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Lettre au “président de la République”: Monsieur le “Président” Malgré vos déclarations d’intention, des compatriotes vous prêtent l’intention de ne pas vouloir partir

 Lettre au “président de la République”: Monsieur le “Président” Malgré vos déclarations d’intention, des compatriotes vous prêtent l’intention de ne pas vouloir partirAinsi, donc, Gandou Zakara et Bouba Mahamane sont désormais juges électoraux au Niger. C’est à eux, entre autres, de juger de la régularité des opérations électorales et de leur validité. C’est également à eux de recevoir et d’apprécier les recours électoraux, en un mot de juger les contentieux électoraux. J’ai vu quelques séquences de la cérémonie que vous avez fait organiser pour les entendre et les voir jurer loyauté et fidélité. J’ai trouvé quelque peu loufoque que l’on dise qu’ils ont prêté serment sur le Livre saint de leur confession en l’absence des témoins habituels. Car, je n’ai vu ni prêtre ni imam officiant ce rite. Mais, je crois, comme vous, que l’essentiel n’est point lié à la forme, mais au fond. Aussi, je pense ne pas me tromper de pronostic en déclarant à l’avance que cette cour constitutionnelle, version Gandou, sera sans aucun doute plus performante que celle de madame Abdoulaye Diori née Kadidia Ly et que vous y trouverez certainement un plus grand contentement. J’avoue que celle qui sort n’a pas satisfait sur toute la ligne, mais vous ne pouvez pas ne pas reconnaître son efficacité et ses prouesses.

Monsieur le ‘’Président’’ Je ne comprends pas une chose et j’ai pensé vous en parler. C’est quoi cette tendance générale à déclarer sa candidature et à se faire investir par son parti politique, des années avant l’échéance électorale ? Pour le Moden Fa Lumana Africa de Hama Amadou, il s’agissait sans doute de mettre rapidement un terme aux rumeurs en proclamant sa candidature. Par contre, j’ai eu du mal à trouver une explication aux cas du Pnds et du Mnsd. Le premier m’a d’autant surpris que rien, a priori, ne justifie la précipitation avec laquelle vous êtes en train de faire investir Mohamed Bazoum, candidat à l’élection présidentielle. C’est d’autant plus bizarre à mes yeux que les militants du Pnds ont toujours présenté leur parti comme un parti stable où règnent la cohésion et l’entente cordiale ; que choisir un candidat pour le parti ne peut constituer une raison de discorde ; que Mohamed Bazoum est le choix naturel, indiscutable et adoubé par l’ensemble des instances du Pnds. Alors, pourquoi ne pas laisser assez de temps au ministre de l’Intérieur qu’il est de parachever l’excellent travail qu’il a commencé dans le cadre de l’organisation des élections à venir ? Pourquoi vous vous préoccupez tant à apporter une réponse à de simples rumeurs au point où vous vous êtes abaissé à désigner un candidat au Pnds ? Si vous ne vous êtes pas mêlé à la vie politique du Pnds, ce que vous défend formellement la Constitution, je ne vous aurai pas parlé d’une affaire relevant de la vie d’un parti politique, soit-il le Pnds Tarayya. Mais, puisque vous avez pris parti dans un débat politique et que je suis en droit, en tant que citoyen nigérien, de vous interpeller, je le fais sans ambages.

Monsieur le ‘’Président’’ Si le Pnds se précipite ainsi à investir son candidat à l’élection présidentielle prochaine, à deux ans de l’échéance électorale, c’est qu’il y a anguille sous roche. Je sais qu’à l’intérieur du Pnds, il y a beaucoup d’oppositions à la candidature de Bazoum. Je sais aussi que ces oppositions sont à la fois nombreuses et farouches. Je sais enfin qu’elles vont s’amplifier au-delà du 31 mars 2019. Si l’investiture de Bazoum est prévue aussi tôt afin de faire taire ces contestations, je me demande bien pour quelle raison spécifique le Mnsd nous a fait la surprise de transformer son 9e congrès statutaire en un congrès d’investiture. Vous allez peut-être me dire qu’au sein du Mnsd Nassara également, le climat n’est pas bon et que Seïni Oumarou veut se mettre à l’abri de toute mauvaise surprise. C’est fou que vous soyez tous en train de suivre Hama Amadou et son Lumana dans leur logique ! Le destin est implacable et j’y crois fermement. Je sais que, vous et moi, nous n’avons pas la même idée, la même compréhension et la même acception du destin. C’est pourquoi je ne m’empêtrerai pas dans ce labyrinthe.

