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L'injustice est la véritable incitation à la violence

Justice Niger Affaiares ImpuniesCes deux dernières semaines, la paranoïa du régime de Mahamadou Issoufou a atteint le pic avec ses multiples arrestations et autres intimidations de membres de la société civile et d'opposants politiques. Après Maikoul Zodi (libéré par le juge) et Baba Alpha de la Télévision Bonferey, encore en prison en compagnie de son vieux papa, c'est autour d'Abdouramane Insar, Ali Idrissa et Amadou Ali Djibo dit Max, d'être interpellés et poursuivis sous de fallacieux prétextes.

Abdouramane Insar : poursuivi pour " incitation à la violence «
Arrêté chez lui, le dimanche 14 mai 2014 aux environs de 2 heures du matin, suite à une publication sur Facebook, après l'interdiction de la marche de la société civile prévue le 10 mai 2017 et interdite, Insar est déféré à la prison civile d'Agadez. Il est poursuivi pour " incitation à la violence ". Le 11 mai, ce militant du Cadre d'action pour la démocratie et les droits de l'homme, résidant à Agadez, écrivait sur sa page Facebook : " s'il faut attendre leur autorisation, je pense que nous avons alors le devoir de renoncer au droit de marche que nous confère notre Constitution et allons droit à l'acceptation de cette pire dictature. On veut des omelettes ? Alors, cassons des oeufs, sortons tout simplement ". Abdouramane Insar est par ailleurs connu pour son activisme sur les réseaux sociaux relativement aux 200 milliards FCFA. L'on se rappelle cette sulfureuse et scandaleuse affaire de vente frauduleuse d'uranium où Hassoumi Massoudou, directeur de cabinet du président de la République, a ordonné le transfert de la somme de 200 milliards FCFA d'un compte ouvert à BNP Paribas au nom de la SOPAMIN vers un comte privé à Dubaï. Des journaux de la place en ont largement fait écho, au point où l'opposition politique s'en est saisie pour exiger la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire à l'Assemblée nationale. Les travaux de cette commission ont été carabinés par la majorité parlementaire et déposés à l'insu de l'opposition parlementaire qui s'est désolidarisée de cette mascarade. Sur ces fameux 200 milliards qui n'ont pas encore fini de parler d'eux aussi longtemps que la lumière ne sera pas faite dessus, Abdouramane Insar fait quotidiennement des publications sur les réseaux sociaux pour en réclamer le retour, à travers le slogan " Bring Back our 200 milliards. 

Amadou Ali Djibo, président du FRDDR, accusé de " … complot"
Amadou Ali Djibo président du Front pour la restauration de la démocratie et la défense de la République (FRDDR), coalition des partis politiques de l'opposition, sera interpellé un jour après l'arrestation d'Abdouramane Insar, dans les mêmes conditions, à 6 h du matin. Cette interpellation du premier responsable de l'opposition intervient après ses multiples déclarations d'opposant très critique vis-à-vis de la gouvernance chaotique de notre pays par la Renaissance, en particulier celle prononcée lors de la célébration du 8ème anniversaire du mouvement démocratique nigérien pour une fédération africaine(MODEN FA LUMANA AFRICA), parti de l'opposant irréductible Hama Amadou, et membre du FRDDR. Il est accusé de complot contre le régime qui l'accuse d'avoir appelé à des manifestations violentes pour chasser Mahamadou Issoufou du pouvoir. En vérité, le président du FRDDR n'a fait qu'exercer ses droits de citoyen en critiquant le régime qui gère le bien commun, et jouer son rôle d'opposant politique en relevant les travers et les forfaits du pouvoir en place. Déféré à la prison civile de Niamey, il est jugé le 23 mai, et le délibéré est fixé pour le vendredi 26 mai 2017. 

En fait, il n'a pas dit pire que Mahamadou Issoufou et ses camarades quand ils étaient à l'opposition. L'on se rappelle le passage de l'opposant Mahamadou Issoufou à la police judiciaire pour " libérer " Sanoussi Jackou, qui était sous le coup d'une interpellation. Il pouvait de ce fait luimême être arrêté sur le coup pour " rébellion ". Mais le régime de Tandja était un régime démocratique, en tout cas de loin plus démocratique, bien entendu jusqu'au fameux Tazartché, que celui que dirige Mahamadou Issoufou aujourd'hui. 

