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Niger / une affaire de linge sale : Par Farmo Moumouni

Niger / une affaire de linge sale : Farmo Moumouni On dit au Niger comme ailleurs, vouloir laver le linge sale en famille. Mais on a plutôt tendance à le laisser pourrir. Lorsque contraint, on se ravise et songe enfin à le laver, on découvre que des corps étrangers : hommes ou insectes, l’ont entamé, et que le linge n’est plus utilisable. On ne dira donc jamais assez que pour prévenir la nudité, le linge sale doit être lavé à temps, et que le labeur de tous les bras de la famille le rendra plus propre.
Le linge, c’est en l’occurrence le Niger, pays qui nous abrite et nous couvre, et sans lequel nous serions nus et apatrides. La famille se compose de tous les Nigériens et de toutes les Nigériennes, sans exclusion aucune. Si l’on veut que la lessive soit bien faite, que le linge soit bien propre, on ne pourra se passer de la force de tous les bras. Il y a de place pour tous, et chacun peut apporter sa contribution même modeste en transportant de l’eau, en fournissant des détergents, en brassant, en essorant ou en séchant.
Or, à entendre ce qui se dit tout bas en privé, et ce qui se dit tout haut en public; en lisant ce qui s’écrit sur le Niger par les Étrangers et par les Nigériens; en observant les situations politique, économique, sociale et sécuritaire, on est bien obligé d’admettre que notre linge est sale.
Nous sommes pris dans l’étau du terrorisme de l’Est et du terrorisme de l’Ouest. Entre Diffa et Tillabéry. On avait dit que le Niger serait le tombeau de Boko Haram, mais au lieu de cela, il ne se passe pas de trimestre, sans que des tombes nouvelles s’ouvrent et enferment des victimes civiles innocentes et de braves soldats tombés sur les champs de bataille. La présence de bases militaires étrangères qui alourdissent notre sol, leurs engins volant qui bourdonnent dans notre ciel, leurs yeux et leurs oreilles métalliques et voient et entendent tout, n’empêchent point qu’il en soit ainsi. Dans les immensités septentrionales du pays, des trafiquants d’armes, d’êtres humains et de drogue circulent et prospèrent.


Les scandales politico-financiers, les détournements de fonds et de patrimoines publics se poursuivent, se succèdent, les uns plus rocambolesques que les autres, dans l’impunité et à la barbe de la Halcia dont le boulala ne fouette que du vent pendant que les riches s’enrichissent de manière frauduleuse et que les pauvres s’appauvrissent dans une rancœur jusque-là contenue. Le paiement à terme échu des salaires n’est plus qu’un souvenir. Ils peuvent tomber au bout d’un mois interminable, ou ne pas tomber : alors on parle d’arriérés qui, eux, s’accumulent. Se nourrir, se vêtir et se soigner deviennent des épreuves pour le plus grand nombre. On a soif malgré le Niger, malgré le Gorouol, le Daragol et le Goroubi. Malgré la Sirba et la Tapoa notre soif n’est pas étanchée. Malgré les Goulbi et les Lacs nous avons soif. L’ensoleillement est exceptionnel, l’uranium est extrait, le pétrole jaillit, mais les ténèbres nous aveuglent. Malgré Gourou Banda, et Kandadji toujours annoncé mais jamais réalisé, l’électricité est chose rare et intermittente.
Et, on coule du béton, on construit à grands frais des autoroutes, là où des caniveaux manquent, là où les eaux usées et de pluie donnent aux villes des airs de marécages. On bâtit des ronds-points et des points ronds, des hôtels étoilés et des édifices insolents qui toisent les taudis dans les villes qui se veulent Sokni, Sakola, Nyala, Soga, Kolliya ou Saboua. Et on présente ces réalisations qui ne sont pas absolument nécessaires comme des exploits, et on applaudit les chefs politiques, et on n’oublie de rendre aux ouvriers et aux ingénieurs ce qui leur appartient. Et toutes ces constructions sont abandonnées à l’incurie des hommes, et aux plastiques volants qui s’accrochent, s’agglutinent à tout ce qui s’élève : arbres, poteaux, haies, édifices etc., pour l’enlaidir. Nous avons besoin d’infrastructures, sans doute, mais ces infrastructures doivent être raisonnées. Et puis, ce qui fait la beauté d’une ville, ce ne sont ni les autoroutes, ni les hôtels, mais la salubrité et les soins permanents que les citadins apportent à leurs villes.
Au milieu de tous ces risques, de tous ces dangers et de toutes les menaces, les uns s’arment d’insultes et d’injures, les autres brandissent le mensonge et la calomnie, chacun cherche à humilier et à avilir l’autre. Il se forme des clans et des assemblées de partisans, des groupes de pression et des lobbies, des partis et des partis pris qui, aveuglément défendent leurs intérêts particuliers ne songeant point que leurs intérêts dépendent de l’intérêt général qui leur est supérieur.
Les expressions de vrai peuple et de faux peuple, de vrais Nigériens et de de faux Nigériens témoignent d’une profonde rupture. La sempiternelle expression : Que Dieu sauve le Niger quant à elle, témoigne d’une résignation ou d’une démission, toutes choses que Dieu n’approuve pas, puisqu’Il aide ceux qui se lèvent résolument pour prendre leurs problèmes en charge.
Au-dessus de tous, il y a un pouvoir politique implacable qui, pour vivre, survivre et se reproduire détruit tout ce qui s’oppose ou constitue un obstacle à sa marche conservatoire. L’opposition étêtée, affaiblie par les dissidences provoquées, et les concassages meurtriers, se fait et se refait mais tarde à trouver ses marques. La société civile bicéphale est amputée de sa tête qui s’oppose. L’argent qui, plus que tout autre moyen de persuasion, sait convaincre au silence, les dossiers sales, les casseroles bruyantes, la perte des privilèges, tiennent les alliés en respect.
Cependant, tout le monde a en vue la grande année du renouvellement et de l’épreuve des urnes. Les uns s’y préparent par l’action, par la caporalisation des institutions, par la fidélisation des partisans par l’argent, par des réalisations de prestige dans la pauvreté. Les autres se préparent pour l’instant par un verbe virulent.
Mais ce que tous les acteurs : compétiteurs, partisans, partis politiques, pouvoir, oppositions et opposants, doivent comprendre, et nous tous avec eux, c’est que si ces joutes électorales ne se déroulent pas ou si elles se déroulent dans des conditions obscures, et si par ailleurs, elles sapent la paix et la sécurité du pays, alors il n’y aura pas de vainqueurs, il n’y aura que des vaincus. Les expériences douloureuses de par le monde doivent nous suggérer que ce qui est arrivé ailleurs peut arriver au Niger, et doivent par conséquent nous inciter à protéger notre pays.
Que les puissants et les faibles, les insulteurs et les offenseurs, les partisans et les citoyens, les partis et leurs alliés, les électeurs et les candidats, se ravisent car, dans un Niger sans paix ni sécurité personne ne peut exercer son rôle et/ou son métier.
Plutôt que de se disputer, de tirer le linge chacun de son côté, et de le déchirer, il vaut mieux le laver ensemble afin de pouvoir s’en couvrir, pour ne pas être nus.

Farmo M.
13 juillet 2018
Source : https://www.facebook.com/moumouni.farmo

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