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Perte du poste de Vice-gouverneur de la BCEAO négocié par Seyni Kountché depuis 1980 : L’autre haute trahison

Perte du poste de Vice-gouverneur de la BCEAO négocié par Seyni Kountché depuis 1980 : L’autre haute trahisonDans les années 80, Seyni Kountché a mené un combat sans merci, pour obtenir le prestigieux et stratégique poste de Vice-Gouverneur de la BCEAO pour à notre pays. Celui que nous venons de perdre depuis le 1er le 1er octobre 2018. Pourquoi et comment les autorités de notre pays ontelles fait perdre ce poste à notre pays? Décryptage L’importance d’une Banque Centrale dans la politique économique et monétaire pour unpays n’est pas démontrer même pour le plus grand néophyte en économie. Ce sont les articles 54 et 55 des Statuts de la BCEAO qui encadrent ce poste de Vice-Gouverneur :« La direction de la Banque Centrale est assurée par le Gouverneur…Dans l’exercice de ses fonctions, le Gouverneur est assisté de Vice-Gouverneurs. » D’où le caractère stratégique du poste que nous venons de perdre.

Le feuilleton de cette perte du poste régalien par notre pays débute au milieu en 2012, quand le président Abdoulaye Wade du Sénégal, en fin de mandat, déploie sa stratégie pour la reconquête du poste de président de la Commission de l’UEMOA perdu de son fait pour son pays, huit (8) ans plus tôt. Retour sur ce dramatique feuilleton en 10 épisodes :

1. A son accession au pouvoir en 2000, le président Wade , du fait de la crise politique en Côte d’Ivoire éclatée en 1999,déclare vouloir faire appliquer le principe de la rotation effective des postes stratégiques statutaires de l’UMOA inscrit dans les statuts des institutions. Son objectif était de faire main basse sur le poste de Gouverneur de la BCEAO occupé par la Côte d’Ivoire, ou à défaut, celui de Président de la BOAD attribué au Bénin. C’est ainsi qu’en janvier 2004, le pré- sident du Sénégal décide unilatéralement d’abandonner le poste de président de la Commission de l’UEMOA créée en 1994 et occupé par son pays depuis 1995 ;

2. Le Sénégal, pour avoir sous-estimé la réaction de ces deux pays, échoue à obtenir l’un des deux (2) postes convoités. Ils lui opposeront l’accord tacite, non écrit, entre Etats à savoir : le Siège de la BCEAO pour le Séné- gal, le Gouverneur pour la Côte d’Ivoire, le Siège la BOAD pour le Togo et la présidence pour le Bénin. Le Niger et le Burkina Faso occupent les deux postes de Vice-Gouverneurs de la BCEAO ;

3. En 2011, avant la fin du 2ème mandat de Soumaila Cissé, le Niger sous la Transition de Salou Djibo, négocie et décroche sans conditions, le poste de président de la Commission de l’UEMOA en faveur du Ministre des Finances de la Transition, M. Annou Mahamane BADAMASSI. Et pour cause, l’intéressé était très apprécié des milieux financiers régulièrement fréquentés depuis trois décennies. Mais les intrigues et maladresses des nouveaux gouvernants arrivés au pouvoir à l’issue de transition en 2011 et qui tenaient à changer de cheval pour placer vaille que vaille l’un des leurs, fera échouer cet accord;

4. Les autorités de l’UEMOA se braquent. Le président Abdoulaye Wade du Sénégal, en fin de son deuxième mandat, revient alors à la charge pour récupérer cette position qu’il avait fait perdre au Sénégal, 8 ans auparavant, et placera la barre très haut en proposant la candidature de son ancien premier ministre, Cheikh Hadjibou Soumaré. Mais nos autorités s’accrochent au poste ;

5. Suite à l’intransigeance des autorités de notre pays, le Sénégal du pré- sident Wade afin de réussir son pari, propose et accepte de parapher un accord spécifiant qu’à l’issue d’un mandat unique de 4 ans, il cèdera le poste au Niger en 2016. Le Sénégalais est désigné au poste en nove,bre 2011 ;

