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Amères vérités : Le silence des partis politiques, y compris de la majorité, à propos de la loi de finances 2018, est proprement scandaleux

Pour avoir tout pris aux Nigériens avec la suprême assurance de faire pire dans une totale impunité, les gouvernants actuels du Niger ont poussé le rubicond plus loin, trop loin, persuadés qu’ils ont inhibé, grâce à la puissance de l’argent essentiellement, toute capacité d’organisation de la société civile pour risquer d’être combattus, même lorsque cela dépend de la survie de tous les citoyens, sans distinction aucune. Ils ont carrément mis dans la balance, d’une part la survie de leur régime ; d’autre part, celle des Nigériens en tant que peuple, c’est-à-dire des citoyens ayant le droit à une vie décente, au bien-être et au respect de ceux qui ont la charge de conduire les affaires publiques. Encore que ceux qui sont à la tête de l’Etat aujourd’hui n’ont aucune légitimé véritable car issus d’un hold-up électoral qui souffre d’aucune contestation. Et c’est bien là la source et l’explication de tant d’effronterie à l’égard des citoyens ; de tant de mépris pour leurs préoccupations ; de tant de désinvolture et de hardiesse dans tout ce qui fait les malheurs de la population nigérienne. Ils agissent comme ils le font et tout le monde le sait, parce que l’essence de leur pouvoir ne repose pas sur la légitimité populaire, mais bien sur deux choses : la justice et la force militaire et paramilitaire. Ils n’ont de ce point de vue aucun retour d’ascenseur à observer vis-à-vis des populations nigériennes qui deviennent dès lors un bétail financier qu’il faut continuellement presser comme un citron, jusqu’à la dernière goutte. Ils ne travaillent plus dans l’intérêt général, mais bien pour consolider un régime. Ils ne travaillent plus pour le bien-être des populations, mais bien pour ceux qui acceptent, ensemble, de se repaître de ce pain volé et/ou arraché de force aux populations ou qui ferment les yeux devant tant d’injustice, de corruption et d’indifférence à l’endroit des citoyens qu’on abreuve de discours sans fonds.

L’ascenseur, ils savent à qui ils doivent. Ils ne le doivent même pas aux partis alliés qui ont travaillé au hold-up électoral. Encore moins aux convives, notamment au Mnsd Nassara dont les responsables ont tous les principes qui sous-tendaient leur lutte contre la gouvernance scandaleuse de Mahamadou Issoufou pour accepter en échange cadeaux, strapontins et privilèges. Dans le contexte politique, social et économique du Niger, c’est une autre haute trahison vis-à-vis du peuple nigérien. Il faut comprendre Seïni Oumarou et les siens. Pour eux, la politique, ce n’est pas cet engagement au service de son peuple, mais un jeu interminable de pirouettes visant à vous autoriser l’accès aux prébendes. L’ascenseur, disje, ils ne le doivent à personne d’autre que ceux pour qui Mahamadou Issoufou a prévu dans la loi de finances 2018 plus de huit milliards.

La loi de finances 2018, c’est simplement l’étalage de ces amères vérités : un peuple dont le bien-être importe peu aux gouvernants ; des gouvernants qui connaissent parfaitement les leviers de leur pouvoir (forces militaires, paramilitaires et justice) et une société civile, corrompue selon certains ; partisane selon d’autres. La loi de finances 2018, c’est le stade suprême de la pourriture d’une gouvernance sans d’autre idéal que la perpétuation du pouvoir actuel, avec tout ce que cela représente de perversions politiques, financières et sociales.

La plupart des Nigériens qui protestent et qui promettent de combattre la loi de finances 2018 ne se rendent pas compte que si Issoufou Mahamadou a osé plein de vilaines choses et entrepris le suicidaire projet financier de 2018, c’est parce qu’il est rassuré du silence, que dis-je, de la complicité active d’autres leaders politiques. « Issoufou Mahamadou n’est pas seul ». Il y a Hamid Algabid, Cheffou Amadou, Moussa Moumouni Djermakoye, Ibrahim Yacoubou et bien sûr le tout dernier convive, Seïni Oumarou. « Issoufou Mahamadou n’est pas seul ».

Le combat qui se profile met, donc, aux prises les citoyens nigériens qui refuseraient de se soumettre aux diktats de gouvernants qui n’ont aucune raison de revendiquer le moindre sacrifice de la part au peuple nigérien, et un régime dont les principaux tenants peuvent entreprendre des folies pour défendre les intérêts de leurs partis politiques, mais qui sont incapables de lever le petit doigt lorsqu’il s’agit du Niger et de son peuple. Ainsi a-t-on vu Ousseïni Salatou — et on sait à l’instigation de qui il l’a fait — aller à la télé pour dire leur désaccord et leur rejet de tout autre choix que celui du constitutionnaliste Amadou Boubacar Hassane à la vice-présidence de la Ceni [ndlr : Commission électorale]. Aujourd’hui, face à un enjeu de taille pour les conditions de vie des Nigériens, ils gardent le silence. C’est proprement honteux et décevant pour tous ces leaders. Ils ne méritent pas simplement de jouir des privilèges et traitements de l’État.

BONKANO

20 octobre 2017
Source : Le Canard en Furie

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