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Lettre au “président de la République” Monsieur le “Président”, Chercher à museler la presse, par le biais des impôts, est un recours peut-être subtil, mais non-productif

Lettre au “président de la République” Monsieur le “Président”, Chercher à museler la presse, par le biais des impôts, est un recours peut-être subtil, mais non-productif J’ai écouté, le lundi 19 mars 2018, une déclaration de certains journaux de la Place et sans vouloir, pour le moins du monde, vous dire que c’est l’ultime action de tous les gouvernants qui ne supportent plus la contradiction, je constate que le maître d’œuvre est celui qui, de vous tous, a fait les frais de la liberté de presse. Hassoumi Massoudou, pour ne pas le nommer, mène probablement un combat personnel, un règlement de compte avec la presse qui l’a si bien malmené avec l’uraniumgate. Il est manifestement plein de ressentiments et son cœur, qui brûle probablement sous le feu de la vengeance, ne peut lui permettre d’avoir le discernement nécessaire pour s’apercevoir qu’il lutte contre lui-même. Il ne peut ni empêcher à la presse d’exister ni interdire à des journalistes de créer autant de journaux qu’ils veulent.

A moins qu’avec votre concours, vous modifiez la loi pour le petit plaisir de Hassoumi en interdisant la création de nouvelles entreprises de presse. Si, c’est un mandat qu’il a reçu de vous, vous feriez mieux de le retirer le plus vite possible car C’est un combat perdu à l’avance et ce n’est pas de bon augure. Pour les compatriotes qui pensent que Hassoumi porte la poisse et qu’il finit par faire foirer tout ce qu’il touche, le combat actuel qu’il mène contre la presse libre et critique traduit la «folie» qui assaille votre ministre des Finances. Essayez de lui tirer les oreilles en attirant son attention sur le fait qu’il a certainement d’autres chats à fouetter mieux que de chercher à réduire au silence quelques médias gênants. Si les médias qu’il considère comme ennemis disparaissent, d’autres naîtront sur leurs cendres. Et s’il arrive à interdire l’exercice du métier à des journalistes qui se sont déclarés comme tels, il ne pourra jamais interdire à des citoyens de s’exprimer selon les canaux et les modes d’expression qui sont à leur portée. Bref, c’est vous dire que chercher à museler la presse, par le biais des impôts, est un recours peut-être subtil, mais non-productif.

Monsieur le ‘’Président’’,

Votre ministre des Finances se ridiculise et ridiculise toute votre gouvernance. Un exemple : les dossiers relatifs aux fraudes fiscales et douanières portent sur des milliards de l’Etat évaporés et c’est à des entreprises de presse embryonnaires que l’on demande de payer des impôts adossés à des suppositions aussi ridicules que lamentables. Au lieu, donc, de contraindre ces hommes et ces sociétés parfaitement connus qui ont fait fortune en dribblant continuellement le fisc et la douane, Hassoumi veut plutôt régler des comptes personnels. Les acteurs des médias concernés ont compris qu’il agit ainsi, certes, pour assouvir son désir de vengeance, mais aussi pour servir des desseins politiques sombres. Dans le fond, on le dit votre meilleur serviteur, celui qui ne bronche jamais et qui exécute sans état d’âme tout ce que vous lui dictez de faire. Mène-t-il une mission que vous lui avez confiée ? Certains n’en doutent pas, expliquant que Hassoumi n’existe pas par luimême mais par vous. Selon eux, s’il entreprend quelque chose, c’est que vous n’êtes pas bien loin. Bref, ils pensent que, comme dans l’achat de l’avion présidentiel ou dans l’uraniumgate, Hassoumi ne fait qu’exécuter des instructions données et que l’on doit, malgré tout, observer un peu d’indulgence dans tout jugement qui le concerne. Son zèle naturel ? Il l’a eu quelque part et on n’y peut rien.

