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Les points sur les i : Le Conseil islamique doit revoir sa copie

Les points sur i : Les leaders politiques nigériens auraient-ils détourné les deniers et biens publics pour qu’ils acceptent ce triste sort que Mahamadou Issoufou réserve au NigerLe régime de la 7e République est sans aucun doute unique dans l’histoire politique du Niger indépendant. L’Aïd El Kebir qui sera célébrée avant la fin de cette semaine est une autre occasion pour l’illustrer. Une malheureuse occasion dont le peuple nigé- rien n’a point besoin, car touchant gravement à ce qu’il a de plus cher. Pourquoi célébrer l’Aïd El Kebir samedi 2 septembre et non vendredi 1er septembre ? Cette question résume, à elle seule, la tragédie de tout un peuple dont la majorité écrasante, de confession musulmane, ne comprend pas cette décision du Conseil islamique qui a décrété que le Niger célé- brera l’Aïd El Kebir 48 heures après la station des pèlerins sur le Mont Arafat, jour qui détermine, depuis 632 selon les érudits musulmans, cette importante fête de communion et d’unité de la Oummah islamique. L’Aïd El Kebir est toujours célébrée le lendemain de l’ascension du Mont Arafat. Le Cheickh Boureima Abdou Daouda, érudit au savoir incontesté et par ailleurs conseiller au Premier ministre, Brigi Rafini, a été plus que clair. « Cette fête de Tabaski doit être fêtée mondialement le même jour dans le monde musulman car elle intervient au lendemain de la station des pèlerins à Arafa et il n’y a qu’un seul Arafa dans le monde ». Mieux, il précise qu’il ne voit pas personnellement « un autre argument qui permet de retarder la fête de la Tabaski deux jours après Arafa à part cette considération de la vision de la lune qui ne tient plus aujourd’hui puisque le jour d’Arafa est déterminé par la vision du pays dans lequel se trouve Arafa, c’est-à-dire l’Arabie Saoudite », ajoutant que « dans le passé où les gens n’avaient pas d’information précise sur la station à Arafa, chaque pays ou entité géopolitique tenait compte de sa vision de la lune de Zoul-Hidjah pour fêter le dixième jour ».

Mise à part cette mise au point de Cheickh Boureima, d’innombrables guides religieux et autres citoyens se sont répandus sur les réseaux sociaux pour exprimer leur indignation et leur révolte vis-à-vis de cette décision du Conseil islamique qu’ils qualifient d’injonction politique à laquelle ne doivent pas répondre des hommes qui ne se reconnaissent qu’à travers les dogmes de Dieu. Il faut bien dire les choses telles qu’elles sont. À l’exception du Conseil islamique dont certains membres sont notoirement connus pour leurs penchants politiciens, on ne trouve pratiquement aucun érudit musulman qui soit d’accord pour que la communauté musulmane du Niger célèbre l’Aïd El Kebir le samedi 2 septembre et non le vendredi 1er septembre. La position des membres du Conseil est en vérité délicate et aucun argument de taille ne l’explique. Alors, pourquoi décider d’une autre date alors que tout est déjà prescrit, arrêté et insusceptible de modification ?

Pour la première fois dans l’histoire du Niger indépendant, la communauté musulmane diverge profondément sur la date d’une fête dont le règlement, tel qu’établi par le rite musulman depuis 632, n’offre pourtant aucune marge de manœuvre. Pour la première fois, le syndrome sénégalais risque de détruire la belle unité de la oummah islamique au Niger. Pour la première fois, le Niger risque de connaître deux Aïd El Kebir : l’une, le vendredi 1er septembre ; l’autre, le samedi 2 septembre. Une perspective malheureuse qui aura des conséquences imprévisibles sur la cohésion sociale ; en somme, un précédent dangereux qui ne manquera pas de laisser des traces sur la pratique musulmane et l’observance des rites islamiques.

L’islam est un ciment d’unité et de cohésion de notre peuple. Il doit davantage permettre de rapprocher les communautés du Niger et non être la source de quelque division. Le Conseil islamique, qui a fondé sa décision sur une donnée qui n’a plus cours parce que désormais sans objet, doit impérativement revoir sa copie. Il ne doit pas s’arc-bouter à son décret et refuser d’ouvrir les yeux et les oreilles pour prendre la mesure de la tension. L’erreur est humaine et un des plus grands mérites du dirigeant, c’est d’écouter son peuple. S’ils acceptent de s’enfermer dans la bulle dans laquelle certaines volontés veulent les maintenir, c’est qu’ils auront décidé de faire plutôt droit à un autre dogme que ne comprendrait pas la communauté musulmane du Niger. L’erreur, dit-on, repose sur trois choses : (1) l’orgueil, qui a conduit Satan à l’état dans lequel il se trouve ; (2) l’avidité, qui a fait sortir Adam Aleyhi Salam du Paradis ; (3) la jalousie, qui a poussé l’un des fils d’Adam à tuer son frère. La mécréance naît de l’orgueil ; les péchés, de l’avidité et la transgression et l’injustice, de la jalousie.

Ces rappels, tirés des « Méditations d’Ibn Al-Qayyim », ne sont pas évoqués, ici, pour apprendre quoi que ce soit à d’éminentes personnalités du monde musulman nigérien pour lesquelles, l’on ne peut que, en d’autres temps, avoir du respect et de la considération. Ces rappels sont plutôt un cri de cœur de tous ceux qui pleurent la naissance du syndrome de la division de la communauté musulmane de notre pays.

Car, si, comme le prétendent certains, la décision de fêter samedi et non vendredi tire sa source d’une vilaine histoire de shirq, alors là… Que la volonté de Dieu soit !

Mallami Boucar

1er septembre 2017
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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