Bonne Fête ! Barka Da Salah ! Wa Kayessi !

La déradicalisation en questions : Par Aboubakar K. LALO

Aboubakar Lalo Ce 31 décembre devait marquer la fin du programme d’amnistie annoncé par les pouvoirs publics pour les repentis de Boko Haram. Ce délai est finalement remis sine die en raison d’une relative dynamique vers la désistance des insurgés radicalisés, ce qui devra permettre aux indécis de franchir le pas. En effet, le 22 décembre 2016, le ministre de l’intérieur Mohamed Bazoum annonçait à Diffa la grâce pour tous les combattants qui déposeraient les armes dans un délai d’un an. Pour le moment, une centaine de redditions ont été constatées et les combattants se trouvent confinés dans le camp de déradicalisation de Goudoumaria qui servira à les désidéologiser en vue de les insérer dans la vie sociale. Comment, avec qui et pour quels résultats ?

Le Niger en entrant officiellement en guerre contre la secte Jamaat ahl sunna lida’awati wal djihad ou Boko Haram en février 2015 entendait prévenir et mettre fin aux fréquentes escarmouches qu’ils lançaient au-delà de la Komadougou, dans l’hinterland de Diffa. Le groupe de Abû Bakr Shekaw détenait déjà sous leur joug, de par les conquêtes territoriales fulgurantes, trois Etats du Nord-Est du Nigeria.

Le projet du Califat de Boko Haram s’articulait autour d’un cercle concentrique avec comme épicentre leur capitale Gwoza et la fameuse forêt de Sambissa, véritables centre de décisions de la terreur. Les marges territoriales que sont les banlieues du radicalisme constituent les zones d’approvisionnement et de repli en ce qui concerne les régions de Diffa au Niger, le Lac Tchad au Nord ; à l’Est, leurs prétentions territoriales vont des monts Mandara au Cameroun, le Mayo Sava avec vues sur la frontière tchadienne.

Trois ans après cette déclaration de guerre, l’heure est aux comptes avec la neutralisation formelle et de la déterritorialisation progressive de la secte nihiliste par les armées de la coalition de la Force Multinationale Mixte (FMM) : la menace est devenue résiduelle et les attaques sporadiques sans pour autant tendre vers la fin de l’état d’urgence et l’extinction du terrorisme actif, en atteste la toute récente attaque de Toumour [1]. Le groupe terroriste le plus sanglant au monde (22 000 morts) a engendré une génération de combattants incorporés pour diverses raisons, qui en fin de cycle voudront d’une réinsertion sociale.

A l’appel d’amnistie lancé par les autorités locales de Diffa et le ministre de l’intérieur Mohamed Bazoum, ce sont d’abord une trentaine puis 180 repentis au total qui se sont présentés au centre de transit puis acheminés vers le site de déradicalisation de Goudoumaria, à l’ouest. Près de 2000 insurgés nigériens, d’après mes recoupements, seraient embrigadés au plus fort de la puissance de Boko Haram dont l’effectif oscillait entre 15 000 et 20 000 à flux tendu.

Le nombre de repentis pourrait sembler a priori, pour le moment insignifiant voire dérisoire au vu du nombre des nigériens de la région, séduits par les sirènes du terrorisme : cette timidité du chiffre s’explique par la difficulté pour les repentis d’entamer une démarche qui peut être incomprise, voire non acceptée par les victimes ou la peur d’être poursuivi pour actes criminels.

Les territoires de la radicalité

 L’entrée en condition vers le radicalisme relève d’une complexité dans les motivations et diffère selon les populations concernées par le phénomène d’endoctrinement. Les djihadistes du Niger n’échappent aux processus ayant eu cours au Nord-Est du Nigeria, région native du mouvement Boko Haram.

En France, le CPDSI (Centre de prévention contre les dérives sectaires islamiques) de l’anthropologue Dounia Bouzar proposait une catégorisation de profils mais qui ne peut être transposable stricto sensu aux djihadistes du Sahel et de Boko Haram [2]. Ainsi chaque région du monde où sévit la menace djihadiste possède ses propres spécificités même si certains aspects peuvent être communs aux différents individus.