Les nigériens n'oublient pas non plus les appels de Mahamadou Issoufou et de ses camarades, faits à l'endroit des militaires en particulier, pour désobéir au président de la République, Tandja Mamadou. Et quand l'armée désobéit au chef suprême des armées, on appelle à un coup d'Etat militaire. Tous ces actes posés par celui que ses affidés traitent de courageux ont été possibles parce que le régime de l'époque était soucieux des règles démocratiques et de l'Etat de droit. Aujourd'hui chacun est à même d'apprécier le " courage " des camarades après leur accession au pouvoir. Nous ne parlons pas bien entendu des rues cadenassées et de la ville de Niamey militarisée à chacun de leurs déplacements.  

Ali Idrissa, coordinateur du ROTAP, accusé d' " incitation à la révolte "
Ancien secrétaire général de la section USN (Union des scolaires nigériens) des écoles professionnelles de Niamey, Ali Idrissa fut membre du Comité directeur de l'Union des scolaires nigériens, puis vice-président de CROISADE dont le président n'est autre que Marou Amadou, actuel ministre de justice garde des sceaux, dont il était le directeur de cabinet au Conseil consultatif national (CCN), mis en place par la junte militaire de Salou Djibo. Il est connu aujourd'hui pour être coordinateur national du Réseau des organisations pour la transparence et l'analyse budgétaire (ROTAB) et de Publiez Ce Que Vous Payez-Niger (PCQVP). Il a été interpellé le samedi 20 mai 2017, après avoir accordé une interview aux médias suite à l'interdiction de la marche que le Collectif des organisations de la société civile a prévue d'organiser ce jour. " Mahamadou Issoufou a mis entre parenthèses la démocratie au Niger, ce que nous allons combattre ", a-t-il dit en substance. Relâché, il est de nouveau convoqué à la police le lundi 22 mai, il se voit notifier l'accusation d' " incitation à la révolte ". De nouveau libre, mais le dossier reste….ouvert. Allez y comprendre. Ce petit rappel, c'est juste pour dire qu'Ali Idrissa n'est homme à se laisser intimider quand il est convaincu de la justesse et de la générosité de la cause qu'il défend. Promoteur de la Radio et Télévision Labari (RTL), Ali Idrissa fait partie des membres de la société civile qui ont porté plainte contre X devant le doyen des juges dans l'affaire des 200 milliards de l'Uraniumgate, virés par Hassoumi Massoudou dans un compte privé à Dubaï. Il est libre aujourd'hui, mais le dossier qui est dit " resté ouvert " constitue comme une épée de Damoclès suspendu au-dessus de sa tête de " droitdelhommiste ". 

L'injustice : la véritable incitation des citoyens à la violence
Toutes ces arrestations et interpellations visent un seul objectif : réduire les nigériens au silence devant les dérives du régime, en particulier l'injustice criarde et l'impunité. Les affaires et scandales financiers sont nombreux dans lesquels les intérêts stratégiques du Niger sont mis en péril. Les auteurs sont connus de tous. Mais, pour avoir fait allégeance à la Renaissance, ils bénéficient d'une impunité totale. Hassoumi Massoudou ne sera pas livré, entend- on dire. Comme quoi il y a des nigériens, même s'ils sont coupables, ils ne sont pas justiciables, ils sont au-dessus de la loi. Cette même loi en vertu de laquelle ils prétendent diriger. La véritable incitation à la violence n'est rien d'autre que cette injustice dans laquelle excelle la gouvernance des camarades. C'est d'ailleurs ce qu'Ali Idrissa a dit en répondant aux questions de Jeune Afrique : " ce n'est pas moi qui crée la révolte au Niger, ce sont les actes d'injustice ". Abdouramane Insar, Amadou Ali Djibo dit Max, Ali Idrissa, leurs camarades, ainsi que toutes les voix qui s'élèvent pour dénoncer ne font que réclamer la pratique d'une justice équitable rendue au nom du peuple. Et aucun régime n'est assez fort pour réduire définitivement un peuple entier au silence. La véritable force d'un gouvernement réside sa capacité à diriger avec justice et réaliser l'intérêt général pour l'épanouissement des citoyens. Et non dans sa capacité à enfermer les opposants, les journalistes et les membres de la société civile. Le peuple nigérien est un peuple digne, s'il accepte de vivre dans la pauvreté, il n'est pas prêt à endurer l'injustice. 

Bisso 

25 mai 2017
Source : Le Courrier

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