FRANÇAFRIQUE : La France, le Niger et sa loi de finances

Le combat pour la restauration de la démocratie nigérienne doit se faire au Niger et non en FranceLes socialistes nigériens, face à leur incapacité à gouverner n’avaient trouvé mieux pour survivre politiquement qu’à aliéner notre souveraineté en s’inféodant à la tutelle occidentale, faibles en face de l’amitié de Hollande pour ne pas savoir faire le choix de la nation et de ses intérêts. Il est ainsi arrivé que les socialistes ne puissent même pas se faire confiance ; ne puissent pas croire en leurs potentialités, a fortiori aux compétences des autres Nigériens. Alors que pendant longtemps, ils avaient crié, faisant partout entendre qu’ils incarnaient l’intelligentsia du pays, portant un discours anti-impérialiste, vantant « l’Illimisme » qui serait le label par lequel ils se définissaient pour faire croire qu’ils seraient l’élite intellectuelle seule capable de sauver le Niger. A l’épreuve du pouvoir, on les découvre alors incapables : non seulement ils perpétuaient les mêmes tares décriées, faites de corruption, d’exclusion, de médiocratie, de clanisme mais surtout, l’on découvrit la carence notoire de compétences en leur sein pour faire avancer un pays dont les défis ont fini par les submerger. Partout où leurs cadres avaient servi, ils n’avaient excellé que dans la prévarication, la concussion, le désir vorace de faire fortune. Ainsi, occupant tout l’espace pour ne concéder à des alliés- otages que quelques strapontins où ils sont surveillés pour ne pas avoir à profiter de leurs situations, ils finirent par saccager l’État aujourd’hui complètement en faillite, au bord de la banqueroute, vivant au jour le jour. Voguant sur des eaux troubles depuis des années, pour espérer se tirer d’affaire, complexés et paniqués, ils ont dû faire recours à l’expertise française pour s’élaborer une loi de finances, un texte hors norme qui n’a rien de compatible avec les réalités nigériennes totalement occultées dans les analyses qui l’ont fondé. C’est à juste titre alors que les Nigériens se sont inquiétés et se sont conséquemment levés pour combattre une loi qui ne devrait pas leur faciliter la vie quand, déjà, depuis l’avènement de ce socialisme contrefait, ils n’arrêtent pas de tirer le diable par la queue. Il se trouve que ça grogne déjà beaucoup dans le pays à cause de la précarité ambiante, de la paupérisation croissante quand les princes érigent partout des édifices insolents, signes ostentatoires de nouveaux parvenus qui se sont rapidement enrichis, abandonnant le peuple à lui-même,amorçant inexorablement sa descente aux enfers.

