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Referendum catalan : les européens, sont-ils aussi régionalistes que les africains ?

Djibrilla Bachir, Interprète/Traducteur & Manager des Projets de la Coopération InternationaleM. Djibrilla Bachir, Interprète/Traducteur & Manager des Projets de la Coopération InternationaleIl est de notoriété publique que l'Afrique est citée comme le meilleur exemple de pomme de discorde, ou de clivage interne. Toutefois, l'Europe vient de nous voler la vedette avec ce referendum catalan qualifié d’illégal par le gouvernement de Madrid et de légitime par les autorités locales. Tout au long de mon séjour en Europe, je m'étais appuyé sur mon expérience africaine pour observer cette société occidentale qui est le fruit d'une vieille civilisation assise sur des ressorts devant servir d'une sorte de panacée sociétale. Néanmoins, mes illusions s'étaient effondrées des lors que je commençai à détecter au sein des pays européens cette mentalité africaine de sud versus nord ou de l'ouest opposé à l'est. Finalement, je m'étais rendu compte du fait que la perfection n'est pas de ce monde. Nonobstant cette conviction nouvelle, j'ai par la suite jeté mon dévolu sur la causalité du régionalisme occidental afin de déceler une quelconque similitude avec le régionalisme tel que connu et vécu en Afrique. Chez nous, les raisons avancées par les medias internationaux sont d'ordre ethnique et religieux alors qu'en réalité l'histoire africaine s'est toujours caractérisée par la diversité religieuse, ethnique et sociolinguistique ; à juste titre, un occidental ayant vécu en Afrique m'a lâché des propos qui continuent de marquer ma mémoire : « tout africain qui n'est pas polyglotte est un africain raté ».

En me détournant des arguments des medias internationaux qui savent ce qu'ils veulent, je pense que le régionalisme au sein des pays africains trouve son origine dans la manipulation de cette diversité ethnique et religieuse par le Colon qui a appliqué la stratégie de diviser pour mieux régner afin d’atteindre ses objectifs sans heurts ni accrocs tout en laissant derrière lui une Afrique meurtrie et accablée par une expérience douloureuse aux conséquences difficilement surmontables. Certes, après les indépendances, l'Afrique a connu des dirigeants qui avaient agi sous l’emprise de la Raison en s’attaquant à la racine du problème de manière pragmatique et d'autres qui ont malheureusement enfoncé le clou. Une des raisons pour laquelle certains pays ont connu des guerres civiles à l'aurore de la démocratisation du continent africain.

En revenant à la causalité du régionalisme en occident, je me suis rendu compte du fait que loin de toute considération ethnique ou religieuse, il se justifie par le clivage économique entre les régions appartenant à un seul pays dont la république ou la monarchie constitutionnelle reposent sur le modèle de l'Etat social. Les régions les plus riches qui contribuent plus, voient d'un mauvais œil le fait que l'Etat central utilise leur argent pour payer des allocations aux ressortissants d'autres régions qui refusent d’adopter un rythme et une discipline de travail pouvant créer une richesse susceptible de les mettre à l'abri de l'Etat providence. Cette réalité est palpable en Espagne ; d’où ce mélimélo entre Madrid et Barcelone qui d’ailleurs existe depuis belle lurette. Nous pouvons, en outre, citer une Belgique divisée entre les flamands riches et leurs compatriotes wallons accusés par les premiers de vouloir plus tabler sur l’aide sociale. Il est aussi plausible d’évoquer le cas de l’Italie où le nord industrialisé se bombe la poitrine devant un sud de prolétaires qui se confinent beaucoup plus dans l’agriculture. Ainsi, il est tout à fait facile de mettre en évidence le caractère objectif du régionalisme à l'occidentale alors que le nôtre est purement subjectif et demeure préjudiciable à notre progrès jusqu'au jour où les intellectuels africains décideront de se départir de leurs passions pour amener toutes les forces vives à des meilleurs sentiments afin que l'Afrique puisse occuper la place qui lui sied dans le concert des continents.

Djibrilla Bachir
Interprète/Traducteur
 & Manager des Projets de la
Coopération Internationale
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