Lettre au “président de la République” Monsieur le “Président” Vous devez le savoir : comme vous, « Hassoumi Massoudou n’est pas seul ».

  Lettre au “président de la République” Monsieur le “Président” Vous devez le savoir : comme vous, « Hassoumi Massoudou n’est pas seul ».Le jeudi 31 janvier 2019, vous aviez, par un décret, renvoyé Hassoumi Massoudou du gouvernement. Un évènement d’autant plus surprenant et invraisemblable qu’il était inattendu, eu égard à la place qu’occupe l’homme dans l’architecture institutionnelle de l’État, au sein de l’appareil de décision du parti au pouvoir ainsi que les relations personnelles qu’il entretenait avec vous. Comme tant de Nigériens, et ils sont sans doute nombreux, je me suis incliné devant le fait, mais ma conscience n’arrivait pas à admettre sa véracité, tant ça paraît trop gros pour être vrai. Je me suis donc résolu à faire avec, dans l’espoir que certaines langues, au cœur des choses qui se trament au sommet de l’État et du Pnds, vont se délier dans les jours et semaines consécutifs à ce tsunami politique. Je n’ai pas eu à attendre longtemps. On ne sert pas un chef d’État au hasard. Mes relations, aussi étendues que précieuses, m’ont permis d’apprendre bien des choses, complètement en décalage d’avec ce qui se raconte. Je dois reconnaître que vous avez si bien joué qu’il ne viendrait à l’idée de personne qui ne soit pas dans le secret de l’affaire de se douter de quoi que ce soit.

La tournure que prennent les évènements au ¨Pnds est dramatique. Deux versions ont été avancées par mon interlocuteur et toutes les deux ont la particularité d’écarter Mohamed Bazoum du jeu et le président du Pnds le sait mieux que quiconque. Mon interlocuteur, aux premières loges de l’État, m’a rapporté, avec conviction et preuves, ce qui suit : soit, Hassoumi Massoudou est toujours votre choix ; soit, vous caressez, malgré les obstacles et les risques, le rêve de vous incruster au pouvoir. Mais Mohamed Bazoum est, de toutes façons, OUT.

Pour la première version, c’est que, contrairement aux bruits savamment diffusés et entretenus, l’histoire du limogeage de Hassoumi Massoudou n’est qu’un leurre destiné à éliminer le prétendant et prétentieux gênant qu’est Mohamed Bazoum. Mes sources sont formelles : l’ancien ministre des Finances n’a rien perdu de ses plumes. Au contraire, il est congédié du gouvernement au bon moment, histoire de le préserver d’une chute éventuelle dans les sondages au sein du Pnds où il jouit, jusqu’à preuve du contraire, de la confiance de la presque totalité des membres du présidium du Pnds. À l’exception de deux membres liés à Mohamed Bazoum pour des raisons qui leur sont propres, tous les autres sont acquis à l’investiture de Hassoumi Massoudou. De même, malgré la quasi-assurance du ministre de l’Intérieur quant à l’issue d’un vote des délégués du parti, état d’esprit rapporté et soutenu par un de ses partisans, l’information que j’ai ne lui serait pas favorable. Ceci n’est qu’un détail.

 

Monsieur le ‘’Président’’
Evincé de son poste de ministre des Finances, Hassoumi Massoudou semble garder cependant toute sa grâce aux yeux d’un régime dont il est, pour nombre d’observateurs, l’âme. De Dakar où il s’est rendu au lendemain de son renvoi du gouvernement, l’homme se serait envolé pour Paris, la capitale française et ce n’est pas fortuit. Ce serait là qu’il aurait été présenté à certains lobbys hexagonaux comme étant votre éventuel successeur. Par ailleurs, ma source m’a indiqué que la mission de Hassoumi Massoudou à Maradi n’a rien à voir avec une mission ministérielle. Elle a été présentée ainsi, mais en vérité, il s’agissait de présenter votre ancien ministre des Finances au lobby des hommes d’affaires de Maradi dans la perspective de son combat pour la présidentielle. Un combat auquel des hommes d’affaires de renom comme Elhadj Goga, ont pleinement adhéré. J’ai d’ailleurs appris ce que votre commentaire à propos de l’engagement exprimé par Elhadj Goga, au nom de ses pairs, de tout faire pour porter Hassoumi à la magistrature suprême. À cette rencontre de Maradi, maquillée en mission d’échanges de bons procédés du ministre des Finances avec les douaniers et les opérateurs économiques, Hassoumi Massoudou avait à ses côtés, en qualité de parrain, de grands magnats des affaires dont vous connaissez parfaitement les identités et dont je tais volontairement les noms. Cette réunion de parrainage de Hassoumi Massoudou a été un total succès et c’est peut-être ce qui lui a coûté cher.Vous devez le savoir : comme vous, « Mohamed Bazoum n’est pas seul ».Mais, n’allons pas vite en besogne.

