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L’incurie : Par Dr Farmo Moumouni

L’incurie : Par Dr Farmo Moumouni Est-ce la misère et la pauvreté, l’ignorance et le fatalisme, le désamour de la patrie et la dépréciation de l’intérêt général, la lassitude et le désespoir, qui donnent, quand on observe la vie de la nation, cette impression d’insouciance et d’incurie?
Une caste de Nigériens se placent au-dessus de tous les Nigériens, s’accorde des privilèges; s’approprie les richesses qui appartiennent à tous, se moque de la justice; piétine les droits et libertés; confisque le pouvoir qu’il a reçu des Nigériens et l’exerce à son avantage.
Ils sont meurtris dans leur chair, dans leurs familles, dans leurs portemonnaies, dans leur dignité et dans leur vie. Le panier de la ménagère peine à se remplir, les repas deviennent moins copieux. Ils peinent à payer les factures d’eau et d’électricité. Ils se démènent pour honorer les frais de scolarité des enfants et pour acheter leurs fournitures scolaires. Les ordonnances médicales deviennent pour eux des casse-têtes, et la fin du mois est redoutable, elle agite l’épouvantail du logeur réclamant le loyer, alors que le salaire n’est pas payé à terme échu.
Ils disent, pour conjurer tous ces maux qui les assaillent : « Tout a une fin » C’est incontestable, tout ce qui commence finit. Mais il y a de petites fins, des fins courtes, des fins moyennes et de longues fins. Il y a des fins interminables, des fins qui peuvent durer une vie.
Or, l’honneur, la dignité, les droits et libertés, la justice, la satisfaction des besoins fondamentaux : se nourrir, se soigner, se loger, n’attendent pas les fins, ils sont de tous les temps, et doivent être poursuivis et défendus en tous temps.
Pourtant des voix se élevées pour dénoncer ces maux, pour revendiquer leur résolution. J’entends en l’occurrence les voix de Yahaya Badamassi, de Nouhou Arzika, de Sadat Illiya, de Moussa Tchagari, de Maikoul Zodi, d’Ibrahim Diori, d’Ali Idrissa, d’Abdourhamane Idé, d’Abdoulaye Koné. Qu’en a-t-on fait? On les a bâillonnées et embastillées, dans une indifférence quasi générale.
Les maux qu’ils dénonçaient, ces maux dont le traitement appelait l’implication de tous, indépendamment des appartenances particulières, sont encore entiers.


Il y a eu chez nous, N’Galewa, il y a eu Toumour, à Diffa, des filles et des femmes enlevées qui seront fort probablement des esclaves sexuelles. Il y a eu, chez nous, sur les différents fronts, de jeunes soldats morts dans la fleur de l’âge, pour nous, pour notre sécurité. Il y a eu chez nous, des villages dévastés, des hommes, des femmes et des enfants déplacés.
Sent-on une solidarité nationale pour ces Nigériennes, ces sœurs, ces mères victimes du terrorisme? Sent-on une compassion pour ces jeunes, nos fils, nos frères, qui donnent leur vie pour nos vieilles vies, usées ? Voit-on un soutien national actif pour ces compatriotes chassés de chez eux par le terrorisme?
On s’émeut quand des Palestiniens tombent sous les coups d’Israël. On marche à Paris quand des journalistes meurent dans une rédaction, sous le feu des terroristes. On s’indigne au nom d’une solidarité religieuse, quand en Birmanie, les Rohingya sont assassinés ou sont chassés de leur pays.
Mais on garde silence quand, sous nos yeux, à nos pieds, des filles et des femmes qui appartiennent à notre nation sont enlevées, quand de jeunes vies qui forment la nation sont emportées, quand des membres de la communauté nationale sont livrés à l’errance.
Toutes les vies se valent, mais les nôtres, parce qu’elles sont nôtres, méritent un soin et une protection prioritaires.
Je vois ailleurs la mobilisation et le soutien actif des autres parties du corps national, quand une partie de ce corps est atteint par un mal, quand celle-ci est victime d’une catastrophe naturelle, quand elle est meurtrie par le terrorisme ou d’autre maux.
Je vois ailleurs des chefs politiques écourtant leurs voyages quand des drames surviennent pendant leurs absences. Je vois des chefs politiques revenant dans leurs pays, pour un seul soldat mort au combat. Je vois des chefs politiques, chefs suprêmes des armées, se rendre sur les fronts pour apporter leur soutien et celui de la nation entière, aux troupes qui se battent.
Il y a pourtant chez nous, des hommes et des femmes qui ne cessent de prévenir, d’attirer l’attention, d’appeler à une mobilisation nationale et à une solidarité nationale. J’entends en l’occurrence les voix d’Élisabeth Shérif, d’Helene Kaziendé Djondo, celles de Issifou Yahaya, de Souley Adi, d’El Hadj Idi Abdou, de Bounty Diallo, de Fayçal Boureima, de Sidi Bilan, d’Ari Koutalé Abba Ibrahim, et bien d’autres
J’entends aussi la voix de ces jeunes, tels Abdoulaye Hassane Maiga, Douada Koyssogo, Allélé Habibou, Salisssou Ganahi, qui dénoncent, qui entendent œuvrer pour un monde meilleur, quoiqu’ils le fassent souvent avec la fouge et la véhémence qui caractérisent leur jeunesse.
Mais que sont les uns et les autres? Des intellectuels, perçus souvent, à tort, comme des hommes et de femmes qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Les entend-on? Les écoute-t-on? Pourquoi les écouterait-on, pourquoi les entendrait-on, quand ce qu’ils disent ne plait pas, quand on a tendance à les ranger dans l’opposition, comme si la condition pour s’opposer, est d’appartenir à l’opposition politique.
Dans la vie d’une nation, dans celle d’un pays, il y a des moments pour les oppositions, pour les contradictions (celles qui font avancer plutôt que celles qui mènent à la régression), il y a aussi des moments où les particularismes, les appartenances politiques, doivent s’efface au profit de l’intérêt général, en faveur de l’intérêt national.
Or, l’indécrottable partisannerie que l’on observe chez nous ne concourt pas à l’intérêt général, elle alimente l’incurie.

Farmo M.

24 novembre 2018
Source : https://www.facebook.com/moumouni.farmo

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