Dans le cas d’espèce de Boko Haram où l’essentiel des troupes provenaient surtout du Nigeria mais aussi marginalement du Cameroun, du Tchad et du niger, l’analyse nous mène vers une catégorisation des motivations avec les types d’individus suivants :

  • Les opportunistes : attirés par l’appât du gain et la vie facile vantés par la mediasphère djihadiste de Daesh en vogue sur les réseaux sociaux. Ce sont ces populations désœuvrées constituant la base des lumpenprolétariat urbain (‘in tasha, vendeurs à la sauvette, contrebandiers…), les déscolarisés (« chômeurs », jeunes des fadas), les talibés ou almajirai…

La propagande haramiste promettait aux nouveaux conscrits de fortes sommes d’argent (100 000 à 1,5 million de F) et une moto ; l’occasion de trouver des « femmes à volonté » n’est pas sans déplaire à ces célibataires aux longs cours par manque de moyens.

  • Les irréductibles avec de fortes convictions religieuses sont ceux que ceux que Bouzar appellerait Call of duty (appel du devoir). Ils appartiennent à cette classe patricienne des maitres d’écoles coraniques (mallamai), les récitants (alarama), les jurisconsultes qui maitrisent la science et le droit canon islamiques. On y retrouve dans cette catégorie, les étudiants de l’université de Maiduguri rompus à la théologie musulmane et qui se retrouvent en rupture de ban dans la secte meurtrière de Boko Haram [3]. Tous ces individus représentent la caution religieuse et morale d’un groupe dont ce n’était pas la qualité première.
  • Les djihadistes crypto révolutionnaires, qui se sont nourris de la propagande 2.0 de l’Etat Islamique et des envolées discursives de Shekaw, vouent une haine de l’Occident. Sensibles aux théories du complot ou des fake news qui inondent la djihadosphère et les réseaux sociaux, ils croient mordicus que le monde occidental veut anéantir l’Islam et lui restreindre chez lui ses libertés (en France, polémiques sur le voile islamique, menus hallal…)

Pour eux le mode de vie occidental va en l’encontre des valeurs traditionnelles musulmanes (de cette partie du Nigeria) qu’elle déstructure progressivement. L’appel à une désoccidentalisation à travers le boycott de son éducation, de son mode de vie, de son savoir et de la connaissance ou « boko haram » tire ici toute sa pertinence. Ils combattent les régimes, armées ou présumés complices des pays du front que la phraséologie djihadiste appelle tâghût, institutions séculières, qu’il faut anéantir. Ces individus peu instruits en connaissances coraniques sont plutôt dans un processus de réislamisation rendue possible par les missionnaires pakistanais du tabligh et les échanges spammiques des textes et recommandations théologiques dans les réseaux sociaux (Facebook, Whatsapp, Viber…).

  • Il existe aussi des frustrés et ceux qui ont une fragilité existentielle à compenser. Sous l’effet d’entrainement, ils s’embarquent dans une aventure dont ils ignorent les contours. Ces « embrigadés relationnels » sont souvent des collégiens et lycéens qui sont en rupture de ban avec la société, l’école et ils entrevoient déjà leurs perspectives de vie bouchées. Boko Haram offre dans ce cas l’alternative en rémunérant grassement ses affidés [4]. Ils sont considérés dans la typologie de Caupenne-Bouzar comme les porteurs d’eau entre ceux qui sont en manque d’idéal et de vrai quête de sens, situés entre les opportunistes et les reislamisés. Dans une société post-moderne, ils trouvent leur réalisation dans les subsides que sont les produits de leurs crimes et pillages. En clair, «l’insurrection du mouvement haramiste a offert des chemins de vie et des solutions pratiques à des individus. Elle a comblé un vide là où l’Etat est inexistant, quand il n’est pas destructeur ou que ses représentants se livrent à du clientélisme » (Cohen C., Le Monde, avril 2016).

Ces individus qui sont dans un processus de radicalisation subissent, une fois intégré dans les katibas, une véritable brainwashing où ils sont complètement déshumanisés. Ils perdent jusqu’à leur identité dans ce processus de désocialisation : la famille, les hiérarchies et normes sociales n’existent plus dès l’entrée dans le mouvement sectaire [5]. En commençant par l’acceptation de sa condition de djihadiste où le bien et le mal ne sont point nuancés, le djihadiste évolue dans un totalitarisme qui le pousse à passer à l’acte le plus répréhensible : ici la violence et la mort sont banalisées et l’acte terroriste est toujours justifié au nom d’interprétations fallacieuses des versets coraniques décontextualisés.

La déradicalisation est à inventer

La radicalisation est prosaïquement définie comme le processus qui conduit un individu

à rompre avec la société dans laquelle il vit pour se tourner vers une idéologie violente, en l’occurrence le djihadisme. La radicalisation apparait donc comme un phénomène complexe où interfèrent les arguments religieux et les problèmes d’intégration ainsi que de manque de perspectives dans la société. Elle n’échappe pas aussi à un certain romantisme révolutionnaire né de la propagande 2.0 ainsi que du fantasme que cette dernière diffuse dans la psychologie des apprentis djihadistes.

