Lettre au “président de la République” : Monsieur le “Président”, Bakary Saïdou est un prisonnier politique et ce sont des juges qui le disent

 Lettre au “président de la République” :  Monsieur le “Président”, Bakary Saïdou est un prisonnier politique et ce sont des juges qui le disentJ’ai appris que vous avez été porté par vos pairs à la tête de la CEDEAO et je voudrais vous en féliciter. Vous m’excuserez certainement de ne pas pouvoir applaudir, comme le président de l’Assemblée nationale, Ousseïni Tinni, et les autres qui vous ont accueilli à votre retour d’Abuja. Je sais, pour l’avoir entendu ici et là, que vos détracteurs sont extrêmement jaloux de vos multiples succès à l’extérieur au point où ils affirment que vos pairs ont si bien compris que les problèmes de votre peuple ne vous préoccupent pas tant ; que vous avez un tel désir de paraître à l’extérieur qu’ils vous comblent ; en un mot, que vous vous exténuez à faire briler l’extérieur alors que l’intérieur est tout pourri. Si je reconnais qu’il y a tant de choses à faire chez nous afin de donner un mieux-être à nos compatriotes, régulièrement confrontés à des besoins d’alimentation en grains et en eau, en énergie et en sécurité, je suis également d’avis que chacun est libre de chosir ce qu’il veut laisser à la postérité. Vous avez fait votre choix et l’histoire, pas celle qui se fera à Addis Abeba ou à Abuja, mais qui sera écrite à Niamey, se fera à l’encre des souffrances, des larmes et du sang de vos compatriotes. Elle s’écrira avec l’encre des tonnes de vivres d’aide alimentaire détournées alors que des compatriotes sont confrontées à l’insécurité alimentaire ; elle se fera à l’encre de l’eau qui manque à Zinder, à N’guiguimi, à Niamey même. Elle se fera également à l’encre des privations arbitraires de liberté, de l’instrumentalisation de la justice utilisée pour régler des comptes politiques ou de marchandage, du détournement massif des deniers et bien publics qui a fait des milliardaires en huit ans de votre gouvernance, du trafic de drogue qui finance le terrorisme et dont les tenants sont logés à la présidence de la République, au Cabinet du Premier ministre et à l’Assemblée nationale. Je respecte, donc, votre choix, de travailler à entretenir une image insolite à l’extérieur alors que votre pays croupit sous une tonne de problèmes. Rassurez-vous, je ne suis pas naïf pour ne pas comprendre que l’on ne peut promouvoir tout ce dont je viens de faire cas et pouvoir redresser son pays.

Monsieur le “Président”

Je sais que vous n’avez pas la tête à la saison pluvieuse, ces jours-ci et que, jusqu’au 10 juillet prochain, il vous sera difficile d’avoir une pensée pour ces millions de vos compatriotes qui scrutent en permanence le ciel, en quête de nuages porteurs de pluies. L’angoisse est réelle, la pluie se faisant rare tandis que la chaleur se fait de plus en plus intense. Certains de nos compatriotes, je dois vous le rapporter, ont dû à ce jour refaire leurs semis, l’interruption des pluies et le soleil ardent ayant détruit ce qu’ils avaient enfoui sous terre avec tant d’espoir. Je comprends que votre préoccupation est toute tournée vers l’accueil de vos hôtes de marque, la qualité de leur séjour ainsi que leurs impressions sur le visage de Niamey que vous ne manquerez pas de vendre. Je sais que vos conseillers connaissent si bien ce tempo que personne n’osera vous parler de saison de pluies et des perspectives qui se dessinent, la météo ayant très tôt alerté sur le fait qu’il pleuvra moins, cette année, que l’année dernière.

Le problème est qu’après le 10 juillet, lorsque vos hôtes nous auront laissés face à nos problèmes, vous serez si accaparé par la problématique Bazoum-Salou que vous allez carrément oublier davantage le Niger profond. La guerre de tranchées prendra dès lors l’allure d’un corps-à-corps entre vos partisans et je ne suis pas sûr que ce sera un jeu d’enfants. Tout le monde, je vous assure, est conscient de la tragédie qui se joue au coeur du pouvoir. Les choses peuvent s’étirer le plus longtemps possible, mais elles finiraient bien par se représenter telles qu’on l’entrevoit. C’est, soit le général Salou Djibo, soit Mohamed Bazoum. Si ce n’est pas le cas, l’hypothèse éventuelle, difficile à envisager, me fait frémir d’effroi. Vous comprenez donc que je ne l’aborde pas, ici, pour éviter de chiper au temps ce qui lui revient.

