Amères vérités : Omar Hamidou Tchana est certainement sur un fil de rasoir, victime d’une machination politique dont il connaît si bien les facettes, lui-même ayant été utilisé pour déstabiliser le Moden Fa Lumana Africa et faire mal à Hama Amadou

 Africa et faire mal à Hama Amadou. Il a défié l’autorité du parti, traîné son président dans la boue et agi de concert avec l’adversaire politique pour tramer des coups bas dont le dessein est d’enterrer le Moden Fa Lumana Africa. Et tandis qu’Omar HamidouTchana promettait monts et merveilles aux militants qui sont prêts à le suivre dans son aventure ambiguë, Hassoumi Massoudou promettait, lui, enfer et damnation à ceux qui se réclament de ce parti, allant jusqu’à les assimiler à de vulgaires terroristes qui doivent être traités comme tels. Comme tant d’autres, Assane Saïdou profite ainsi de l’aubaine et se fait hisser, à la place légitime de Dogari Oumarou Moumouni, à la tête du Conseil de ville de Niamey. La stratégie était bien pensée et Omar Hamidou Tchana se voyait pousser des ailes. Après avoir cherché, en vain, à saborder son parti pour renforcer le pouvoir qu’il diabolise aujourd’hui, il créa alors, avec d’autres comme Mohamed Imbareck et Gérard Delanne, le parti Amen-Amin, un creuset politique imaginé pour capter tous les ventres mous. Le PndsTarayya, déterminé à couler le Moden Fa Lumana Africa pour faire la preuve qu’aucun parti politique ne peut survivre en dehors de l’alliance au pouvoir et contre le PndsTarayya, accorde tous les privilèges et avantages à Omar Hamidou Tchana. A la ville de Niamey, notamment, Assane Saïdou et ses camarades du parti se livrent à un véritable wassoso, détournant des milliards de francs CFA tandis que Niamey croule sous le poids des déchets et des ordures ; que les rues manquent cruellement d’éclairage ; que les voies goudronnées sont cabossées, etc. Selon le gouvernement, Assane Saïdou a détourné plus de trois milliards de francs CFA, et pourtant il reste libre et tranquille. Non seulement, le gouvernement ne l’a pas livré à la justice, mais le Parquet aussi n’a pas cru juste et bon de le poursuivre au nom de son pouvoir, que dis-je, de son devoir, de s’autosaisir dans des cas pareils. Et lorsque les conseillers de ville ont décidé de le déchoir par une motion de défiance, c’est encore le même gouvernement qui est intervenu pour jouer aux pompiers et sauver Assane Saïdou qui est demeuré président du Conseil de ville malgré les graves défaillances, manquements et violations des textes qui lui sont reprochés.

Au nom de quoi ? Au nom de l’appartenance à une coalition au pouvoir mais surtout de la mission, peu honorable, qu’Omar Hamidou Tchana a accepté de conduire contre son ancien parti. Bref, Ladan, comme l’appellent ses proches, vit aujourd’hui le retour douloureux d’une manivelle qu’il a manipulée à volonté contre le Moden Fa Lumana Africa et son président. Mieux que quiconque, il sait, pour l’avoir pratiqué, que le rouleau compresseur est en marche et que son avenir politique est derrière lui. Il est coincé et tel un rapace pris au piège, il sait qu’il n’a plus qu’un choix à faire : faire profil bas et réaffirmer son allégeance totale à Mahamadou Issoufou, l’arbitre ultime qui peut l’épargner d’un naufrage politique inévitable, immédiat et foudroyant. En termes clairs, il est condamné à faire le choix de la «mort lente» mais sûre, en lieu et place de la «mort subite» et sans parade. De toute façon, Omar Hamidou Tchana est politiquement condamné. Il est, comme on dirait chez nous, une hyène aveugle. Elle ne peut ni continuer à vivre en brousse ni venir chercher secours et soutien au village où elle n’a laissé que des souvenirs amers, tristes et désastreux.

L’homme se sait certainement sans autre moyen de lutte contre les militants qui le contestent que de réaffirmer son statut de talibé fidèle pour Mahamadou Issoufou. Il sait que cette posture lui ôte toute cette fierté dont on l’affuble, à tort ou à raison. Mais en homme intelligent, il est probablement sûr d’une chose : ce n’est qu’ainsi qu’il pourra échapper à la «mort subite». L’échec qu’il a avalé face aux membres du Bureau politique de son parti doit être compris comme l’acceptation d’une posture d’homme défait, vaincu avant de commencer le combat qu’il a délibérément provoqué sans s’assurer qu’il dispose des moyens et des ressources pour le gagner. En acceptant de surseoir à la sanction des 14 militants qu’il a ciblés dans sa lettre du 1er décembre 2017, Omar Hamidou Tchana exprime ainsi sa défaite, sans conditions. C’est douloureux mais il va devoir faire avec l’amertume d’avoir cru en son leadership. Avec ce niet de son bureau politique, Ladan a pris brutalement pris conscience de sa fragilité extrême, mais aussi de ses grandes désillusions politiques. En échouant à faire sanctionner Assane Saïdou, Gérard Delanne et 12 autres militants pour « atteinte à l’unité du parti, tentative de déstabilisation du parti et comportement déloyal ou infamant », Ladan sait parfaitement que c’est le parti qui lui échappe ainsi au profit de l’aile politique qu’il cherchait à amputer. Car, s’il doit désormais composer, la mort dans l’âme, avec des militants qu’il a accusés de faits aussi graves et qui contestent l’exclusion d’un autre militant, Mohamed Imbareck, qu’il a ouvertement accusé d’espionnage — pour le compte de qui ?

— Ladan n’est plus qu’un faire-valoir qui va devoir boire le calice jusqu’à la lie.

Omar Hamidou Tchana est donc en fin de course politique. Mahamadou Issoufou, Mohamed Bazoum, Hassoumi Massoudou et les autres ne peuvent plus faire confiance en cet homme qui a fait ce qu’il a fait au Moden Fa Lumana Africa et à son président et qui, aujourd’hui, dans un contexte de difficultés extrêmes, est incapable de faire un choix clair. Si les Nigériens lui ont concédé le fait d’avoir démissionné de son poste — là encore ! — ils n’ont jamais, par contre, été convaincus par les motifs avancés par Ladan.

Pourquoi n’avait-t-il pas claqué la porte lorsqu’il avait découvert que, tout ministre d’État chargé des Mines qu’il était, on l’avait envoyé se promener tandis que Massoudou Hassoumi signait les minutes de discussion avec Areva ?

Pourquoi n’avait-il pas démissionné lorsqu’il avait pris connaissance de l’uraniumgate ?

De quelles valeurs et principes parle-t-il lorsqu’on peut, malgré la gravité de ces faits, accepter quand-même de rester dans un gouvernement ?

Mettons un trait sur cette histoire pour dire que « qui a vécu par l’épée, périra par l’épée.

BONKANO

12 décembre 2017
Source : Le Canard en Furie

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