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Amères vérités

Amères vérités L’ordonnance 2010-035 est d’une clarté indiscutable : « En matière de délit de presse, la détention préventive est interdite. Le juge ne peut décerner ni un mandat de dépôt ni un mandat d’arrêt »En six ans, le nombre de citoyens interpellés, gardés à vue et/ou placés sous mandat de dépôt dépasse l’entendement sous un régime démocratique d’après la Conférence nationale souveraine. On va, ici, essayer d’en dresser un spectre : Bana Ibrahim, Gamatié Mahamadou, Abdourahamane Insar, Ali Idrissa, Maïkoul Zodi, IdéK alilou, BakariSaïdou, Malla Ary, Soumana Sanda, Issaka Issoufou, Oumarou Moumouni Dogari, Hamza Sadikou dit Algérien, Youba Diallo, Moussa Mounkaïladit Karamoulaye, Kimba Karimou, Garba Sani, Kassoum Abdoulaye, Hama Amadou, Sani Chekaraou, Sani Attia, etc. On risque sans aucun doute de noircir toute une page, voire plus. Du jamais vu depuis l’instauration de la démocratie multipartiste au Niger. Ni Mahamane Ousmane qui a inauguré cette période, ni même aucun des trois officiers de l’armée, auteurs de coups d’Etat, encore moins Mamadou Tanja qui a essayé de s’agripper au pouvoir, n’a fait vivre aux Nigériens autant d’interpellations, de gardes à vue et/ou d’emprisonnement. En vérité, le mobile de toutes ces arrestations ont un seul nœud : l’appartenance politique et/ou le refus obstiné de marcher dans des combines liées au contrôle du pouvoir ou à l’argent public. Et dans tous les cas, même des plus graves, le régime a fini par faire profil bas. C’est notamment le cas du faux coup d’Etat militaire que Mahamadou Issoufou a annoncé en personne et qui a fini par un flop. L’enquête, que Mahamadou Issoufou a dit être en cours, n’a jamais eu lieu véritablement parce que sans fond réel. Pourtant, Mahamadou Issoufou a parlé de coup d’Etat déjoué. Voici, pour les mémoires qui flanchent, ce qu’il a déclaré : « … Heureusement pour notre pays, les principaux auteurs de cette folle aventure ont échoué et ont pu être tous identifiés et arrêtés à l’exception d’un seul, actuellement en fuite. La situation est calme et sous contrôle. L’enquête, en cours, permettra d’identifier les autres acteurs et complices éventuels de ce funeste complot contre la sureté de l’Etat ». Près de deux années entières après cette déclaration fracassante, nous sommes toujours au point zéro et à l’exception du Général Salou, de son fils et du Capitaine Hamballi, tous ont été libérés en catimini, sans qu’il y ait eu le moindre procès. On ne nous dira pas quand-même que Mahamadou Issoufou, du haut de l’institution qu’il incarne et pour laquelle nous avons le plus grand respect, a raconté des histoires ? Ce qui est certain, c’est que l’accusation n’est pas soutenue et les mis en cause ont été manifestement emprisonnés durant de longs mois sans que la justice ait pu établir leur culpabilité.

C’est également le cas de Bakari Saïdou, Idé Kalilou et Malla Ary, retenus en prison depuis 16 mois sans le moindre jugement. Et c’est toujours pour le même motif : celui qui accuse ne dispose du moindre élément de preuve pour étayer son accusation. Au contraire, sa prétention est battue en brèche, d’une part, par la position de l’Union européenne qui a délivré un témoignage officiel de satisfaction à Bakary Saïdou ; d’autre part, par l’enquête de la Gendarmerie nationale et la sommation de dire à laquelle l’OPVN [ndlr : Office des produits vivriers du Niger] a clairement répondu.

Dans tous ces cas qui préoccupent Amnesty International, les personnes incarcérées ou harcelées ont pour dénominateur commun l’appartenance au petit monde nigérien qui n’accepte pas de courber l’échine devant cette violation permanente des lois, ce deux poids, deux mesures devant la justice, la corruption, les détournements massifs des deniers et biens publics, les trafics en tous genres, etc. Ce sont des acteurs politiques de l’opposition, des acteurs de la société civile et bien entendu des journalistes qui dérangent par leur propension à révéler de grandes affaires dans lesquelles l’Etat a fait les frais de la dépravation politique et morale de certaines personnalités.