Tous les pays ayant subi les attaques terroristes (ou dont les citoyens ont incorporé les légions djihadistes) ont voulu comprendre, prévenir et lutter contre cette tendance à adopter des attitudes mortifères. Leur programme de déradicalisation (appelée aussi réhabilitation) vise surtout leur désistance qui, à terme favorisera leur réintégration dans la société [6]. Ainsi les mesures de prévention et déradicalisation entreprises dans les pays européens, peuvent se définir comme un processus de contre-radicalisation qui n’a pas été pour le moment, couronné de succès. La dimension psychologique ou psychiatrique du radicalisé joue un rôle central dans son engagement, allant d’esprits fragiles et complexés aux comportements plus violents dont la socialisation est difficile. Des premières radicalisations au début des années 90 et 2000 jusqu’aux passages à l’acte et sous-estimant les menaces d’Al Qaida et du Dawlat Islamiyya (Daesh), aucune mesure de contre-radicalisation n’a été prise par ces Etats malgré les rapports alarmants des services de renseignement et du contre-terrorisme. La déradicalisation ne s’est opérée seulement qu’à partir de 2012 pour la plupart de ces pays.

  • En Allemagne : après la folklorique plate-forme téléphonique (une hotline de déradicalisation pour appeler parents, imam…), le programme Hayat (vie) misait sur l’émotionnel avec l’incorporation de la famille dans le processus, la déconstruction des arguments de radicalisation, assistance psychologique et le retour à l’emploi. En 3 ans, le résultat ne fut guère probant : 36 individus sur un total de 170 étaient considérés comme déradicalisés ou en voie de déradicalisation
  • L’Angleterre peut être considérée comme pionnière en matière de déradicalisation. Après le 11 septembre 2001, Londres a institué un programme des « 4 P » : Prepare, Pursuit, Protect, Prevent » [Préparer, Poursuivre, Protéger, Prévenir] avec l’implication des différentes communautés musulmanes de GB [7]. Après rectifications du processus et la mise à contribution de djihadistes repentis pour délégitimer le discours terroriste, la méthode de déradicalisation « pro-active » basée sur le travail de terrain et des workshops sur l’islam a manifestement porté ses fruits dès 2003.
  • En France enfin, malgré l’ancienneté des signes de radicalisation dans les années 90 (attentats du métro Saint-Michel, la cavale du terroriste lyonnais Khaled Kelkal en 1995), on observe une arrivée tardive du programme de déradicalisation. Les raisons avancées plus haut expliquent ce laisser-aller. Il a fallu les massacres survenus à Charlie Hebdo en janvier 2015 et à la salle de spectacle du Bataclan en novembre 2015 pour que des initiatives privées ou d’Etat se penchent sur la question de la déradicalisation : le centre le plus emblématique, le CPDSI de Dounia Bouzar, l’un des pionniers en la matière, a essuyé des critiques sur la faiblesse du protocole mis en place et le manque d’évaluation par un organisme indépendant. D’aucuns mettent en cause le « business de la déradicalisation » après les affaires de détournement des fonds publics d’un centre, la Maison de la prévention et de la famille, dont la fondatrice Sonia Imloul sera condamnée (4 mois avec sursis). L’estocade qui marque l’échec de la déradicalisation en France, sera donnée par le rapport sénatorial E. Benbasa-C. Troendlé qui ordonne outre l’application de 10 mesures, la fermeture du seul centre (vide !) et la conclusion évoquera même le terme définitif de « fiasco complet » !

Le fin mot reviendra à l’ancien des services de renseignement et spécialiste de la question, Abou Djaffar, peu enthousiaste face aux mesures de contre-radicalisation expérimentées en France pour qui « d'un point de vue personnel, [je] ne suis pas certain que l’on parvienne pas à déradicaliser durablement la totalité des personnes qui adhèrent aux idéaux des groupes djihadistes. Une personne qui sort d'un programme de déradicalisation actuellement, vous ne pouvez pas être sûr qu'elle ne sera pas de nouveau tentée par la violence politique ». [8] Tout est dit. Ou presque ! La boutade voudrait que la seule déradicalisation qui ait vraiment réussi n’est que le propre garde-corps d’Oussama ben Laden.