Au départ, le régime avait minimisé la fronde sociale contre sa loi de finances, et a dû vite se rendre compte, après que Massaoudou, fier lors de la marche de soutien artificielle pour soutenir la loi controversée, ait cru hâtivement que le débat était clos pour avoir mobilisé une foule vénale et hypocrite, qu’il fait face à des colères profondes et ce d’autant plus qu’après la marche de Bazoum, le peuple, à l’appel de la société civile, répondait spontanément et librement par une marée humaine qui avait déferlé dans les rues de la capitale et dans les autres capitales régionales du pays. Les mesures contenues dans la loi commandée, à la vérité, sont, dans le contexte nigérien, injustifiées et insupportables. Face à la vérité de la contestation, quand le régime ne peut continuer à supporter des factures de contremarches pour refuser d’écouter la révolte populaire, il ne peut qu’user de la force pour tenter de taire la grogne sociale, abusant de la force publique, dont une bande instrumentalisée ressemble plus à une milice au service du système qu’une force républicaine, capable de respecter son peuple en lutte. Et l’on se servit d’alibis grossiers pour interdire les manifestations et même, lorsque la société civile se croit dans son bon droit, d’user de brutalités pour mater sévèrement les manifestations et arrêter tous les leaders de la contestation sociale pour les envoyer derrière les barreaux où ils croupissent depuis plus de deux mois aujourd’hui. Le but visé, est, il va sans dire, d’étouffer la contestation. Ce que le régime croit avoir réussi, quand, il n’a eu que l’intelligence d’un timing, pour opérer ces arrestations à la veille du mois béni de Ramadan où il savait que les populations, vivant la ferveur d’un mois de miséricorde, ne peuvent qu’opter pour une trêve non négociée, commandée par les préceptes de la foi musulmane largement partagée en ce période de privation et de pardon. Mis dos au mur, quand après s’être offert la loi qui déchire actuellement, il a dû promettre à ses « maîtres » qu’il ne peut avoir de difficultés à la mettre en oeuvre, rassurant avec le score soviétique mensonger de 92% qui l’aurait porté au pouvoir, et certainement dans le but d’avoir quelques facilités avec certains partenaires et bailleurs, le régime fait désormais le choix d’avancer les yeux fermés, quitte à violenter les forces sociales et politiques, à s’écarter des bonnes manières et des principes démocratiques qui reposent sur la liberté et à jeter le pays dans des violences inouïes. L’option kamikaze semble finalement être la seule alternative pour des hommes qui n’ont jamais fait montre de sagesse et de retenue dans leur manière de gouverner. Ceux qui bavardent dans un tel contexte où le régime joue son va-tout et sa survie ne peuvent avoir leur place que dans les prisons, non dans la démocratie. Ainsi, en se servant de subterfuges, ces hommes braves qui ont fait le choix du peuple, sont envoyés aux galères, loin, dans le goulag de la Renaissance. Mais la France surtout qui a offert ses bons offices ( ?) au régime de Niamey, ne peut comprendre la lutte des Nigériens, leur refus de cautionner une austérité qu’on leur impose quand les princes doivent continuer à bénéficier de leurs privilèges. Il n’est ni moral, ni éthique, lorsqu’on est la cause du drame que vit un peuple, de vouloir que le peuple seul, paie la note et surtout lorsqu’on ne peut avoir de pudeur, à avoir un peu de respect pour son peuple, pour ne pas continuer à faire preuve d’extravagance et de démesure. Alors qu’on décrie la taille d’un gouvernement qui ne sert presque à rien sinon qu’à servir une logique de partage et de contentement, Issoufou continue à défier les Nigériens.

Issoufou en fait trop…

Peut-être mis en scelle et ragaillardi par les compliments injustes mais diplomatiques de Macron lors de son dernier séjour en France, le président du Niger peut croire qu’il a désormais, comme au temps de Hollande, les coudées franches, pour agir à sa guise, dans le mépris de ce que peuvent penser ses concitoyens. En tout cas, dès son retour du pèlerinage parisien, il allonge la taille de son gouvernement en nommant un nouveau ministre, faisant fi des critiques faites à son gouvernement, non pas seulement du point de vue des compétences mais d’abord de la taille qui ne saurait être compatible avec la situation économique qu’on décrit et qu’on met en avant pour justifier une loi de finances antisociale. Pourquoi donc les Nigériens devraient accepter des sacrifices quand ceux qui les commandent s’en dispensent ? C’est donc une telle politique de l’ostentation et de l’insouciance, de la démesure et de la défiance que soutiennent la France, l’Union Européenne, la CEDEAO et tant d’autres partenaires contre le peuple nigérien souverain. Peut-on d’ailleurs se demander si Macron qui ne peut donner des leçons, peut quand même être prêt à tout accepter dans nos pays africains, relativement à la gouvernance économique et démocratique pour accepter que des gouvernements mal élus et peu respectueux des normes de bonne gestion viennent tout le temps à solliciter l’aide extérieure, à les importuner de les soutenir ? Le contribuable français, peut-il plus longtemps, l’accepter quand ceux qui gouvernent, ne gèrent pas bien ? Sommes-nous faits que pour tendre ad vitam aeternam la main ? Merkel n’avait pas passé par quatre chemins pour exprimer son choix commandé par ces doutes d’une gestion efficiente et transparente qui fait défaut sous les Tropiques. Macron ne saurait rester plus longtemps dans l’indulgence et la démission, quand on sait que pour venir en Afrique, il avait fait le choix de certaines capitales et ce en fonction de critères qu’il s’était définis. A l’époque, le Niger semblait être sur sa liste noire. Et il n’avait pas tort. Les raisons d’État ont-elles eu raison de ses convictions et de ses choix pour être finalement ce laudateur attitré d’une gouvernance qui donne la nausée ? 

26 juin 2018
Source : Le Canard en Furie

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