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Amères vérités : Malgré ses difficultés, créées à dessein, la Nigelec reste le plus grand atout des Nigériens

Nigelec Malgré ses difficultés, créées à dessein, la Nigelec reste le plus grand atout des Nigériens. La céder à un privé serait synonyme d’un suicide collectif.
Les critiques fusent. Les plaintes s’accumulent. Les insultes prolifèrent et les désirs de vengeance sont de plus en plus nombreux et persistants. C’est ce moment qu’une certaine agence de régulation de l’énergie au Niger, née il y a quelques mois, initie une enquête de perception des ménages nigériens sur le travail, les services et prestations de la Nigelec [ndlr : la nigérienne de l’électricité]. Cette enquête, qui se déroulerait du 16 au 23 septembre, et qui pourrait être le tournant décisif pour la liquidation de cette société d’Etat si florissante mais que la politique désastreuse de Mahamadou Issoufou a placée dans le rouge. Aujourd’hui, la Nigelec est confrontée à de graves problèmes financiers, accentués ces derniers temps par l’ogre de Gorou Banda, véritable monstre créé, on dirait, pour asphyxier la Nigelec et la déclarer en faillite. La suite est connue. Les investisseurs véreux et les amis indélicats sont tapis dans l’ombre, prêts à devenir les nouveaux fournisseurs d’électricité des Nigériens. Gorou Banda serait alors fermée pour raison d’improductivité, des personnels seraient remerciés pour amoindrir les coûts de production tandis que des efforts seraient entrepris pour saborder le processus de construction du barrage de Kandadji. Nous n’en sommes pas encore là, mais le film se déroulera, exactement comme ça, si les Nigériens ne prennent garde. Pour le moment, on cherche à brandir les preuves du discrédit de la Nigelec comme fournisseur d’électricité. Un discrédit largement organisé et construit sur le choix scandaleux d’opter plutôt pour Gorou Banda que pour le barrage de Kandadji. Car, Gorou Banda n’est pas une erreur. C’est un choix réféléchi et assumé, contre les mises en garde des experts, notamment Albert Wright, qui a clairement averti sur la faute monumentale d’investir dans Gorou Banda. Gorou Banda n’est donc pas qu’une affaire de rétro-commissions. C’est un choix stratégique qui permet, à terme, de faire couler la Nigelec en l’endettant et en l’enfermant dans une logique d’assistée qui devient un poids insupportable pour l’Etat.

C’est donc au moment où les Nigériens sont particulièrement amers vis-à-vis de la Nigelec, incapable d’assurer la continuité d’un service public de qualité, que l’on nous balance un communiqué relatif à une enquête sur la perception des prestations de la société. Le contexte est assurément choisi à dessein. L’enquête sur la perception des services et prestations de la Nigelec n’est pas fortuite ; elle pourrait procéder d’une stratégie visant à faire dire aux Nigériens ce qui est attendu, notamment que la gestion de la Nigelec serait bancale parce qu’il s’agit d’une société d’Etat et qu’il faut nécessairement la privatiser. La chanson est connue, mais elle fait plus mouche.

Etant derrière la SEEN, on se demande si Bolloré ne serait pas encore cette histoire d’enquête sur la perception qu’ont les ménages nigériens des prestations et services de la Nigelec ? Si les Nigériens tombent dans le panneau en donnant à des prédateurs éventuels l’alibi pour précipiter la Nigelec dans l’escarcelle de ceux qui pourraient être derrière cette enquête, ils commettraient alors l’irréparable. Malgré ses difficultés, créées à dessein, la Nigelec reste le plus grand atout des Nigériens. La céder à un privé serait synonyme d’un suicide collectif. À bon entendeur, salut !

Bonkano
22 septembre 2017
Source : Le Canard en Furie

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