6. En nove,bre 2015, à la fin du mandat de 4 ans du Sénégalais, le Niger reviendra à la charge pour faire respecter l’accord écrit. Suite à un blocage, le président du Sénégal Macky Sall demanda une prolongation du mandat de six (6) mois en faveur de Cheikh Adjibou Soumaré. Refus caté- gorique des autorités Nigériennes. Le Sénégalais sera prorogé jusqu’au prochain Sommet ;

7. Face à cette nouvelle intransigeance, le Gouvernement du Sénégal refusera alors de céder le poste sans contrepartie. Il exigera, qu’en échange du poste de président de la Commission de l’UEMOA, le poste de Vice-Gouverneur de la BCEAO lui soit attribué à la fin du mandat du Nigérien en octobre 2018;

8. Les autorités nigériennes signent malgré tout cet accord léonin bien que l’importance des deux postes ne soit pas à comparer puisqu’en vertu de l’Article 31 du Traité modifié de l’UEMOA« Le Gouverneur de la BCEAO participe de plein droit, avec voix consultative, aux réunions de la Commission. » Alors même que « Le Président de la Commission est désigné parmi les membres (8 Commissaires) de celle-ci… » et « Les délibérations de la Commission sont acquises à la majorité simple de ses membres ».

Les autorités garderont un silence sidérant sur cet accord. Mais une dé- pêche de APAnews annonce le même jour qu’« au terme du mandat nigérien (4 ans), la Conférence des Chefs d’Etat a convenu que ''le Sénégal retrouve, définitivement, son fauteuil de présidence de la Commission''. Le Gouvernement du Sénégal confirmera l’information sur son Site Internet ;

9. C’est finalement le 10 avril 2017 que la Conférence des Chefs d’Etat entérine l’accord et nomme notre compatriote Commissaire de l’UEMOA au poste de président de la Commission de l’UEMOA. Au passage le Sénégal s’est vu attribuer le poste de Président du Conseil Régional de l'Epargne Publique et des Marchés Financiers (CREPMF), un organe de l’UMOA dont le siège est à Abidjan, tout en conservant son poste de Secrétaire Général de la BCEAO ;

10. Le 21 septembre 2018, c’est l’épilogue, à la réunion du Conseil des Ministre de l’UEMOA, le Niger cède son poste régalien de Vice-Gouverneur de la BCEAO acquis 30 ans plus tôt grâce à la pugnacité du Président Seyni Kountché ce, à compter du 1er octobre 2018. C’est la consternation dans les milieux financiers du Niger au vu de l’importance de ce poste de Vice-Gouverneur de la BCEAO. Suite à ce cinglant revers, alors que les retombées concrètes du poste de président de la Commission de l’UEMOA tardent à se matérialiser et qu’entre temps, notre pays a retrouvé sa traditionnelle dernière place au classement de l’IDH :

  • Comment réagirons nos autorités face à cette perte du poste de ViceGouverneur de la BCEAO, qui a rendu les cadres de cette institution orphelins et par laquelle le Niger n’a plus, comme par le passé, une emprise certaine sur la politique moné- taire ?
  •  Pourquoi nos autorités n’ont-elles pas évoqué l’article 55 des nouveaux statuts de la BCEAO ne limitant plus les postes de Vice-Gouverneur à deux (2), pour faire attribuer un troisième autre poste au Sénégal ? Ou alors pourquoi ne pas avoir réclamer le poste de Secrétaire Général de la BCEAO,non statutaire, mais en permanence occupé par le Sénégal depuis de nombreuses années ?
  • Notre pays récupèrera-t-il son poste de Vice-Gouverneur en 2023, fin du mandat du Sénégal pour ce poste, ou alors en 2021, coïncidant avec la fin du mandat du Niger à la présidence de la Commission de l’UEMOA ?

Rien n’est moins sûr, puisque de sources concordantes, rien n’a été conclu dans ce sens. Alors croisons les bras et prions Dieu. Kountché a dû se retourner dans sa tombe après cette trahison de l’un des jeunes cadres qu’il a bombardé Directeurs Mines en 1980, dans le cadre de sa lutte acharnée pour la « nigérisation » des cadres dans les sociétés minières, l’autre chantier ardu qui lui tenait à cœur.

Djibrilla Mainassara Baré
Ancien Auditeur Interne au Siège de la BCEAO
Ancien Conseiller Spécial du Président pour les Questions Economiques et Financières 

26 novembre 2018
publié le 15 novembre 2018
Source : Le Nouveau Républicain

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