Les points sur les i

Points Sur I Monde aujourdhuiMahamadou  Issoufou est un homme qui croit que tout est désormais permis pour lui. Ayant, avec beaucoup de succès, il faut le dire, maintes fois violé la Constitution, emprisonné ses adversaires politiques et réalisé un hold-up électoral qui explique qu’il soit aujourd’hui au pouvoir, il ne peut comprendre qu’il y a une limite à tout et qu’un peuple a beau être passif, il peut sortir subitement de sa torpeur. Que ce peuple a beau avoir peur des matraques et des gaz lacrymogènes, il peut se révéler farouche et téméraire pour affronter le danger et le vaincre. Alors, comme un sanglier qui charge sans se préoccuper de ce qui l’attend au bout de sa course folle, il continue dans sa logique de coups de force. Interpellations, procès à la va-vite et incarcérations ponctuent ainsi la vie politique de tous ceux qui, acteurs politiques et/ou de la société civile, étalent publiquement les plaies puantes de sa gouvernance scabreuse. Amadou Djibo dit Max, président du Frddr, l’opposition politique, en a fait les frais, interpellé par une police incapable de mettre au frais des délinquants notoires qui se recrutent dans le premier cercle de Mahamadou Issoufou, mais qui est prompte à enquiquiner un citoyen exprimant sa révolte. On interpelle des citoyens pour avoir tenu des propos sur cette gouvernance inique que les Nigériens subissent dans la douleur et la résignation alors que des individus, impliqués dans de graves délits qui ont porté un grave préjudice à l’État, sont adoubés et célébrés.

De quel droit veut-on nous parler lorsque les auteurs présumés du détournement de 15 000 tonnes d’une aide alimentaire pakistanaise sont royalement ignorés dans un pays qui, cette année encore, tend la main pour solliciter 43 000 tonnes de céréales et 68 700 tonnes d’aliments bétail en urgence pour sauver le Niger profond ? De quel droit veut-on nous parler lorsque Hassoumi Massoudou, acteur principal d’une transaction frauduleuse dans laquelle un compte public de l’État nigérien a été pillé de 200 milliards, trône encore à la tête de l’État et continue à gérer, comble de mépris, les affaires de l’État ? De quel droit veut-on parler dans un pays où les uns ont le privilège d’insulter, d’accuser et d’invectiver en toute impunité tandis que les autres sont pris par la police comme de vils malfrats à 6 heures du matin ? Il faut être clair : au Niger, sous Mahamadou Issoufou, les citoyens nigériens ne sont pas égaux devant la loi. Il y a plutôt une loi du plus fort selon laquelle on emprisonne qui on veut, quand on veut et selon des procédures qui n’ont rien à voir, souvent, avec les dispositions légales.

C’est au nom de cette loi qu’il incarne, que Mahamadou Issoufou a transmis à l’Assemblée nationale un projet de loi visant la modification d’un certain nombre d’articles de la Constitution au prétexte d’harmonisation des délais électoraux. L’article 47 qu’il veut voir modifier est une preuve ultime qu’il ne croit qu’en sa force et non au droit et à la démocratie. Ce n’est, sans doute pas, l’assemblée nationale de Ousseini Tinni et de Iro Sani, avec leurs casseroles bruyantes de l’Artp, qui lui fera barrage. Mahamadou Issoufou et tous ceux qui l’aident dans cette entreprise antirépublicaine et anti-démocratique, doivent cependant comprendre qu’ils ont beau faire arrêter ceux qui protestent, qui dénoncent et qui exigent un autre Niger, ils ne pourront jamais réussir à faire taire toutes les consciences libres du Niger. Et la liberté, la justice et l’État de droit finiront, comme hier, comme toujours, par triompher.

19 mai 2017
Source : Le Monde d'Aujourd'hui 

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