3- L’expérience nigérienne de déradicalisation

Le Niger, à l’instar des autres pays concernés ou frappés par le terrorisme djihadiste a entrepris, il y a plus d’un an, un vaste programme de déradicalisation. Ce sera une reddition consentie et le ministre Bazoum assure que l’Etat « garantira [leur] sécurité en [leur] évitant toute poursuite judiciaire tout en les prenant en charge. » [9] En effet, les 177 repentis actuellement recensés étaient, après un premier contrôle dans un centre de transit, acheminés vers le centre de déradicalisation de Goudoumaria. Quant aux 1300 combattants, pris les armes à la main et qui ne sont pas sous le coup de la loi d’amnistie, ils sont jugés à Niamey, pour leur association avec une entreprise terroriste. Ces derniers bénéficieront malgré tout d’un programme de réinsertion sociale et professionnelle après exécution de leurs peines.

Le mécanisme de la déradicalisation dans la région de Diffa consiste à la mise en place d’un comité sous la supervision du préfet et composé de chefs de canton ou de village et autorités religieuses dans chacun des 4 départements de la région (Bosso, Diffa, Mainé, Nguigmi). Dans le centre de Goudoumaria, un mu’alim (marabout)dispense 3 fois par semaine des cours de théologie avant de suivre des formations professionnelles pour leur réinsertion. Même si une grande proportion des combattants peuvent être catalogués parmi les opportunistes (attirés par l’appât du gain et de perspectives de vie), un certain nombre de djihadistes ont été embrigadés par convictions religieuses librement consenties ou forcées. Même si les propos d’un repenti de Goudoumaria (embrigadés pour raisons pécuniaires) en dit long sur l’état d’esprit des djihadistes de Boko Haram : « J’ai plus appris à tuer qu’à lire le Coran ». Pour 60 000F au départ ! Mais ce programme de déradicalisation bien qu’étant dans sa première phase, doit être plus ambitieux et aller plus loin au point de devenir la référence. Les résultats tangibles ne pourront se constater dans un espace-temps de 2 ans maximum.

Le système de déradicalisation doit s’inspirer de l’expérience rwandaise avec les « gacaca », sorte d’assemblées prônant la réconciliation entre communautés [9]. A Diffa, les victimes et leurs familles qui étaient peu impliquées dans ce processus pourront faire le deuil de leurs proches dans ce face-à-face avec leurs bourreaux qui sont en position de repentir et de pardon. Les réticences et les peurs observées lors du lancement du programme par les pouvoirs publics pourront de ce fait être aplanies et dissipées par ce dispositif. Pas loin de la Commission Vérité et Réconciliation mis en œuvre en Afrique du sud post-apartheid.

Le Niger ne peut faire l’économie de cette réconciliation avec ses concitoyens coupables de motifs extrêmement graves : en Algérie, la Concorde civile en 1999 puis la Charte pour la paix et la réconciliation (2005) -initiées pour cette dernière par referendum-, par le président Abdelaziz Bouteflika avaient permis la désistance de 6 000 djihadistes et la libération de plus de 2 000 personnes soupçonnées d’être en lien avec les maquisards. C’était un geste politique fort pour ce pays musulman de privilégier la voie de la Choura et de la réconciliation. Le renvoi sine die de la date limite pour recevoir les repentis dans le centre de déradicalisation est un acte de bonne volonté de la part des pouvoirs publics face à cet épineux problème de sécurité. Le programme de déradicalisation ne peut réussir que dans la mesure où l’Etat mette les moyens financiers et matériels nécessaires à assurer l’encadrement et les formations.

Le phénomène de la radicalisation, bien qu’ancien et complexe met en évidence la fragilité psychologique et psychiatrique de l’individu jusqu’au basculement et le passage à l’acte à travers un processus violent et intimidatoire afin de créer un climat de peur et de terreur. Dans un centre comme Goudoumaria, l’expertise de ces psychologues et psychiatres permettra d’appréhender les névroses de radicalisés (souvent très jeunes) afin d’apporter des réponses pour leur éviter la récidive. De même, des groupes pluridisciplinaires spécialisés dans les phénomènes de radicalisation-déradicalisation spécifiques de nos régions sahéliennes permettront d’étudier et d’approfondir la méthode avec l’apport des psychologues, psychiatres, socio-anthropologues, géographes, chercheurs en sciences islamiques… et ainsi affiner le protocole de suivis des radicalisés.

