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Lettre au “président de la République” : Monsieur le “Président”, Si vous n’avez pas tenu votre promesse en 2016, pourquoi la tiendriez-vous en 2021 ?

 Lettre au “président de la République” : Monsieur le “Président”, Si vous n’avez pas tenu votre promesse en 2016, pourquoi la tiendriez-vous en 2021 ? Après le Pnud, c’est à la Banque mondiale d’estimer, sur la base de critères rendus publics, que votre magistère a été un échec et que le Niger se trouve à la traîne, derrière des pays qui n’ont pas la moitié des ressources de notre pays et qui ne sont pas cet « îlot de paix dans un environnement tourmenté » que vous flattez tant. Le 11 octobre 2018, sur 157 pays visés, la Banque mondiale a classé le Niger parmi les trois pays qui n’investissent pas assez dans leurs populations. Parmi les critères retenus, il y a la survie des enfants, la scolarité et la santéc niveau d’éducation, l’espérance de vie à la naissance ou l’accès à la santé. Avec 0,32, le Niger est un des pays qui affichent les pires indices du continent et du monde. Ce n’est pas moi qui parle comme je veux, je rapporte ce que la Banque mondiale a écrit. La Banque mondiale enfonce ainsi le clou en corroborant le rapport du Pnud en matière d’IDH qui a régulièrement classé le Niger dernier des pays du monde. Il n’y a aucune fierté à le dire et à le rappeler, tant ça fait mal de constater, malgré ces milliers de milliards que vous dites avoir investi dans le développement du Niger depuis sept ans, aujourd’hui, que l’on nous dise que notre pays reste dernier. Qu’est-ce qui se passe ? De deux choses, l’une : soit, ces milliers de milliards n’ont jamais été investis au Niger et pour le compte des Nigériens ; soit les chiffres ronflants dans les statistiques n’ont jamais existé. La première hypothèse me paraît la plus plausible. En sept ans, le Niger a bénéficié d’énormes ressources, tirées de son pétrole pour l’essentiel, mais aussi de prêts exorbitants, parfois contractés dans des conditions frauduleuses. Ce sont effectivement des milliers de milliards qui ont été contractés auprès de partenaires bilatéraux et multilatéraux, mais dont on s’interroge sur la destination réelle. Pendant que les prêts pleuvent et que les ressources pétrolières et minières rapportent des centaines de milliards, rien que pour les permis miniers, l’école et la santé s’écroulent, coupées de ressources et désorganisées par un pilotage à vue. L’eau courante manque, les routes sont détruites,à un moment où le gouvernement resserre l’étau fiscal sur les populations.

Monsieur le ‘’Président’’,

Ce n’est pas surprenant que le Niger n’ait pas gagné la moindre place sous votre gouvernance. Sous Mamadou Tanja, bien que le gouvernement de Hama Amadou ait trouvé l’Etat dans un gouffre financier béant, il a su, grâce à une gouvernance assez exemplaire, faite de rigueur et de responsabilité, redresser la situation et permettre au Niger de gagner jusqu’à trois places dans le classement IDH. C’est cette embellie financière que vous avez trouvée à la tête de l’Etat, à un moment où la totalité des financements du barrage de Kandadji étaient acquis et que le pétrole était là. Le Fonds monétaire international vous avait mis en garde dès 2012, lors d’une visite de Christine Lagarde à Niamey. Je n’ai pas besoin de rappeler, ici, les mises en garde et les conseils de la directrice générale du Fmi, mais vous avez manifestement opté pour tout autre chose. Durant ces années de gouvernance que vous incarnez, le Niger a été spolié de ses ressources et nombre d’observateurs restent sceptiques, au regard de la casse financière commise sous votre gouvernance, sur une volonté de votre part d’organiser des élections crédibles et de tourner le dos à l’Etat. Des personnes avisées avec lesquelles j’ai échangé sur la session en cours du CNDP dans une perspective de révision du code électoral m’ont dit d’attendre et de voir quelle tournure les choses vont finalement prendre. Elles soutiennent que vous avez tant de choses à expliquer et à justifier aux Nigériens que vous ne présentez pas le profil des chefs d’Etat qui s’en vont, tranquilles et confiants. Ces gens ne vous croient pas et ne croient pas en un sursaut de votre part pour, ne seraitce que essayer, de redresser la barre.

Monsieur le ‘’Président’’,

Pour tout vous dire, la plupart des Nigériens ont la conviction que vous ne présentez pas les prémices d’un homme qui tend vers la sortie, mais un homme qui est prêt à tout tenter. Vos propos, maintes fois répétés, tendant à convaincre vos compatriotes que vous ne ferez pas ce dont on vous soupçonne, ont été emportés par le vent. Presque personne n’y croit au Niger et il y a de quoi. D’abord, en 2016, vous aviez solennellement déclaré que, je vous cite : «… je mettrai un point d’honneur à contribuer à l’expression libre des suffrages du peuple nigérien et à l’organisation d’élections inclusives. […] je ne cautionnerai pas l’organisation d’élections tropicalisées pour ne pas dire truquées. […] C’est dire que je considérerai des élections mal organisées comme un échec personnel et je ne serai jamais à la base d’un travestissement de l’expression de la volonté populaire ». Le monde entier a été témoin du hold-up électoral qu’il y a eu. Contrairement au serment solennel que vous faisiez à l’occasion du 55e anniversaire de l’accession à l’indépendance de notre pays, il y avait eu un total travestissement de l’expression de la volonté populaire. C’est la première raison pour laquelle les Nigériens ont du mal à vous croire.

La seconde raison est liée à l’évolution des choses au sommet de l’Etat. L’ascension fulgurante de votre fils, Abba, dans la haute sphère de l’Etat, tout comme ce que certains assimilent à un louvoiement de votre part dans la perspective des prochaines élections générales, fait naître des soupçons. Si vous n’avez pas tenu votre promesse en 2016, pourquoi la tiendriez-vous en 2021 ? En tout état de cause, vous devrez nécessairement sortir de la peau de celui qui doit choisir un président pour le Niger. Ce n’est pas de votre ressort. Le hold-up électoral de 2016 peut être suffisant pour allumer en vous le feu de la folle ambition de rester au pouvoir au-delà du terme légal de ce mandat sur lequel vous connaissez mon opinion ou de chercher à manipuler le processus électoral. Ce serait une grosse erreur de votre part.

Monsieur le’’Président’’,

Personnellement, je suis habité par le doute. J’ai tant entendu et vu de votre part que j’attends de constater pour croire. Je doute profondément. Et ce n’est pas un procès d’intention puisque ce n’est pas la première fois. Le bénéfice du doute ne peut, par conséquent, vous profiter.

Mallami Boucar

26 octobre 2018
Source : Le Monde d'Aujourdhui

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