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Participation politique des femmes au Niger : le paradoxe des partis politique

Niandou Ibrahim 01 Aux hommes champions : c’est vous qui êtes dans le vrai.
Au Niger, les relations des femmes avec les pouvoirs et avec les espaces des pouvoirs sont appréciées diversement, selon les circonstances en question et les référentiels historiques, politiques, sociaux, religieux…du milieu et des personnes en présence. Chaque fois qu’une femme a pris un pouvoir au Niger, quel qu’en soit l’échelle et l’époque, des lignes ont bougé et de la salive a coulé. Chaque émergence extraordinaire d’une femme est tantôt applaudie, tantôt houspillée, mais n’a jamais laissé l’opinion indifférente. Pourquoi donc tant de passion vis-à-vis de l’apparition (somme toute logique) des femmes dans les espaces d’influence ? Comment est perçue et traitée la conquête de ces espaces par les femmes, notamment dans les partis politiques ? Quelles leçons en tirer ?

Statistiquement, les femmes représentent plus de la moitié de la population du Niger (50,3% selon le rapport du recensement général de 2013, INS). Les études antérieures exhibaient à peu près les mêmes proportions, sinon d’avantage aux femmes. L’Islam, la religion majoritaire au Niger, donne d’immense champ de pouvoir aux femmes. Ces donnes devront suffire à elles seules pour garantir une omniprésence des femmes, partout et en tout, dans la gestion de la cité. Pourtant, tous les arguments possibles sont érigés, au fil de l’histoire, pour tenter de les tenir loin, le plus loin possible des centres de la gouvernance, dès qu’il y a un enjeu de visibilité, de gains financier, matériel, politique ou social. Etre femme apparait en soi comme un handicap à la réussite politique au Niger. On aurait dit que cette ardeur (d’in-équité de genre) s’inspire plus de l’histoire de la France post-révolution (jusqu’à la 2e guerre mondiale) plutôt que de l’histoire du Niger et de l’Islam. Quel qu’en soient l’ampleur et les ancrages historiques des thèses et dénégation qui soutiennent cette volonté de relégation des femmes en seconde zone, on constate, en les scrutant de prés, qu’elles (les thèses) ne tiennent pas solidement. Mieux, de nombreuses voix s’élèvent pour démontrer que le silence des savants porte autant de responsabilités en cette injustice, que le bruit exalté de ceux qui ne savent mais s’expriment. Les phénomènes contemporains de réplication (des velléités) de marginalisation des femmes dans les espaces publics sont difficilement défendables mais ses adeptes semblent fournir plus d’énergies à les justifier. Parmi les espaces publics actuels d’expression et de gestion, on compte les sphères de la société civile nationale et locale (institutions communautaires), des structures gouvernementales, des médias (y compris réseaux sociaux), des partis politiques et cadres assimilés, etc Partout en leur sein, on continue de façon diverse, délibérément ou inconsciemment, de prôner le silence de toute tonalité divergente des mères ; l’obéissance absolue des sœurs (faisons la différence entre respect et obéissance), la servitude éternelle des filles. On s’investit becs et ongles à maintenir aveuglement des privilèges phallocratiques (patriarcaux) et ancestraux; On duplique inconsciemment des stéréotypes malsains ; on prétexte la religion pour écraser celles qui nous ont tous enfanté ; on réplique les causes des misères sur nos filles ; on participe à ce qui semble être le plus grave crime contre l’humanité qui ait pu se faire. Les partis politiques, au vu et au su de tous, deviennent petit à petit le pire réceptacle de cette culture nauséabonde de ségrégation. Les partis politiques devront être parfaits sur ce terrain de la culture de l’équité et de l’égalité entre toutes les diversités nationales. Paradoxalement, ces espaces de tous les espoirs réunissent et tolèrent l’ensemble des épars, évidents et révoltants facteurs de cette horrible discrimination. Les injustices à l’égard des femmes ne sont certes pas une invention des partis politiques mais ces derniers restent critiquables non seulement pour leur (les injustices) maintient mais également pour leur exacerbation. Ils ont deux circonstances aggravantes : Les partis politiques doivent être des espaces d’apprentissage et de culture de la démocratie et de l’égalité citoyenne d’une part. D’autre part, les partis politiques se targuent tous d’avoir des projets de défense des droits humains dans la besace. Comment alors comprendre qu’ils tolèrent et/ou entretiennent cet abus ? Si les nigériens avaient opté pour un autre régime que celui dit démocratique, le débat ne se serait posé. On saurait que ce serait une autre force que les desiderata des citoyens qui imposerait ses choix dans la gouvernance du pays. Encore qu’aucun type de régime connu, aussi affreux soit-il, n’ait encore brandi de l’anti-féminisme comme projet politique. Nous avons choisi un état d’égalité des citoyens donc nous n’avons pas le droit de continuer à assister, comme impuissants, à cette aberration inhumaine. Sur 9 élections législatives étalées de 1970 à 2016 (manque les données de celles de 1996), on constate que le taux moyen de femmes élues est inférieur à 10% et, malgré les 13 et 17% respectivement en 2011 et 2016, n’a jamais atteint 20%, et même avec le bond lié à l’application de la loi sur les quota (Nom donné à la loi n° 2000-008 du 07 Juin 2000 et son l’article 3 alinéa 2 qui dispose que « Lors de la proclamation des résultats définitifs, la proportion des candidats élus de l’un ou de l’autre sexe, ne doit pas être inférieure à 10% ». On devrait tous se sentir coupable de constater que le groupe social majoritaire au Niger n’a jamais atteint le quart de présence à la représentation nationale !!! J’accuse la représentation nationale de n’avoir pas pris les dispositions (et c’est de son pouvoir) pour imposer la justice de la présence équitable des femmes en elle.