Monsieur le’’Président’’,

Les médias ne sont pas des adversaires pour tout gouvernant attaché aux principes de démocratie et de bonne gouvernance. Au contraire, ce sont des alliés de première importance qui informent, à la fois les publics et les gouvernants sur la gouvernance politique, économique, sociale, etc., fournissant ainsi à ces derniers les éléments d’appréciation leur permettant de corriger, d’améliorer et d’innover en vue d’apporter les réponses aux préoccupations des populations. Si vous essayez, d’une manière ou d’une autre, d’étouffer les médias, vous serez plus que jamais inaudible auprès de ces Occidentaux que vous tenez tant à convaincre avec des discours. Vous n’irez pas quand-même jusqu’à prétendre que vous ignoriez ce que faisait votre ministre des Finances. La liberté de la presse est un indicateur important dans l’évaluation de la démocratie. Vous n’avez aucun intérêt à vous en prendre aux médias alors que les gangsters sont légion sous votre gouvernance. Prenez-les sans état d’âme et contraignez-les à rembourser jusqu’au dernier centime. Si vous ne pouvez pas le faire, alors laissez les médias tranquilles et continuez à garantir la liberté et la tranquillité aux délinquants en col blanc qui vous soutiennent.

Monsieur le ‘’Président’’,

Permettez-moi de quitter ce sujet, pour vous dire que j’ai constaté avec soulagement que, finalement, vous avez dit NON à la base militaire italienne. Je crois que ça vaut mieux, notre pays étant en train d’être saucissonné entre puissances étrangères. C’est bien fait pour KallaMoutari qui ne sait pas tenir sa langue, déclarant qu’ils n’ont pas encore décidé de cela mais qu’ils pourraient bien le décider et peut-être même pour d’autres puissances militaires. Qu’avons-nous à faire d’une présence militaire italienne alors que la France et les Etats-Unis sont déjà là ? Je ne sais pas encore comme l’Italie a pris la tournure ultime de ce feuilleton qui la tourne en fin de compte en bourricot, ayant clamé à la face du monde qu’elle enverrait des soldats au Niger à la demande de votre gouvernement. C’est certain qu’elle ne vous donnera plus les 40% promis de l’aide globale destinée à toute l’Afrique, mais je me demande si elle ne va pas reconsidérer plein de choses.

Monsieur le’’Président’’,

Je ne peux terminer cette lettre sans vous parler de la crise à l’université Abdou Moumouni de Niamey en vous demandant ce que vous pensez franchement de cette démarche du SNECS qui est allé signer un protocole d’accord avec le gouvernement alors qu’il est précisément en conflit avec l’UENUN. Votre gouvernement a péché en se prêtant à ce jeu ridicule. N’est-ce pas un rôle de médiateur qu’il doit jouer pour rapprocher les positions et arracher aux parties un accord ? Que vaut une reprise des activités décidée par le seul SNECS ? Beaucoup de Nigériens, je ne vous le cache pas, soupçonne un complot contre l’université de Niamey, à la fois pour doucher les revendications liées au compte unique du Trésor qu’elle conteste, mais aussi pour créer les conditions d’une fermeture de ladite université. Pour ma part, je ne comprends pas qu’un si banal incident ait pu conduire à une telle situation. Je ne comprends pas que des enseignants chercheurs qui n’ont jamais levé le petit doigt pour protester contre la violation des franchises universitaires du 10 avril ayant conduit à la mort de l’étudiant Malla Bagalé, décident d’une suspension définitive des activités académiques à cause d’une agression verbale. Je ne comprends pas que l’intérêt particulier ait prévalu sur l’intérêt général. Je ne comprends pas que les activités académiques à l’université Abdou Moumouni soient compromises à cause d’un incident verbal alors que les défis sont si nombreux. Je ne comprends pas surtout que le gouvernement se taise face à cette tragédie alors qu’il a traduit Cause-Synaceb pas moins de trois fois pour grève.

Mallami Boucar  

23 mars 2018
Source :  Le Monde d'Aujourd'hui

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