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Lettre au “président de la République” Monsieur le “Président” Le Niger est mal gouverné et vous comprendrez sans doute que je lui souhaite, en ce début de nouvel an, une meilleure gouvernance.

 Lettre au “président de la République” Monsieur le “Président” Le Niger est mal gouverné et vous comprendrez sans doute que je lui souhaite, en ce début de nouvel an, une meilleure gouvernance.

Que se passe-t-il réellement entre votre gouvernement et la Direction générale d’Orange Niger ? De simple contentieux fiscal, la fermeture de la filiale nigérienne de France Télécoms est en train de tourner en un véritable bras de fer où il n’y a pas que, on l’imagine, une affaire de droit et d’argent dû. C’est mon impression personnelle. Pour moi, il s’agit d’une tragique mésentente subite entre une société habituée à des cadeaux fiscaux de votre part et un gouvernement qui a régulièrement concédé, de façon volontaire et révoltante, des impôts à des multinationales qui font dans le profit au détriment des citoyens soumis à une pression fiscale intolérable. Ce qui est dû à l’État du Niger va dans les comptes bancaires et le chiffre d’affaires des multinationales tandis que, pour trouver les ressources financières nécessaires à vos projets, vous continuez à endetter le pays, histoire de faire croire que ça ne marche alors que vous nous enfoncez dans l’abîme. Orange Niger, tout comme Airtel Niger, est habituée à des arrangements douteux que vous ne pouvez pas prétendre ignorer. Une structure publique de l’État qui n’a ni la vocation ni la mission, se s’est substituée à la Direction générale des impôts pour faire des arrangements criminels qui ont délesté le Trésor public de plusieurs milliards de francs CFA. Vous le saviez, mais vous aviez laissé faire. GandouZakara, qui était Secrétaire général du gouvernement à l’époque, avaitil combien à la place de l’Etat pour conduire une telle opération ? Pire, avec Airtel, les montants convenus avec GandouZakara ont été directement rétrocédés à une obscure société, paraît-il créancière de l’État, d’un certainMukuri Daniel, un escroc poursuivi par la Société générale des banques (SGB). Il a été demandé à Airtel de verser directement les montants consentis à la société MACH-AGITECH NIGER de Mukuri Daniel. Pourtant, l’impôt est incessible. Recherché par Interpole Belgique pour escroquerie notoire sur des citoyens belges, Mukuri Daniel a trouvé curieusement refuge, protection et soutien au Niger. Protégé contre la SGB, il sera finalement écroué, poursuivi par votre gouvernement pour escroquerie, puis relâché sans jamais être jugé et condamné pour ses multiples délits. J’ai compris qu’il ne pouvait rester longtemps en prison puisqu’il risquait de faire plonger des têtes couronnées et ruiner leurs fructueuses affaires qui continuent.

Monsieur le’’Président’’

Le sieur Mukuri Daniel est non seulement libre, mais également riche de ce tout ce qu’il a pris à l’État, avec la complicité avérée de grands commis de l’État, bien connus. GandouZakara et ses complices dans cette affaire n’ont jamais été inquiétés. Orange Niger avec qui vous avez engagé un bras de fer ne comprend pas cette subite métamorphose de bons vieux amis avec lesquels, comme elle le souligne dans son communiqué public, « le dialogue a toujours prévalu ». Elle ne comprend pas que la méthode Gandou ne puisse pas toujours prévaloir. Elle ne comprend pas que vous décidiez subitement de rompre ce dialogue fructueux pour les deux parties, la partie nigérienne étant, non pas l’État mais des individus qui utilisent scandaleusement les pouvoirs conférés par l’État pour le gruger. Si, donc, vos compatriotes comprennent et soutiennent toute démarche tendant à recouvrer les impôts dus à l’État, où qu’ils se trouvent, ils comprennent également que c’est vous qui avez installé certaines sociétés dans l’habitude et la certitude qu’ils ne paieront que ce qu’ils veulent bien payer. Votre gouvernance est en faute et vous vous rendez sans doute compte des limites objectives, voire des conséquences néfastes sur l’état de la nation, de telles pratiques.

Monsieur le ‘’Président’’

Au regard de l’histoire de leurs relations, le bras de fer entre votre gouvernement et Orange Niger a quelque chose de bien énigmatique. La logique du bras de fer n’arrange ni votre gouvernement ni Orange Niger. La filiale nigérienne de France Télécoms est en train de perdre un marché dont il est le second leader, avec des parts de marchés importantes et une progression qui laisse présager de belles perspectives. Quant à l’Etat, il enregistrera, à coup sûr, une hausse du chômage puisque la fermeture de la société mettra dans la rue des centaines de citoyens qui tirent leur gagne-pain de leurs jobs chez Orange Niger.Le message radio dont j’ai eu connaissance n’est que de l’huile sur le feu.

Monsieur le ‘’Président’’

J’ai suivi votre message à la nation. Il est, à tous points de vue, conforme, aux précédents. Des vœux pieux sans cesse renouvelés, de l’autosatisfaction et des perspectives qui n’ont rien à voir avec les misères de l’école nigérienne qui va de mal en pis, de la santé des populations frappée par une marchandisation outrancière et l’insécurité alimentaire qui prive du minimum des milliers de compatriotes. L’école nigérienne est très malade, minée par la corruption et un pilotage dont les manifestations ont été récemment étalées au grand jour avec la décision de fermeture d’établissements scolaires en pleine année académique. Que voulez-vous faire des enfants régulièrement inscrits dans ces écoles ?Outre toutes les écoles rurales qui ont été fermées pour cause du renvoi de milliers d’enseignants qui n’ont pas permis d’expurger le système de ces enseignants qui n’ont rien à voir dans une classe d’école, je vous informe que 50 autres écoles sont fermées dans les régions de Diffa et de Tillabéry. Vous conviendrez sans doute avec moi qu’on ne gère pas l’école comme on gère une boutique.

