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Lettre au “président de la République” Monsieur le “Président”, J’ignore les ressources et les relations que vous avez dû mettre à contribution pour parvenir à la libération des otages français, mais vous l’avez fait, avec beaucoup de fierté. Pourquoi ne

Lettre au “président de la République” Monsieur le “Président”, J’ignore les ressources et les relations que vous avez dû mettre à contribution pour parvenir à la libération des otages français, mais vous l’avez fait, avec beaucoup de fierté. Pourquoi ne pouvez-vous pas faire la même chose pour les 39 femmes et enfants de Nguelewa ?Je crois bien que vous feriez mieux de démissionner et de laisser la chance à quelqu’un d’autre de plus soucieux des préoccupations populaires de vous remplacer ; quelqu’un qui sera à l’écoute des populations nigériennes et qui comprend que gouverner, c’est d’abord écouter son peuple. Je ne suis ni surpris ni déçu par la teneur de votre discours ; encore moins par ce bilan que vous savez parfaitement très éloigné des catastrophes auxquelles vous avez abouti. Je n’en parlerai d’ailleurs pas, par respect pour la mémoire, incorruptible de ce peuple nigérien, resté debout, malgré tout ce qui a été manigancé pour le réduire à moins que rien et/ou pour le diviser, à l’image des propos orduriers de Sanoussi Jackou.

Je n’en parlerai pas par respect pour la démocratie que vous avez gravement mutilée, avec des textes taillés sur mesure, à l’instar de la loi électorale.

Je n’en parlerai pas par respect pour la justice, fondement de l’Etat de droit, mais qui est si instrumentalisée aujourd’hui au point où dont la règle principale est le deux poids, deux mesures.

Je n’en parlerai pas par respect pour les ressources minières du Niger, mises sous coupe réglée, avec de fortes complicités jusque dans votre proche entourage.

Je n’en parlerai pas par respect pour les deniers et biens publics du Niger, dilapidés et détournés à coups de milliards et dont vous connaissez parfaitement les auteurs lorsque vous ne les avez pas placés sous votre aile protectrice.

Les Nigériens, qui ont pris la peine de vous écouter, s’interrogent sur votre personne. Ils sont de plus en plus intéressés de savoir qui les gouverne. J’ai été plusieurs fois interpellé sur la question, mais ils sont restés sur leur faim puisque je suis autant déboussolé que ceux qui m’interpellent. Alors, à tous ceux qui m’interrogent, je dis la même chose : je ne suis pas mieux fixé que vous.

Monsieur le ‘’Président’’,

Vous avez déclaré, le dimanche 2 avril, que, contrairement au Nigeria qui a engagé des pourparlers avec BokoHaram, le Niger ne négociera pas avec ce groupe terroriste. Moi, je ne suis pas du tout surpris par cette déclaration iconoclaste que vous savez en faire. Je crois que vous auriez pu vous passer de cette comparaison avec la démarche entreprise par la voisin nigérian. Mon avis est clair : si vous vous êtes donné la peine d’établir cette malheureuse comparaison, c’est bien dans une perspective de marketing politique et de séduction à l’endroit des partenaires occidentaux. De toute façon, le nombre de morts, de blessés et de dégâts matériels que subit votre pays ne vous dérange pas beaucoup. Alors, si vous pouvez continuer à passer chez les occidentaux comme le partenaire le plus sûr et le plus engagé, même si vos discours et vos propos conduisent à davantage de morts, c’est tant mieux, n’est-ce pas ? Tout le monde, en réalité, a compris votre démarche. Vous voulez tellement séduire les Occidentaux par vos discours que tout le reste ne compte pas pour vous. Vous savez, ce n’est pas toujours la bonne tactique, car quoi l’on dise, les actes parlent mieux et l’on finit toujours, à force de parler, de se trahir. Si le Nigeria a cru bon de négocier avec BokoHaram, c’est probablement dans la perspective d’écourter les souffrances de ses populations, soumises à des exactions du fait de cette secte terroriste. Encore que BokoHaram n’est pas unifié. Il existe deux BokoHaram et les autorités nigériennes ont choisi de parler avec celle qui a montré des dispositions de bonne volonté. Ce n’est pas l’aile de AboubacarChekaou et vous le savez parfaitement. Ce dernier a perdu sa légitimité depuis que son autorité n’est plus reconnue au niveau de l’Etat islamique. Bref, vous connaissez mieux que moi ce dossier.

Votre décision est d’ailleurs porteuse du «kamé-kamé» que vous faites dans ce registre. Alors que vous négociez avec les membres de Boko Haram leur reddition totale et définitive en échange d’une amnistie, vous faites cette déclaration tonitruante par laquelle vous semblez privilégier la voie militaire. Je vous rappelle qu’il y a quatre ans déjà, vous avez déclaré que le Niger sera le tombeau de BokoHaram. Visiblement, vous méconnaissez totalement la réalité du terrain. À moins que, comme me l’a suggéré un ami, ce ne soit pour provoquer davantage le courroux de BokoHaram. Du reste, je relève que vous n’avez pas de constance dans ce dossier en particulier. Tantôt, vous privilégiez la voie militaire, comme lorsque vous déclariez, dimanche dernier, « qu’il n’est pas exclu que nous arrivons à une victoire face à BokoHaram sur le plan militaire » ; tantôt, vous soutenez que l’action militaire, à elle seule, ne suffit pas dans la lutte contre le terrorisme.

Monsieur le ‘’Président’’,

J’ai remarqué la même confusion dans le dossier, finalement avorté, de l’arrivée des militaires italiens au Niger. Par le fait de la France, accuse l’Italie. Les positions officielles nigériennes, non assumées au départ, ont péché par leur cacophonie. Si, donc, aujourd’hui, vous trouvez que le Nigeria a posé un acte de lâcheté en décidant de négocier avec BokoHaram, et vous savez bien avec quelle aile de BokoHaram, ce que l’on peut vous opposer, c’est que ce pays a aussitôt réussi la libération de ses filles enlevées alors que vous n’êtes même pas à un début de solution. Et puis, entre nous, est-ce que cela vous dérange vraiment ? J’ai en mémoire la libération des otages français que vous avez personnellement facilitée. J’ignore les ressources et les relations que vous avez dû mettre à contribution pour y arriver, mais vous l’avez fait, avec beaucoup de fierté. Pourquoi ne pouvez-vous pas faire la même chose pour les 39 femmes et enfants de Nguelewa ? Pourquoi ce dossier semble vous laisser si indifférent ?

Monsieur le ’’Président’’,

Pour finir, je réitère ma demande : démissionnez pour permettre au Niger de se réconcilier avec lui-même ; pour permettre aux filles et aux fils du Niger de se retrouver ; pour permettre la gestation d’un système judiciaire où la règle ne sera point ce deux poids, deux mesures ; pour permettre aux citoyens nigériens de connaître le véritable état de l’économie nigérienne et ce qu’il y a lieu de faire pour la relancer sur des bases saines ; pour permettre à l’école, complètement démantelée, de se relever ; bref, pour permettre aux enfants du Niger d’espérer un mieux-être qui semble compromis avec vous.

Mallami Boucar

11 avril 2018
Source :  Le Monde d'Aujourd'hui

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