Orange Promo Tabaski

Les points sur les I

Points Sur I Monde aujourdhuiIdé Kalilou, Malla Ari, Saïdou Bakary et aujourd’hui Amadou Djibo dit Max, sont en prison pour des raisons injustifiées alors que des individus comme Hassoumi Massoudou et les auteurs du détournement de l’aide alimentaire pakistanaise, pour ne citer que ces deux affaires, sont libres et tranquilles. Et pourtant, sans honte et sans aucun problème de conscience, des cadres africains, paraît-il d’une commission chargée des droits de l’homme, ont déclaré le Niger pays modèle et enlevé leur chapeau aux autorités nigériennes. Ce n’est pas surprenant, les institutions africaines n’ayant jamais fait preuve de responsabilité lorsqu’elles sont face à des faits graves dès lors que les commettants sont encore au pouvoir. L’Union africaine, la CEDEAO ont ainsi assisté au hold-up électoral de février-mars 2016, accordant en fin de compte à Mahamadou Issoufou leur quitus. Le sésame que celui-ci attendait. Les scandaleuses conclusions de la commission africaine des droits de l’homme, à l’issue de cette 60e session, sont donc conformes aux mœurs, pour le plus grand bonheur de ses fonctionnaires. Une autre caution à Mahamadou Issoufou qui est ainsi invité à poursuivre de plus belle sa politique de deux poids, deux mesures. Si c’est sur des institutions panafricaines pareilles que les pays africains comptent pour l’émergence d’une justice équitable, source de confiance pour les populations, ils vont sans doute attendre sans fin. Ce sont des institutions budgétivores qui ne servent pas à grand-chose que de servir de façades face à un Occident très attaché aux images. Derrière, il n’y a rien que désespoir pour les populations africaines. Un exemple : en deux semaines de séjour, la commission africaine des droits de l’homme a feint d’ignorer qu’il y a à Niamey des hommes incarcérés depuis des mois sans que rien ne puisse être retenu contre eux que leur appartenance politique. Ils sont repartis, laissant derrière eux un pays où les libertés publiques sont confisquées et où, pour un rien, on vous embastille. Ils ont dû lire les journaux, écouté la radio et suivi des télés. C’est cela l’Afrique, malheureusement.

Les déclarations de principe dont ces institutions panafricaines sont férues ne sont jamais faites à temps pour arrêter des dérives et mettre en garde contre certaines façons de gouverner, en dehors notamment de tout ordonnancement juridique. Elles attendent habituellement leur heure, calée sur l’agenda de l’Union européenne ou de grands ténors européens comme la France, pour rendre publiques des déclarations tonitruantes qui reprennent, dans leurs grandes lignes, celles des occidentaux. Aucune parcimonie, aucune relativité. C’est comme ça qu’elles fonctionnent, dans un attentisme qui frise la complicité et le soutien. Promptes à faire des déclarations tapageuses et à prendre des décisions à la volée pour faire bonne mesure, elles ferment pourtant les yeux face aux plus graves dérives et exactions de ceux qui gouvernent.C’est dans cette logique que la commission africaine des droits de l’homme a choisi le Niger pour tenir sa 60e session ; session à l’issue de laquelle des discours scandaleux ont été tenus, accordant à Mahamadou Issoufou des mérites qu’il n’a pas en réalité. C’est ainsi qu’ils lui ont enlevé le chapeau pour avoir signé la déclaration de la Montagne de la Table dans un pays où une ordonnance, qui n’est pas de lui, consacre la dépénalisation des délits commis par voie de presse. Quelle ignorance et/ou quelle mauvaise foi ?

L’histoire de ces 25 dernières années, particulièrement les six années de Mahamadou Issoufou, est riche de ces enseignements douloureux où les délinquants se promènent, libres et tranquilles, tandis que des citoyens contre qui l’on peine à trouver la moindre faute, sont en prison. Le détournement, puis la vente à des fins personnelles, de l’aide alimentaire pakistanaise est en soi un cas des plus choquants. Savoir que les auteurs sont exonérés de toute reddition des comptes est un scandale politico-judiciaire d’une extrême gravité est choquant. Mais, soyons clairs. Si ceux qui gouvernent aujourd’hui ont choisi de garantir l’impunité à ceux qui ont porté préjudice à l’État et/ou mis en péril les vies des Nigériens pauvres, d’autres, certainement, feront la part belle à la justice. Hassoumi Massoudou et tous les autres doivent par conséquent savoir que le temps est indestructible. Or, le temps joue contre eux.

25 mai 2017
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Imprimer E-mail

Idées et opinions