Jamais, de mémoire de Nigérien, un régime n’a autant violé les lois et règlements. Jamais non plus, aucun régime n’a autant interpellé et/ou envoyé en prison autant de citoyens.C’est Amnesty International qui est surprise et choquée. Les Nigériens, eux, vivent cette injustice criarde et toutes ces perversions dans leur chair depuis des années. Dans un pays où la Constitution, la loi fondamentale n’est pas épargnée, par les tout premiers responsables, on ne peut parler que de Far West. Le plus fort impose sa loi, chasse qui il veut et emprisonne qui il veut. La Constitution, c’est eux et ils en font ce qu’ils veulent. Tant pis pour ceux qui ne sont pas d’accord. La toute dernière violation de la Constitution est signée de la main de Mahamadou Issoufou — ce n’est pas la première fois — qui a renvoyé aux calendes grecques, le 16 juin 2017, un processus électoral enclenché par la Cour constitutionnelle. Annexez à ce vilain tableau le hold-up électoral, la confiscation des libertés publiques et l’instrumentalisation des instances de gouvernance tels que le Conseil national de dialogue politique, le Conseil national de dialogue social, le Haut conseil de la magistrature, le Conseil de la République, le Conseil supérieur de la communication, etc. Que ça plaise ou pas, La 7e République a été un fiasco total.

À l’heure des comptes, puisqu’il y en aura nécessairement, des hommes, et pas des moindres, auront certainement à répondre de leurs actes vis-à-vis des lois de la République qu’ils ont, en toute conscience, piétinées et/ou triturées pour des raisons qui leur sont propres. Si, comme on nous le confie, des acteurs publics à qui la loi interdit formellement de prendre part aux joutes politiques, ne cachent même plus leur appartenance à des camps ou partis politiques, il faut alors parler carrément de pourriture sociopolitique grave. Peut-on entrevoir quelque perspective heureuse en sachant que ceux qui sont chargés de protéger la démocratie contre les dérives des politiques, de promouvoir la République en s’en tenant strictement aux lois et en les appliquant sans a priori, de faire valoir une justice équitable, impersonnelle et aveugle vis-à-vis de tous, affirment, sans gêne, qu’ils ont choisi leurs camps et qu’ils s’assument totalement ?

Le Niger de la 7e République est assurément à réformer. Le souci de préserver son image et celle de sa famille, c’est-à-dire son honneur et sa dignité ; le sentiment patriotique d’agir pour la postérité d’un pays que l’on dit aimer, ont tous volé en éclats. Même le serment (professionnel et/ou coranique) n’a pas permis d’arrêter le désastre multidimensionnel que nous connaissons. La situation est si grave que porter des valeurs dans ce pays est perçue pour une bêtise. Il y a de quoi. Car, lorsque des gouvernants détournent des milliards pour leurs comptes personnels, achètent des immeubles à tours de bras lorsqu’ils ne les font pas construire à coups de milliards, le citoyen lambda ne peut plus croire à quoi que ce soit. Or, outre les affaires de l’achat de l’avion présidentiel et des 200 milliards de l’uraniumgate, les six années du magistère de Mahamadou Issoufou ont été un chapelet interminable de scandales financiers au bout desquels l’Etat s’est retrouvé complètement ruiné.

Ces actes de prédations continuent tous azimuts (lois, deniers, biens, etc.) ont eu un impact fatal sur la fierté de nos compatriotes. Sous la 7e République en particulier, voler de l’argent, du moment où c’est l’argent public, fait partie des grands mérites. Faire passer des candidats de manière frauduleuse pour l’entrée à la Fonction publique est un droit pour ceux qui peuvent le faire et c’est celui qui le dénonce qui finit en taule. Quant aux autres pratiques illicites et illégales, elles constituent une aubaine lorsqu’on peut gagner, sans rien faire, 800 millions de francs CFA. Surtout si l’argent gagné doit servir à la présidence de la République ! Une véritable pourriture à la fois politique et morale, voire religieuse sans pareil dans l’histoire du Niger.

Aujourd’hui, il n’y a plus que deux choix extrêmes : soit, opérer une profonde catharsis de nature à inverser le cours des choses ; soit, accepter que le vice, le délit et l’égoïsme humain anéantissent définitivement ce pays. La vérité, c’est que nous sommes, certes, sur une mauvaise pente, faite de corruption, de trafics de devises et de drogue, de détournements massifs des deniers et biens publics, de fraudes en tous genres, notamment dans le cadre des concours d’entrée à la Fonction publique, de violations des lois et règlements, de leur trituration pour les adapter à des intérêts calculés, de deux poids, deux mesures dans la reddition des comptes des acteurs….mais il ne faut jamais désespérer d’un pays. Le Niger a des ressources considérables et une main d’œuvre abondante pour les mettre en valeur. Et si elles ont été mal gérées par des hommes qui ont d’autres motivations que celles de construire le Niger, l’espoir véritable peut naître de ce désastre. Les voies de Dieu sont impénétrables.

BONKANO
09 août 2017
Source :  Le Canard En Furie

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