Monsieur le ‘’Président’’

Saviez-vous, vraiment, qu’à l’occasion de ce 9e congrès statutaire du Mnsd, SeïniOumarou allait se faire investir candidat de son parti à l’élection présidentielle de 2021 ? Etiez-vous dans le secret qu’il se déclarerait partant sur la ligne de départ plus tôt que Mohamed Bazoum pour le compte du Pnds ? Moi, j’avoue que je fais partie de ceux qui ont été surpris par cette résolution du congrès du Mnsd. Il est bien vrai que des rumeurs persistantes présentaient de plus en plus Seïni Oumarou comme un leader politique qui aurait tout vendu et qu’il ne serait pas carrément candidat à l’élection présidentielle prochaine. Je conviens que même si ces rumeurs ne sont pas fondées, elles ont la particularité d’installer autour de Seïni un climat de suspicion et de complot qu’il lui faut nécessairement ébruiter. Politiquement, il ne pouvait accepter de se laisser liquider à petit feu, des rumeurs persistantes, là aussi, faisant état de grands militants du Mnsd qui ne seraient plus en odeur de sainteté avec le parti et son leader. Quoi qu’il en soit, Seïni Oumarou a incontestablement posé un acte politique très fort, faisant taire les colportages de ses détracteurs internes au parti, et coupant l’herbe sous les pieds de ses amis du Pnds que l’on soupçonne de vouloir imposer aux partis de la MRN un candidat unique.

Monsieur le ‘’Président’’

Des voix, ici et là, se font entendre pour prétendre que l’investiture de Seïni gêne considérablement le PndsTarayya et Mohamed Bazoum. Si ce n’est pas le cas, c’est que le président du Mnsd a tenu à clarifier les choses, très tôt, et cette vérité qu’il vient de faire entendre est valable aussi bien pour Mohamed Bazoum que pour vous. Je m’explique :

Pour Mohamed Bazoum, le candidat que vous avez choisi pour le Pnds, Seïni Oumarou a certainement laissé entendre qu’il le trouvera sur son chemin, dans un jeu électoral de « chacun pour soi, Dieu pour tous ». Cette vérité parcellise davantage la base électorale sur laquelle mise Mohamed Bazoum tout en créditant Seïni Oumarou d’une opinion favorable. L’investiture du président du Mnsd procède de cette simple analyse que dans un contexte politique aussi incertain et un candidat du Pnds plus que contesté dans son propre parti, il y a une belle carte à jouer. Pourquoi servir de cheval de Troie alors que l’on peut être roi ? Telle est la logique qui a conduit Seïni Oumarou et le Mnsd à prendre leur destin en main. C’est cela qui explique que Seïni et le Mnsd ont décidé de revenir sur le caractère consensuel du code électoral et le respect scrupuleux, souligne-t-il, du chronogramme électoral. Pour vous, justement, Seïni Oumarou a transmis un message clair. Non seulement ils n’accepteront pas un code électoral aussi taillé sur mesure tel que celui qui est en passe d’être transmis à l’Assemblée nationale, mais ils ne toléreront pas, non plus, qu’il y ait des dérapages du calendrier électoral. Or, dans une semaine, en principe, s’ouvrira la session des lois de l’Assemblée nationale. Une session au cours de laquelle les députés doivent plancher sur le code électoral contesté. Bien qu’il ait pris des gants pour le dire, le propos du président du Mnsd a valeur de mise en garde pour vous-même puisque vous avez la mission d’organiser des élections apaisées, transparentes et libres. Quant à l’aspect « dérapages » du calendrier électoral, Seïni Oumarou sait de quoi il parle. Je le soupçonne, mais je me garde de l’aborder, ici. Ce qui est certain, c’est que le retard dans l’exécution du calendrier électoral accuse déjà un retard considérable et l’évolution actuelle des choses laisse entrevoir que ce retard vas se creuser davantage. J’ignore si c’est délibérément organisé, mais j’imagine que Seïni Oumarou a des craintes sérieuses.

Monsieur le ‘’Président’’

Je ne sais pas ce que Demain nous réserve. Mais je sais que l’horizon est de plus en plus ombragé. Je compte d’ailleurs approcher certains proches du président du Mnsd afin d’être éclairé sur les dessous des cartes. Je voudrais comprendre ce qui fait tant peur à Seïni Oumarou et qui l’a amené à se faire investir plus tôt que prévu. Les seules rumeurs sur le fait qu’il serait nonpartant n’expliquent pas tout. Il y a assurément d’autres raisons plus importantes. Moi, je ne juge que sur pièce, comme on dit. En attendant de mieux comprendre ce qui fait si peur à Seïni Oumarou et au Mnsd, je voudrais vous dire que votre activisme de ces derniers temps a quelque chose d’étonnant. Malgré vos déclarations d’intention, des compatriotes vous prêtent l’intention de ne pas vouloir partir. Vous êtes toujours en cours de mandat et je ne sais pas où les gens tirent une telle chose. La vérité est comme le jour. Elle finit toujours par s’imposer.

Mallami Boucar

04 avril 2019
Publié le 27 mars 2019
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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