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La crise nigérienne et la responsabilité des intellectuels : Par Prof. Dr. Sidi Bilan

Dr Sidi Bilan Niger Prof. Dr. Sidi BilanIl est indéniable que la situation socio-politique de notre pays est délétère et préoccupante. L’opposition politique est effritée, affaiblie, quasiment inexistante et elle n’arrive plus à jouer son rôle constitutionnel de contre-pouvoir. Selon beaucoup d’observateurs de la scène socio-politique du Niger, Il y a un recul manifeste des libertés individuelles et une tentative continuelle de museler toute voix dissidente (cf. certains journaux et ONG occidentaux). La preuve est, poursuivent-ils, l’anéantissement progressif et continuel de la société civile depuis l’arrestation de ses leaders accusés de « putschistes » au service de l’opposition. On dénote également, selon l’avis de plusieurs critiques, une justice instrumentalisée et aux « commandes » du politique. Le système éducatif nigérien est en lambeaux et continue d’être systématiquement démantelé. L’éducation au Niger a atteint aujourd’hui un niveau de putréfaction et de déliquescence inqualifiables : Une baisse drastique du niveau des enseignants et des enseignés ; la tricherie sans égale mesure car on pousse même l’outrecuidance à déclarer des morts et des absents admis au baccalauréat 2018. Au demeurant, d’aucuns parlent d’ethnocentrisme, de régionalisme, de repli identitaire et d’autres d’exclusion, d’ostracisme, d’injustice sociale, de pouvoir usurpé, d’oppression, d’arbitraire, de difficultés financières etc.
En outre, notre pays a atteint un niveau de corruption endémique inédit de son histoire posant ainsi l’épineux problème de la mal gouvernance, la négligence et l’incompétence de certains cadres. A tous ceux-ci s’ajoutent le problème sécuritaire, le bradage des ressources nationales et la question de la souveraineté avec la présence des bases militaires occidentales.
En somme, il sied de dire, au-delà de toute démagogie, que la situation politique du Niger est alarmante car elle est potentiellement explosive si rien n’est fait pour désamorcer la tension vive et manifeste. Les élections politiques de 2021 risquent d’être difficiles et même conduire notre pays vers un avenir incertain. Est-ce que ce qui précède est vraiment une réalité ou bien juste un point de vue de l’esprit d’un groupuscule d’individus frustrés à qui le pouvoir a échappé ou qui n’ont pas eu leur part du gâteau ? Est-ce juste des rumeurs ? Pourquoi malgré toutes les réalisations infrastructurelles, une frange de la population continue toujours à se plaindre?
Notre intention ici n’est pas de l’éloge de quelque parti que ce soit. Ce que nous mettons ici en relief n’est ni de l’alarmisme ni de la géomancie. Chaque observateur de la scène politique du Niger peut se forger une idée de la situation. Il suffit d’observer, écouter et analyser ce qui se dit tout bas et se discute souvent ouvertement dans les fadas, sur les réseaux sociaux et dans les journaux locaux.


Nous pensons que rien ne doit être négligé pour l’intelligence de la réalité socio-politique de notre pays. Il y a lieu de considérer et le général tout comme les détails. N’y a-t-il pas là urgence d’examiner la réalité avec tout le sérieux requis ? Ou bien faut-il attendre que la catastrophe arrive pour agir ? Ou bien faut-il se cloitrer dans ses quatre murs et refuser de regarder la réalité en face ? Ou bien faut-il juste opter pour le mutisme en pensant que le pire n’arrive qu’aux autres ? Ce qui précède n’est-il pas assez sérieux pour nous interpeller les intellectuels et des acteurs politiques à plus de lucidité, d’analyse et de patriotisme ?
La crise est l’expression d’une dysharmonie au sein de la société ou dans l’interaction de l’individu avec son environnement. Il y a crise lorsque l’individu ne se sent plus comme une partie intégrante du tout ou de la communauté. Il y a crise lorsque le sentiment de désespoir et la méfiance envers les instituions s’installent.
Nous sommes désormais devant un choix entre la raison et la déraison, le rationnel et l’irrationnel, l’objectivité et le subjectivisme, le particularisme et l’universel.
Pourquoi les intellectuels ?

La vie politique au Niger est menée de manière effective par ceux qui sont instruits et occupent des postes administratifs, académiques et autres. Ceux-là ne constituent pas plus de 10% de la population. Ceci est pour dire que plus de 90% de la population est exclue de cette vie politique à cause des barrières linguistiques et la « compréhension » de la chose politique. Ainsi 90% de la population subit la politique et ses conséquences négatives.
Les intellectuels constituent indubitablement l’élite et le dépositaire du savoir moderne. En tant que tels, les intellectuels disposent de pouvoir pour influencer positivement l’activité politique. Ne dit-on pas que « Savoir est Pouvoir » ? Comme la si bien dit le philosophe allemand Hösle, "Celui qui accède à une position sociale privilégiée, qui a plus d'occasion de se cultiver, a aussi plus de devoirs". Le devoir de l’intellectuel est de prévenir, d’anticiper, de révoquer certaines pratiques en doutes, de les dénoncer, de proposer des alternatives, d’apaiser, d’interpeller, faire entendre Raison, dire la vérité même si elle blesse etc. Cependant ce rôle de l’intellectuel exige de lui de se remettre d’abord en cause et de se demander s’il œuvre vraiment pour le bien de tous. C’est une activité qui exige de nous de se continuellement remettre en cause et d’aller au-delà de ses intérêts égoïstes et éphémères. En d’autres termes, l’intellectuel est un fonctionnaire de la Raison et de l’Universel. Seul l’Universel compte, l’individu doit être prêt à se sacrifier pour une cause noble, universelle. Mandela et tous les grands penseurs, n’ont-ils pas sacrifié leurs vies pour le Bien de leurs communautés et pour des valeurs universelles telles que la justice, l’égalité, la liberté etc. ?
Intellectuels nigériens (africains), dépassons la passion aveugle, l’intérêt immédiat, l’avidité du pouvoir, l’amour excessif des biens matériels pour éclairer et éloigner de notre (nos) pays des lendemains incertains. Ceci n'est possible que par l'autonomie intellectuelle et la préservation de l'UNIVERSEL dans nos analyses et tout problème affectant notre (nos) pays. Nous sommes tous passagers en tant qu’individus ; seul l’Universel demeure.

Prof.Dr. Sidi Bilan
University of Sunderland in London

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