Le problème de l’engagement djihadiste relève très souvent de dysfonctionnements économiques et d’un aménagement du territoire inégalitaire. La région de Diffa souffre de ce handicap, de part son excentration et l’existence des bassins d’emplois faibles hormis la pêche, les cultures de rente aux abords de la Komadougou et du Lac Tchad. Il en faudra d’autres activités génératrices de revenus (AGR) comme le propose aujourd’hui une Association appelée Initiative pour un Co-développement avec le Niger (ICON) et l’Association nigérienne d’Appui au Développement Durable (ANADEV) pour le projet du Moulin de l’Espoir : cette initiative des nigériens de la diaspora de France consiste à créer les conditions de développement social et économique durable en milieu rural, en dotant un groupement de femmes de la région de Diffa d’un moulin (pour un village de 1250 habitants) qui fonctionne exclusivement à base de l’énergie solaire. Ces AGR permettront de consolider le tissu économique local et de réduire l’exode massif qui s’est accentué depuis l’avènement de Boko Haram. Cette initiative des nigériens pour des nigériens doit être soutenue e largement étendue par les pouvoirs publics dans la région et au-delà. Le soleil au service de la contre-radicalisation !

Mais à une échelle plus étendue, il convient de se pencher une fois de plus sur le désastre écologique, économique du bassin du Lac Tchad, devenu au fil des années le repaire des insurgés de Boko Haram. Cet espace biogéographique hétéroclite abritant plus de 30 millions de personnes subit depuis 50 ans, un assèchement sans précèdent : de 26 000 km2 en 1964, le Lac Tchad n’est plus actuellement qu’un «fatras » de marécages de 1200 km2. La conférence internationale sur l’avenir du Lac Tchad (que nous avons toujours appelé de nos vœux) se doit d’apporter, dans les jours à venir, des réponses à la survie du Lac, de son économie et des populations buduma, arabes peuls, kanuri, haoussa… : recharge du lac à partir de l’Oubangui, moratoire sur les constructions de barrages (sur le Logone-Chari, Komadougou…), création des bassins d’emplois, programmes sectoriels de réhabilitation (éducation, santé, routes…), à défaut d’un Plan Marshall lourd, coûteux et inadapté. Pour ne pas sombrer complètement dans un extrémisme encore plus déstabilisateur.

Aboubakar K. LALO

(France)

Dernier article paru : De quoi Al-Sahrawi est-il le nom ?

Notes

[1] Le 31 décembre dernier, 25 bucherons, accusés d’être à la solde des autorités nigérianes ont été abattus par les insurgés. D’autres l’ont été à Gamboru et Maiduguri dans la même période. La dernière vidéo des imprécations de Shekaw diffusée le 2 janvier (et les preuves de vie des lycéennes de Chibok) prouve encore la capacité de nuisance de Boko Haram.

MAJ : On apprend (alors que cet article est sous presse) l’attaque, ce mercredi 17 janvier, des positions de l’armée nigérienne dans le village de Toumour (département de Bosso) : bilan lourd de 7 soldats tués, une dizaine de militaires blessés et des matériels militaires emportés. (Note de l’auteur)

[2] Voir à toute fin utile : BOUZAR (D.), CAUPENNE (C.), 2014, « Une nouvelle forme d’embrigadement des mineurs et des jeunes majeurs dans le terrorisme », Rapport du CPDSI. On y trouve des personnalités antisociales, ceux qui sont dans un délire de grandeur ou tout simplement emplies de bonté en quête d’idéal humanitaire.

{3] Maiduguri, ville religieuse incarnée par l’Emir (Shehu’n Borno) est le berceau de la secte Boko Haram créé par Muhamed Yusuf qui sera abattu par l’armée nigériane en 2009.

[4] Au Cameroun, il existe depuis plus de 50 ans, un programme de quota par concours qui favoriserait les jeunes des provinces nord dans le recrutement pour les emplois de l’Etat. Sa remise en cause a conduit ostensiblement ces individus à s’incorporer dans le mouvement Boko Haram. Le fonctionnaire (qui aura eu la chance de passer le concours) recruté pour 100 000 F se voit « concurrencer » par le djihadiste qui reçoit de 300 à 400 000 F par mois

[5] Pour Boko Haram, les hiérarchies sociales traditionnelles comme le chef (de village, de quartier) et l’imam sont considérés comme impies (taghût) puisqu’ils sont, pour Boko Haram, des agents à la solde de l’Etat séculier (impie)

[6] In « Politique étrangère », IFRI, IV-2015

[7] Avec aussi des méthodes insolites et originales comme le cas de ce champions d’arts martiaux Usman Raja qui a mis à contribution son sport pour déradicalisés des djihadistes grâce aux combats qu’il organise.

[8] Propos recueillis par France Soir 11 juillet 2017

[9] Interview RFI, 29 décembre 2016

[10] Prononcer « gatchatcha », tribunaux traditionnels mis en place dans les villages après le génocide de 1994

30 janvier 2018

Imprimer E-mail

Idées et opinions