Amères vérités : C’est à la France de clarifier sa position vis-à-vis des pays du Sahel, précisément du Mali, pays divisé par son fait et sa seule volonté

Macron Pays Sahel G5

 La France et ses dirigeants ont une bien curieuse façon de lire la réalité. Là où il y a du rouge, ils disent que c’est du vert et là où ils doivent se justifier et clarifier leur position, ce sont eux, sans aucune gêne, qui se montrent outragés et exigent des explications à ceux qui sont, légitimement, en droit, d’en attendre d’eux. En demandant aux chefs d’État des pays du Sahel de venir en France, précisément à Pau, pour « clarifier leur position et formaliser leur engagement » quant à la présence militaire française dans les pays concernés, le président français ne fait pas que se couvrir de ridicule, il étale, au grand jour, l’incapacité de la France à s’adapter à l’évolution du monde, d’où sa propension à s’arcbouter à des rapports anachroniques et des méthodes surannées de gestion de ces rapports ; en somme des méthodes d’une autre époque. Ainsi, à la concurrence qui s’instaure naturellement entre nations du monde, la France ne compte ni sur son génie, historique, ni sur son potentiel économique et industriel. Elle compte sur des accords, sinon arrachés dans un contexte historique où c’est à la fois elle, « le vendeur et l’acheteur », du moins imposés grâce à des procédés lamentables. Face à la poussée de pays comme les États Unis, l’Allemagne, l’Italie, la Chine, la Turquie, la Russie, pour ne citer que ceux-ci, la France n’a rien d’autre à proposer aux pays africains, du Sahel précisément, où il bénéficie pourtant d’atouts inestimables, que ces marchés de dupes aujourd’hui contestés par une opinion publique forte.

La France, c’est certain, a des relations séculaires avec ces pays et chacun, même les plus jeunes, savent dans quel contexte historique et par quelles manières, ces liens ont été établis. Mais, la France, malheureusement, est demeurée figée dans cette histoire regrettable et douloureuse à bien des égards, incapable de faire une lecture réaliste et juste de l’évolution du monde. Or, dans ces pays où elle compte rester, eu égard à des intérêts divers, il s’est constitué, au fil des ans, un espace public digne du nom, porté par une opinion nationale, certes fébrile du fait de l’évolution en dents de scie, mais réelle et très ombrageuse sur les questions d’intérêt national. Et puisqu’Emmanuel Macron parle de clarification, il faut bien qu’elle apprenne à compter avec certaines vérités, immuables.

1. Il faut que la France comprenne que c’est à elle de clarifier sa position vis-à-vis des pays du Sahel, précisément du Mali, pays divisé par son fait et sa seule volonté.

2. Les opinions qui semblent la déranger viennent précisément des populations du Sahel, elles ne sont pas le fait isolé d’un groupuscule d’individus qui ne porteraient pas particulièrement la France dans leurs coeurs.

3. Ce n’est pas l’opinion, «travaillée», des chefs d’État qui va changer le cours des choses. Le sentiment antifrançais va se poursuivre et s’amplifier aussi longtemps que la France refusera d’écouter la voix des peuples en continuant à justifier son action, contestable par ailleurs, par l’engagement des chefs d’État.

4. Les peuples du Sahel ne détestent ni la France, ni les Français, ils demandent à la France le respect de l’intégrité territoriale de leurs États, dans leurs frontières historiques ai nsi que des relations de coopération justes et conjointement bénéfiques aux parties.

5. La France doit se dire que si elle n’est pas seule dans le Sahel mais que c’est elle qui focalise tout le rejet des populations du Sahel, c’est parce que c’est la France et non pas les États Unis ou un autre, qui est à la base de la partition du Mali.

6. Les autorités françaises doivent comprendre que les peuples du Sahel ont mal de constater que la France, qui doit à plusieurs égards être à leurs côtés, est justement le pays qui est à la base de tous leurs tourments.

En vérité, les autorités françaises mènent un combat double et insensé. En même temps qu’elles conduisent une politique militaire douteuse dans les pays du Sahel, elles essaient, grâce à une formidable machine de propagande, faire croire à l’opinion française, de plus en plus critique sur la question, qu’elles mènent un combat contre le terrorisme, au nom, paraît-il, des valeurs françaises. Quelles valeurs ? Des valeurs françaises qui conduisent à diviser en deux, le Mali, un État souverain qu’elle prétend ami. Les Maliens, les Nigériens, les Burkinabè, notamment, ne peuvent que dénoncer un complot de déstabilisation de leurs pays, conduit par la France, pour des intérêts propres liés à une mainmise sur les richesses minières. En mettant les séparatistes maliens sous son parapluie, la France s’est accusée. Et l’aveu vaut la preuve.

Il ne tient qu’à la France de mettre un terme au sentiment anti-français dans le Sahel en redorant son blason. Elle ne peut agir dans la dislocation des États du Sahel et s’attendre à y être accueillie en amie. Elle ne peut s’engager dans un sordide projet de scission du Mali et croire béatement que les États et les peuples victimes de ses égarements et de ses turpitudes ne verront que du feu. Il faut, en un mot, que la France arrête ce qu’elle est en train de faire pour mettre sa présence au service d’une amitié sincère et vérifiable.

Bonkano  

21 décembre 2019
Publié le 08 décembre 2019
Source : Le Canard En Furie

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