Au plan alimentaire, question à propos de laquelle vous évoquez tout le temps des résultats flatteurs qu’aurait engendrés l’initiative 3N, je vous rappelle que le bulletin d’OCHA du dernier trimestre de l’année qui vient de s’achever souligne que plus de 600 329 concitoyens sont en situation de crise alimentaire d’aprèsles derniers résultats issus des travaux du cadre harmonisé d’analyse de la vulnérabilité. Voici ce qu’écrit OCHA Niger : « Quant aux personnes dans le besoin, elles sont au nombre de 2 300 000.Selon les experts de la sécurité alimentaire, il s’agit de personnes avec des déficits céréaliers de plus de 50% ainsi que des ménages pastoraux ayant enregistré de fortes mortalités de leurs animaux suite aux inondations et des victimes d’autres chocs qui ne disposent pas de ressources conséquentes. Il faut ajouter à ces personnes, les populations des zones en insécuritéimpactées par les mesuressécuritaires (fermetures des marchés, déplacements des villages, restrictions des mouvements des personnes et des biens, etc.).

Monsieur le ‘’Président’’

Au plan nutritionnel, la situation, qui connaît un niveau critique, n’a pas connu d’amélioration. Voici l’extrait que j’en ai retenu du bulletin d’OCHA Niger : « Selon les résultats de l’enquête nationale de nutrition réalisée en octobre 2018, la prévalence nationale de malnutrition aigüe globale (MAG) est égale à 15.0% alors que celle de malnutrition aiguë sévère (MAS) se situe à 3,2%. Trois régions, Maradi, Tahoua et Zinder, présentent une situation particulièrement préoccupante avec des prévalencesde MAG au-delà du seuil de 15%. Ce seuil est défini par l’OMS comme seuil de sévérité critique avecdes prévalences de MAS égales ou au-delà de 3.5% ».

Les résultats obtenus démontrent aussi une prévalence nationale de malnutrition chronique qui est égale à 47,8%, bien audelà duseuil critique des 40%, et soit presque un enfant sur deux atteints de retard de croissance au Niger. La situation est particulièrement préoccupante pour les deux régions les plus peuplées du Niger que sont Maradi et Zinder où la prévalence de la malnutrition chronique dépasse 60%. Je ne vous enquiquinerai pas avec les montants requis pour financer le plan de réponse stratégique, actuellement très éloignés des niveaux attendus.

Monsieur le ‘’Président’’

Au plan de la santé, vous savez mieux que moi toutes les misères auxquelles vos compatriotes sont confrontés. La santé coûte aujourd’hui les yeux de la tête et les couches sociales les plus démunies n’ont plus qu’un choix : accepter de mourir à petit feu face à la maladie parce que sans moyens de faire face aux coûts exorbitants des traitements médicaux, soit se bourrer de médicaments de la rue et encore plus dangereux pour leur santé. Lisez ce que dit toujours OCHA à propos de la poliomyélite.

« Alors que l’on croyait le poliovirus éradiqué, l’épidémie refait surface avec la récente notification de cas circulants dans les districts sanitaires de Magaria et de Tanout (région de Zinder). Le 5 octobre dernier, le ministère de la Santé publique a qualifié l’épidémie d’urgence de santé publique de portée nationale et internationale. Au 29 octobre 2018, sept cas avaient été détectés dans trois districts sanitaires : Magaria (5 cas), Dungass (1 cas) et Tanout (1 cas).

Monsieur le ‘’Président’’

Sortons de ce carcan où ce que vous dites n’est pas ce que vivent vos compatriotes. Vos compatriotes, dont certains peuvent être abusés par les éléphants blancs surfacturés pour enrichir des individus et qui sont très éloignés des préoccupations des populations nigériennes. De toute façon, que ce soit ceux qui se laissent abusés ou pas, le jour viendra où chacun pourra apprécier la situation réelle du pays et les résultats vérifiables de votre gouvernance. Sur un tout autre plan, j’ai lu le compte-rendu du conseil des ministres du vendredi 28 décembre 2018 et je tiens à vous féliciter pour l’initiative de la création de la direction de la cellule de coopération judiciaire. Je crois sincèrement que c’est une structure dont il faut saluer la création dans la mesure où, au regard des missions qui lui sont dévolues, à savoir la centralisation et la transmission des demandes d’extradition et d’entraide pénale internationale, ainsi que le transfèrement des détenus condamnés dans le cadre des accords de coopération judiciaire, les auteurs de tous ces scandales financiers, violations de la constitution et autres actes assimilés à de la haute trahison, ne pourraient pas se tirer à bon compte en se réfugiant sous d’autres cieux.

Monsieur le ‘’Président’’

Le Niger est mal gouverné et vous comprendrez sans doute que je lui souhaite, en ce début de nouvel an, une meilleure gouvernance.

Mallami Boucar

05 janvier 2019
Source : Le Monde d’Aujourd’hui

 

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