avec la mise en oeuvre d’une intelligence économique prenant en compte les intérêts stratégiques de notre pays dans la limite de l’affirmation de sa souveraineté pleine et entière à laquelle il était très attaché à mon mentor, feu le Général Seyni Kountché(PSA).Cette démarche m’abien entendu conduit à une réorientation diplomatique qui a eu pour effet la reprise immédiate des relations diplomatiques avec la Chine populaire dès le 19 août 1996, que tes et toi avaient rompu sans que l’on ne sache pourquoi. C’est bien entendu dans le cadre d’un partenariat gagnant– gagnant dont notre pays et l’Afrique entière tire aujourd’hui grandement profit. Ce retour de ce grands pays aux ressources humaines immenses nous a permis de rééquilibrer les relations économiques avec nos partenaires traditionnels. J’ai tenu à réchauffer nos relations avec CUBA, avec son aide médicale précieuse et multiforme. J’ai également réchauffé les relations avec le Maroc, l’IRAN, le Soudan, l’Inde ont suivi. Rien ne pouvait faire de sérieux et durable c’est pourquoi j’avais de relations plus que fraternelles avec nos voisins immédiats que sont, l’Algérie, le Nigéria, la Lybie, le Bénin et le Tchad de mon frère et ami Idriss Deby.

J’ai promu la Gouvernance Economique par la réintroduction et la promotion de la planification et la prospective économique en lieu et place des seules politiques d’ajustement économique de court terme sans vision qui avaient cours et que certaines institutions financières voulaient nous imposer. Cela s’était traduit par la mise en oeuvre de la modernisation de l’Etat avec la promotion des nouvelles technologies de l’information et de la communication confiée à la Délégation à l’Informatique directement rattachée à la Présidence que j’avais confiée au talentueux informaticien KORONEY MASSANI. Bien entendu la téléphonie cellulaire a été introduite et les premiers textes ont été adoptés. Le dynamisme du Ministère du Plan m’a permis de concevoir et adopter l’ambitieux Programme de Relance Economique (PRE) triennal et la programmation à son terme d’un plan quinquennal.

Je m’étais engager comme tous mes prédécesseurs pour

  • la lutte contre la corruption, la gabegie, et l’absentéisme dans la fonction publique les serpents de mer ;

  • la promotion de la qualité et de l’excellence dans tous les domaines identifiés (fonction publique, diplomatie, armée, éducation, etc…).

Sur la Mise en oeuvre de la décentralisation j’ai eu à concevoir adopter les textes y relatifs.C’est ainsi que quatre (4) lois sur la Décentralisation furent adoptées et des élections locales organisées en 1998. Cette décentralisation entrait, comme tu le savais, dans le cadre de la consolidation de la paix et l’amélioration de la gouvernance économique.

Dans le cadre du partenariat avec les sociétés minières opérant au Niger, j’avais opté pour des négociations en vue du rééquilibrage des pouvoirs avec l’accueil de nouveaux partenaires dans les prospections ; géologiques et minières (République populaire de Chine dans la région de Zinder). J’avais réclamé avec insistance ce rééquilibrage des pouvoirs dans La GOUVERNANCE des sociétés minières notamment la SOMAIR et la COMINAK.En réalité avec le rétablissement des relations diplomatiques avec la Chine en aout 1996 avoir son droit de Veto, son marche et ses capacités financières et techniques, le pouvoir de négociation avait été démultiplié dans un marché de l’uranium et du pétrole dominé par quelques firmes.

Sur l’autosuffisance alimentaire, je dois te dire que dès 1996, j’avais opté pour une lutte acharnée pour assurer l’autosuffisance alimentaire chère à mon mentor Seyni Kountché et cette politique avait été déclinée plus tard dans le Plan de Relance Economique (PRE) comportant plusieurs volets (agriculture, élevage, sylviculture, etc..) ;

Dans le cadre de la promotion de la culture irriguée pour lutter contre le déficit agricole visant la lutte contre la pauvreté, mon gouvernement a été inspiré d’organiser en mars 1998 à Genève une « Table ronde pour le Niger » de la stratégie du gouvernement en la matière de lutte contre la pauvreté dans le cadre du Programme de Relance Economique (PRE).Mon gouvernement avait sollicité des financements complémentaires pour accélérer la réalisation d’un programme-cadre initialement doté d’une enveloppe globale de 344 milliards de FCFA de l’époque pour lequel les bailleurs de fonds s’étaient finalement engagés à couvrir près de 300 % des besoins de financement exprimés.

J’avais élevé la promotion du secteur éducatif au rang de super priorité par la Promulgation de la LOSEN, qui était la première loi d’orientation du système éducatif nigérien qui définissait alors toutes les orientations du système national du primaire au supérieur. C’est cette loi dont te sers aujourd’hui. J’ai créé le Lycée d’excellence pour cultiver le sens de l’effort et encourager les jeunes nigériens à rechercher l’excellence. Ton brillant ministre chargé du Budget en est issu ainsi que d’autres hauts cadres de ton administration.

Pour la promotion de la culture et de la Jeunesse, j’avais négocié et obtenu à organiser à Niamey pour l’année 2005 des cinquièmes Jeux de la Francophonie qui ont permis à mon frère d’armes Tanja la réalisation d’importants travaux d’infrastructures dans la ville de Niamey. Les travaux engagés dans le cadre des cinquième jeux de la Francophonie avant 2005 ont permis de désenclaver la ville de Niamey et rénover l’ensemble des infrastructures culturelles et sportives et d’en construire de nouvelles.J’ai organisé en me servant du génie créateur d’un fils du Niger dès 1998 en plein désert, le premier Festival International de la Mode Africaine (FIMA) avec les partenaires extérieurs qui fait la promotion et la fierté du pays.

Mais à la différence de ta conception des choses, je dois reconnaître que je n’auraisjamais pu enregistrer de telles performances sans les legs multiformes des régimes précédents et l’aide multiforme des dignes fils du pays qui avaient accepté de m’accompagner dans mon combat, qui je l’espère a été bénéfique pour le Niger. Ce n’est pas à moi d’en juger.

Au fait pourquoi tu t’es précipité pour réaliser dans le désordre, le programme de la boucle ferroviaire que j’ai négocié et signé le 09 janvier 1999, soit trois mois avant mon départ ? Je ne te le pardonnerais jamais par contre.

Toutes ces actions que j’ai énumérées tantôt, te servent aujourd’hui.

Mon salut de Là-haut,
le 09 avril 2020

Ton grand frère le Général Baré tel que tu aimais m’appeler.
Prends tout ton temps, nous t’attendrons petit-frère.

11 avril 2020
Source : Le Courrier

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