Cette inéquitable représentation des femmes à l’hémicycle est la résultante d’une combinaison de nombreux facteurs qu’on retrouve à différentes échelles dans les autres espaces (associatif, local etc).

Je ne m’appesantirai pas sur leurs vulnérabilités habituellement mises en exergue (manque d’argent, niveau d’études, charges familiales et reproductives, manque de temps…)

On peut doigter une insuffisance d’alimentation du débat autour de la question. Trop d’illuminés ont des boulevards dégagés et ont réussi à empoisonner l’opinion en soutenant la légitimation des injustices sur la base d’argumentaire nourri de stéréotypes, de fausses interprétations religieuses ou de diverses pressions. On y entend que les femmes n’ont pas le droit d’occuper des postes de responsabilités, voire même de faire de la politique ou « commander » leur propre entreprise…alors qu’en même temps, on encourage aux efforts des femmes dans la production, dans la génération des ressources, dans la mobilisation des électeurs, qui, non plus, ne sont pas des activités reproductives etc. Si la participation de la femme n’était pertinente que dans la cours fermée de sa maison, ou pour les tâches domestiques et de reproduction, que serait le service public ? Si l’accès à tous les services publics (y compris de législature) sont reconnus comme droits (en tant que bénéficiaires et en tant que pratiquants) de tous les citoyens, comment comprendre qu’on en trie et exclue la moitié des citoyens ? Trier et exclure ici s’entend non seulement par les obstacles érigés dans les moments cruciaux comme les élections, les nominations, les affectations, les recrutements, les cooptations, les instants de culte etc mais aussi en amont dans les inégalités de la scolarisation, de l’éducation, de l’accessibilité aux informations, aux opportunités de financement, etc

Ce ne sont pourtant ni les justifications ni les opportunités qui manquent à mes concitoyens pour s’engager, et lutter pour les droits de nos filles, de nos mères, de nos sœurs, de nos femmes. Mieux, on constate même que chacun veut la réussite de sa propre fille pendant que la femme prise en général devient pour beaucoup d’hommes adversaire à écraser.

La plus solide raison pour engager chaque citoyen dans ce combat est le bonheur de contribuer à construire du bonheur d’autrui. Il est tellement plus bénéfique pour soi-même et pour les autres de se démener pour construire du sourire autour de soi que l’on ne peut comprendre la propension à vouloir construire ou renforcer des barrières à l’épanouissement et la participation des autres.

Un autre carburant d’enrôlement pour la cause de la participation des femmes est le potentiel d’impact positif sur la société. En excluant tant de monde dans les réflexions, dans la production, on transfère les charges sur les (hommes qui font) moins de la moitié de l’humanité ; On diminue, au moins de moitié, des sources et des ressources qui auraient bénéficié à tous. Je pense, par exemple, aux carences criardes et conflictogénes dans les réflexions de ces parlements successifs, le plus souvent empêtrés dans leur overdose de testostérone que dans la fertilité intellectuelle attendue par le peuple. Les opinions et sensibilité féminines audibles nous auraient épargné bien des incultes stupidités. Le projet de « loi sur le quota » transmis en son temps au parlement prévoyait 25% de l’un ou l’autre sexe au minimum des postes électifs et 30% aux postes nominatifs. Les députés d’alors auraient jugé bon de ramener ces taux aux hauteurs respectifs de 10 et 25%. Je ne vous répéterai pas les arguments qu’ils auraient enfourchés, ici, par respect. Je me rappelle qu’un représentant d’un gouvernement de la République, pendant une campagne de plaidoyer (du « mouvement social ») pour la cause, nous a demandé si nous pouvions établir la liste des femmes diplômés du Niger, pour prouver notre sérieux et la pertinence de notre lutte…

Le respect de la constitution, le désir du Paradis, le rêve d’une image de grandeur, l’amour du prochain et de Dieu, l’envie de bien vivre, le devoir de défendre le droit humain, sont autant de raison à engager chacun de nous dans l’exigence de l’égalité et de l’équité, tous les jours, en tous nos actes et mots. Chacun, à commencer par les leaders politiques et sociaux, le Président de la République, chaque Ministre, Chaque député, chaque Directeur, chaque père de famille, chaque chef de village, de parti et de famille devrait être prêt à mourir pour défendre le droit de la femme, de la sœur, de la fille à lui ou à autrui, à accéder à la parole, à la décision que lui confère la constitution qui nous régit, à accomplir ses rêves de citoyenne. Quand la réussite de la femme est construite dans le dialogue, l’homme est le premier à en bénéficier, la société toute entière n’en fera que mieux se porter.

#Iyo

NIANDOU Ibrahim
Directeur Cabinet GREEF
Groupe de Recherches, d'Etudes et de Formation
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20 novembre 2018
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