Forfait Albarka

Amères vérités : est-il admissible de voir dans quel état Mahamadou Issoufou et son gouvernement ont plongé l’école nigérienne ?

Est-il admissible de voir dans quel état Mahamadou Issoufou et son gouvernement ont plongé l’école nigérienne ?Hama Amadou avait averti : Mahamadou Issoufou vous mènera dans l’abîme. L’avertissement est aujourd’hui une réalité poignante qui enserre, étouffe et asphyxie. L’État est pratiquement au bord de la banqueroute totale, en cessation de paiement mais le soldat Issoufou n’en a cure. Il avance dans ses logiques suicidaires et ne semble nullement se préoccuper des conséquences sur le Niger et son. Son souci, c’est de préserver son pouvoir à tout prix. Et dans cette priorité absolue pour Mahamadou Issoufou, tout peut y passer. Ainsi face à ses choix totalement erronés, à la corruption, aux passe-droits et aux trafics en tous genres ; face aux détournements massifs des deniers et biens publics; face à l’enrichissement illicite d’une ampleur jamais égalée ; face à la pléthore de ses ministres et de ses conseillers ; face à ses échecs, Mahamadou Issoufou ne trouve rien de plus valeureux et de plus recommandable à entreprendre que de brûler ce qui reste de la maison. Il ne renvoie pas sa pléthore de ministres inutiles, mais décide de renvoyer des milliers d’enseignants dont il juge personnellement inadmissibles les performances. Il ignore ou fait semblant d’ignorer que ses performances à la tête de l’État sont plus catastrophiques, plus inadmissibles que celles des enseignants. Manquant d’humilité, il refuse d’admettre que les problèmes du Niger ont leurs sources dans ses façons de faire, notamment une gouvernance du cœur et non de la raison ; une gouvernance de partis et non de la République ; une gouvernance qui a largement fait la place à l’injustice et non à la justice, aux clans et groupes d’intérêt et non à l’État.

« Les tests effectués ont démontré des lacunes impardonnables qu’il y a lieu de corriger », a-t-il affirmé, oubliant que son gouvernement, quin’arrive même pas à faire face aux dépenses de souveraineté, est responsable de cette situation catastrophique dans laquelle se trouve le Niger. Il charge les enseignants défaillants alors que son gouvernement n’a pas été capable de conduire à bon port un projet structurant comme le barrage de Kandadji, hypothéqué du fait d’une gestion sur laquelle il y a beaucoup à dire. Il parle de lacunes impardonnables en pointant des enseignants stigmatisés sur des bases erronées alors que son gouvernement n’a même pas été capable d’épargner à l’école, cet ascenseur social qui l’a propulsé là où il se trouve, les affres de l’incertitude et de la destruction.

En portant son appréciation personnelle des résultats de l’évaluation, Mahamadou Issoufou ne cherche nullement à rendre l’école nigérienne meilleure. Si telle était sa volonté, il aurait plutôt de conduire une évaluation juste, objective et plus indiquée en situation de classe. Mais puisque son objectif, c’est de dégraisser une fonction publique que son gouvernement a gonflée de façon inconsidérée à travers des recrutements anarchiques et souvent – je dis bien souvent – illégaux, Il a cru avoir ainsi trouvé, par cette démarche insolite dans l’histoire de l’enseignement, les boucs émissaires qu’il lui faut, ses propos ne sont nullement surprenants. Est-il juste et honnête de faire payer à l’ensemble des enseignants les énormes légèretés pour lesquelles le gouvernement de Mahamadou Issoufou a demandé à l’Assemblée nationale de voter la mise en accusation de l’ancien ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, Laouali Chaïbou ? Selon des sources dignes de foi, il aurait intégré de façon frauduleuse, à lui seul, un nombre inimaginable de personnes dans les effectifs de la Fonction publique.

L’évaluation des enseignants n’a donc d’autre objectif que de rayer un nombre appréciable d’enseignants contractuels des effectifs de la Fonction publique. Par la précarité de leur situation, ils offrent le profil idéal qui permet à Mahamadou Issoufou d’enregistrer rapidement les résultats attendus. Ce sont plus de 6000 enseignants contractuels, si l’on se fie aux résultats officiels publiés par le ministère de l’Enseignement primaire, qui seront bientôt remerciés. Ne vous préoccupez pas de savoir comment l’école va fonctionner, ce n’est pas une priorité. La priorité, c’est de trouver les moyens de résorber, un temps soit peut, l’énorme déficit budgétaire occasionné par les détournements massifs de milliards que personne ne peut estimer, aujourd’hui, à sa juste dimension. Sans toucher, bien sûr, aux édifices de l’empire par lequel il gouverne. Pas de réduction de train de vie de l’Etat ; pas de réduction de la taille scandaleuse du gouvernement ; pas de renvoi massif de conseillers que l’on dénombrerait par milliers entre la Présidence, l’Assemblée, la Primature et le Cesoc. Non, ceux qui doivent payer pour les fautes commises par ceux qui gèrent, ce sont les enseignants.

Comme tous les choix de Mahamadou Issoufou, celui-ci est erroné. Il ne sert ni l’enseignement parce qu’il ne répond pas à une démarche de recherche véritable de qualité des enseignements, ni à ceux qui l’ont initiée parce qu’ils ne pourront jamais remplir leur tonneau des Danaïdes. Ils arriveront peut-être à résilier des milliers de contrats, jetant l’école dans une situation des plus dramatiques. Cependant, ils ne réussiront pas à régler la situation financière catastrophique dans laquelle ils ont précipité le Niger. Qui peut d’ailleurs parier le moindre kopeck que les résultats annoncés sont exempts de reproches d’iniquité ? Curieusement, ces résultats ne sont pas affichés, mais gardés par devers les inspecteurs et leurs services, et l’enseignant contractuel est obligé d’aller devant lesdits services pour se voir signifier le sort qui t’a été réservé. En tout cas, ça sent le roussi. Et au regard du passif lourd du régime en matière de concours, il n’y a aucune surprise à découvrir, demain, que des officiels ont donné des listes de personnes à épargner.

Est-il admissible de voir dans quel état Mahamadou Issoufou et son gouvernement ont plongé l’école nigérienne ? Ceux qui dirigent ont manifestement perdu toute boussole et tâtonnent, plaçant le Niger dans une spirale d’évènements aussi imprévisibles que redoutables. Le transfert des compétences en éducation, hydraulique, santé et environnement aux collectivités territoriales en donne les prémices.
BONKANO

14 septembre 2017
Source : Le Canard en Furie 

 

Imprimer E-mail

Idées et opinions