Le séjour actuel de Hassoumi Massoudou en France, si c’est confirmé, s’inscrirait en toute cohérence dans le droit fil des jalons posés à Paris et d’un plan réfléchi pour éliminer Mohamed Bazoum de la course sans trop de frais. Or, si Hassoumi Massoudou est renvoyé du gouvernement, juste pour convaincre de votre bonne foi Mohamed Bazoum et ceux qui, hors du Niger, travaillent à vous l’imposer, je crains que vous ne vous fassiez prendre à votre propre piège. Je m’explique. Vous auriez martelé,y compris à une délégation de proches triés sur le voletque vous avez nuitamment reçus, avant votre départ pour Addis Abeba, que votre préférence va à Mohamed Bazoum. Il ne s’agirait là que d’un plan visant à se débarrasser du ministre de l’Intérieur, farouchement refusé au sommet du Pnds, particulièrement par certains lobbys. Il faut ruser en lui donnant des assurances tout en sciant la branche sur laquelle il est assis. Ainsi, tandis que vous lui manifestez publiquement votre soutien, y compris en s’affichant «envers et contre tous», vous manœuvreriez en coulisses pour lui prendre de la main gauche ce que vous lui avez donné de la main droite. Il ne verrait que du feu, pense-t-on. De fait, les actes que vous avez jusqu’ici posés tendent à mettre l’entourage et les partisans du président du Pnds en confiance. Mais on n’est pas ministre de l’Intérieur pour rien.

Monsieur le’’Président’’
La seconde version de l’histoire est plus inquiétante puisqu’elle n’est pas plus favorable à Massoudou qu’à Bazoum. Tous deux seraient voués au sacrifice, sur l’autel d’un pouvoir qui doit se nourrir de leurs forces, de leur intelligence et de leur énergie. Selon mes informations, lors de cette fameuse rencontre que vous avez eue avec certains proches triés sur le volet, la question du candidat a été bien abordée. Vous auriez reproché à vos interlocuteurs leur brillante absence au forum sur la paix que Mohamed Bazoum a parrainé, du 2 au 3 février 2019, à Azeye, dans le département d’Abalak. La réponse de vos hôtes, vous la connaissez. Et de fil à aiguille, votre échange a finalement porté sur le candidat du Pnds pour la présidentielle prochaine. Vous auriez signifié à vos interlocuteurs que Hassoumi Massoudou serait désormais derrière vous et que Mohamed Bazoum est votre choix pour la présidentielle. Ce qui m’amène à vous poser cette question : est-ce à vous de choisir un candidat pour le Pnds Tarayya ?

Monsieur le ‘’Président’’
Je vous disais tantôt que la seconde version n’est pas plus favorable à Massoudou qu’à Bazoum. Personnellement, elle me fait froid dans le dos. Pour être sincère avec vous, je ne crois pas, un instant, qu’il y ait un grain de vérité là-dedans. Mais, je vais vous la rapporter tout de même. Selon ma source, l’échange nocturne que vous avez eu avec certains de vos proches a davantage semé le trouble dans leur esprit. Alors qu’ils militaient pour une candidature de votre ancien ministre des Finances, vous auriez eu une réaction qui les aurait totalement désorientés. Il ne s’y attendait pas du tout et votre réponse, bien qu’elle soit sous forme interrogative, a de quoi interloquer. Je n’étalerai pas, ici, ce que vous avez exactement rétorqué à leur exposé de motifs, mais je crois que les Nigériens ne sont pas au bout de leurs surprises.

Mohamed Bazoum, qui n’est ni un garçon de chœur ni un homme dénué d’intelligence, loin s’en faut, aurait découvert qu’il est en train d’être roulé dans la farine. Il aurait, selon une source crédible, découvert qu’il n’est pas plus favorisé que ne l’est Hassoumi Massoudou dont on connaît le sort. Le plébiscite dont il aurait bénéficié du Comité exécutif national (CEN) du Pnds, le dimanche 10 février 2019, serait la conséquence de cette découverte. Tahoua, Dosso et Tillabéry n’ayant pas pris part au conclave, il ne peut s’agir que d’une décision étriquée d’une portion du CEN acquise à Mohamed Bazoum ; un Bazoum qui a manifestement décidé de prendre le taureau par les cornes en vous coupant l’herbe sous les pieds. Advienne que pourra.

À malin, malin et demi, dit-on. Hassoumi Massoudou étant considéré comme éliminé après avoir longtemps cru à la bénédiction du gourou que vous êtes, Mohamed Bazoum et vous semblent vous livrer à un jeu qui ne dit pas son nom. En faisant annoncer cette décision du CEN du Pnds, malgré les criardes insuffisances pour accorder du crédit à ce choix porté sur sa personne, Mohamed Bazoum entendrait vous prendre à votre propre jeu. Puisqu’il est publiquement votre choix, eh bien, il a décidé de bousculer tout pour se faire déclarer comme tel par une instance du parti dont les décisions ne se discutent pas. Surtout pas par quelqu’un qui est en congé du parti depuis 2011. Seulement, Mohamed Bazoum, en sa qualité de président du Pnds, devrait prendre son mal en patience, histoire de trouver les moyens d’y mettre un peu la forme. Tout comme Hassoumi, il a fait un coup d’éclat et cela ne peut qu’affecter la cohésion du parti. Vos compatriotes attendent vivement le troisième homme, qui ne soit si nouveau que ça à la tête de l’État.
Mallami Boukar

22 février 2019
publié le 12 février 
Source : Le Monde d'Aujourd'hui 

 

Imprimer E-mail

Idées et opinions