Lettre au “président de la République” / Monsieur le “Président”, si, comme me l’a expliqué cet ami universitaire, vous êtes en train de faire des économies financières sur l’école, eh bien, rappelez-vous de cette vérité : L’école, c’est le poumon de l’E

Image d'illustration J’ai promis de vous parler de l’école nigérienne, cet instrument qui a changé totalement votre destin, mais qui est en train de sombrer, si ce n’est pas déjà le cas, entre vos mains, dans une insouciance ahurissante.

Je vais vous parler de l’école nigérienne, cet outil qui, je vous l’avais déjà rappelé, vous a sorti de la brousse de Dandadji pour vous conduire à Niamey, puis en France avant de devenir un, des grands leaders politiques de notre pays. Je vous accuse par conséquent de ce qui est advenu de l’école nigérienne, complètement désorganisée du point de vue de la gestion administrative et scolaire, d’insuffisance de salles de cours, tant au primaire, au secondaire comme au supérieur, de non-paiement de bourses et salaires, etc. Un tableau que je n’invente pas, mais qui peut se vérifier, même à Niamey, la capitale où des élèves prennent leurs cours à même le sol. La situation est très grave d’autant.

Il s’agit d’une véritable incurie politique pour vous-même d’abord, pour tous ceux qui comprennent et soutiennent cette politique qui fait fi de l’essentiel ; cet essentiel qui vous a permis de partir de rien pour arriver au sommet. Cet essentiel, c’est l’eau, c’est l’énergie, c’est surtout l’école et la santé, secteurs que vous semblez dédaigner pour donner libre cours aux projets qui sont de nature à étancher la soif d’argent, inextinguible, d’amis de circonstance, plus préoccupés à faire fructifier leurs affaires pour le plus grand bien de leurs compatriotes, que du sort des Nigériens..

Monsieur le “Président”, L’école nigérienne, quoi que vous prétendiez dans vos bilans à l’eau-derose, va très mal. Elle dégringole d’ailleurs, évoluant de mal en pis. La situation qui prévaut dans les universités publiques nationales est particulièrement préoccupante, même si cela ne semble vous faire ni chaud ni. froid. L’école, qui doit être tenue en dehors de toutes déviances politiques, est aujourd’hui, par votre unique volonté, le théâtre affligeant d’une conception du pouvoir pour qui l’école peut fermer, tant pis pour ceux qui y sont. Si je ne partage pas aveuglement la position du Syndicat nationale des enseignants-chercheurs (Snecs), je ne désapprouve pas toutefois leur détermination à lutter pour sauvegarder des acquis que l’Etat leur a reconnus et concédés alors que vous étiez un des grands décideurs. Par contre, je suis complètement déboussolé de constater que malgré la gravité de la situation, vous semblez si détaché qu’on se demande parfois si vous êtes bien parmi nous. Je ne comprends pas que votre gouvernement, qu’un gouvernement quelconque, puisse tirer fierté et vantardise à risquer un projet qui mettrait l’école en péril. Je n’ai jamais connu, du moins au Niger, un gouvernement placide, inébranlable, face aux questions de l’école. Votre objectif est de faire agenouiller tout le monde et dans cet obscur dessein, vous oubliez que l’école, c’est le poumon de l’État. Si elle s’arrête, c’est l’État qui s’écroule. .

Monsieur le “Président”, J’ai pensé qu’il est utile de rappeler à votre bon souvenir que le Niger compte huit universités publiques et toutes sont en déficit criard, aussi bien en termes de ressources humaines et matérielles qu’en termes d’infrastructures. À l’université Abdou Moumouni de Niamey, les plus récentes salles de cours, laboratoires et amphithéâtres sont ceux qui ont été construits dans le cadre du programme spécial du Président Tanja Mamadou. .

Le restaurant universitaire date de 1989, rénové ensuite par le Président Ibrahim Maïnassara Baré. Prenez un malin plaisir à vous déguiser pour vous pointer à 13 heures dans les environs du restaurant universitaire, vous seriez édifié quant aux conditions dans lesquelles les étudiants mangent au campus. Pour les bus c’est pareil. .

À l’université Dandicko Dan Koulodo de Maradi, pour 5629 étudiants, on compte 46 enseignants-chercheurs, soit un ratio d’un enseignant-chercheur pour 122 étudiants. Un ratio quatre fois supérieur aux recommandations de l’UNESCO. Sur le plan des infrastructures, l’université Dan dicko Dan koulodo ne dispose que de 10 salles pour un besoin estimé à 26 en 2019. Comment, dans ces conditions, identiques du primaire au supérieur, peut-on parler de qualité des enseignements ? À Agadez, à Diffa, à Dosso et à Tillabéry, c’est pire puisqu’il s’agit d’universités embryonnaires. .

Monsieur le “Président”, Comment peut-on parler de qualité de l’éducation avec un système aussi désarticulé, englué dans un marécage de problèmes élémentaires ? Des problèmes qui, en principe, doivent être évacués systématiquement au point d’anticiper leur résurgence si l’on tient à voir plus loin, c’est-à-dire programmer, planifier, exécuter et se projeter dans l’avenir. Or, il se trouve que votre gouvernement ne s’occupe plus de rien. Depuis 217, avons-nous appris, le gouvernement a cessé de financer les universités publiques nationales pour ne payer que les salaires, avec des retards considérables. Même les crédits de fonctionnement et les ressources internes générées par les universités publiques nationales sont séquestrés dans le compte unique du Trésor. .

Monsieur le “Président”, La gouvernance est bien le dernier argument que vous pouvez évoquer pour justifier cette malheureuse croisade contre l’école. Si, comme me l’a expliqué cet ami universitaire, vous êtes en train de faire des économies financières sur l’école, eh bien, rappelez-vous de cette vérité : l’école, c’est le poumon de l’État..

Mallami Boucar

 

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