Monsieur le “Président”

J’ai appris, par Rfi, que le camp militaire d’Inatès a été l’objet d’attaques terroristes, ce jour, lundi 1er juillet 2019. Par delà le prix en termes de vies perdues et de dégâts matériels enregistrés, il faut dire que cette attaque est un coup médiatique sordide que tentent les terroristes, histoire de susciter un climat de peur chez vos invités. Je déteste ces terroristes, vous savez. Je déteste les terroristes, mais aussi tous ceux qui sont de mèche avec eux. Que ce soit les narcotrafiquants ou les hommes politiques qui, par calculs mesquins, font alliance avec ces hommes sans foi ni loi. C’est pourquoi, depuis presque toujours, je vous interpelle sur ce laxisme observé dans la lutte contre le trafic de drogue au Niger. Je ne comprends pas que vous continuiez à garder des narcotrafiquants notoires sur la liste de vos conseillers, avec passeport diplomatique. Que le Premier ministre en fasse autant et que l’Assemblée nationale ne soit pas en reste. Pourquoi se lier d’amitié avec quelqu’un qui vous poignarde régulièrement dans le dos ? La répétition étant pédagogique, je vous rappelle le refrain habituel, du reste chanté par Mohamed Bazoum, votre ministre de l’Intérieur. C’est bien le trafic de drogue qui finance le terrorisme et le banditisme transfrontalier.

Monsieur le “Président”

À la veille de ces importantes assises africaines que vous accueillez, j’ai brusquement pensé à tous ceux qui ont été et/ou qui sont victimes de détention arbitraire depuis que vous êtes à la tête de l’Etat. J’ai surtout pensé à Bakary Djibo, le président du groupe parlementaire de Lumana sous la première législature de la 7e République que l’on dit être votre prisonnier personnel. Je puis vous assurer que cette opinion est d’abord issue des milieux judiciaires où tous ceux qui ont eu connaissance du dossier le disent totalement vide. Que ce soit au niveau du Tribunal de première instance hors classe de Niamey ou de la Cour d’appel, c’est la même sentence : le dossier est désespérément vide, comme l’a, du reste, écrit noir sur blanc l’enquête de gendarmerie diligentée sur instructeur du procureur de la République. Pourtant, Bakary Saïdou est méchamment envoyé en assises. Dans un pays où des narcotrafiquants, même ceux qui ont fait tuer des personnes et/ou qui sont cités dans l’affaire de l’entrepôt de tonnes de drogue démantelé en juin 2018, sont en totale liberté, envoyer un innocent devant la Cour d’assises relève indiscutablement de la méchanceté gratuite, du ressentiment et de la rancoeur maladive.

Comme tant de Nigériens, j’ai été scandalisé d’apprendre que Mohamed Sidi Mohamed alias Hamadana, ce conseiller du président de l’Assemblée nationale arrêté en Guinée Bissau avec 800 kilos de cocaïne, était bel et bien cité dans l’affaire de l’entrepôt de tonnes de résines de cannabis. Il a fallu qu’il soit arrêté en déhors du Niger, autrement rien de fâcheux ne lui serait arrivé.

Monsieur le “Président”

Bakary Saïdou est innocent et vous le savez parfaitement. Ça fait trois ans que ce digne père de famille garde prison, au nom d’une faute que la Gendarmerie ne lui a pas trouvée. Au contraire, la Gendarmerie a certifié, avoir évalué et testé la procédure de décaissement, que Bakary Saïdou a beau vouloir détourner quoi que ce soit, il ne le pouvait pas. Ce n’est pas, du reste, un hasard si l’Union européenne, bailleur de fonds, lui a décerné un témoignage officiel de satisfaction. Bakary Saïdou est, donc, un prisonnier politique dont le dossier ne dépend d’aucun juge puisqu’il est vide. Il l’a finalement admis, ses parents et amis l’ont compris depuis belle lurette, ses avocats le savent mieux que quiconque et dans les milieux des juges, ce n’est rien d’autre que ça qui est dit et répété.

Ma conviction, je vais vous la ressasser, c’est celle d’Ahmadou Hampâté Bâ qui dit que l’homme n’est qu’une misérable petite moisissure de la terre. La plus grande Cour d’assises, c’est celle de Dieu où la sentence est irrévocable. C’est pourquoi j’invoque Dieu, le Tout Puissant, le Tout Miséricordieux, afin qu’il place Bakary Saïdou sous sa protection infaillible et qu’il écrase, de sa toute puissance, tous ceux qui empruntent la voie du faux et du mensonge pour lui nuire.

J’implore le Créateur des cieux et de la terre, Maître du vent et des eaux, afin qu’Il accorde à Bakary Saïdou Santé et longue vie, mais aussi la patience et la force morale du croyant.

J’implore l’unique Maître des mondes afin qu’il mette fin à cette injustice qui frappe si méchamment Bakary Saïdou, en punissant ceux qui ont, sans regret, on ne sait pour quelle détestable raison, décidé de passer outre l’enquête de Gendarmerie qui l’innocente totalement.

Monsieur le “Président”

Je vous souhaite joyeuses fêtes et un excellent séjour en terre nigérienne à vos hôtes venus des quatre coins d’Afrique. Que Dieu protège le Niger et qu’il fasse périr les ennemis du peuple nigérien !

Mallami Boucar

08 juillet 2019
Publié le 03 juillet
Source : Le Canard en Furie


 

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