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 Les points sur les i Désormais, les choses sont claires : le Frddr, qui a longtemps gardé le silence devant les dérives, les scandales et les violations répétées de la Constitution, relève la tête et hausse le ton. Il a tranquillement attendu que le délai prescrit soit dépassé pour faire constater que Mahamadou Issoufou a violé la Constitution en refusant d’obtempérer à l’arrêt de la Cour constitutionnelle et qu’il doit conséquemment faire l’objet d’une procédure de destitution légale, tel que prescrit par la loi fondamentale. Et pour ne point faire dans la dentelle, l’opposition politique a mis les pieds à l’étrier en mettant les institutions chargées de la mise en œuvre de la procédure de destitution face à leurs responsabilités. Mahamadou Issoufou a, certes, commis, une faute très grave en remettant en cause un processus électoral enclenché par la Cour constitutionnelle dont les arrêts ne sont susceptibles d’aucun recours et qui lient tous les pouvoirs. Seulement, ce n’est pas la première fois qu’il viole la loi fondamentale qu’il a solennellement juré, la main sur le Saint Coran, de respecter et de faire respecter. En cela, il n’y a, donc, rien d’extraordinaire qui puisse empêcher l’intéressé de dormir. C’est d’autant vrai que l’opposition politique n’a jamais réussi à le mettre dans une impasse, les actions de protestation et de contestation de celle-ci ayant été violemment réprimées, avec, parfois, des séries d’interpellations et d’emprisonnements. En outre, pour beaucoup d’observateurs, Mahamadou Issoufou peut même se permettre de brûler la Constitution sans en pâtir. Que n’a-t-il pas fait ? Qu’il ait refusé d’obtempérer à un arrêt de la Cour constitutionnelle et/ou qu’il usurpe les prérogatives de celle-ci ; qu’il dissolve même la Cour constitutionnelle ou qu’il remplace, au pied levé, la présidente de la Cour constitutionnelle, le résultat sera pareil : ceux qui sont chargés, par la République et les pouvoirs qu’elle leur confère, de l’arrêter dans ses «folies», ont décidé, depuis toujours, de fermer les yeux sur ses actes et mieux, de lui faire un boulevard pour se conduire comme en régime d’exception.

Le Frddr a dénoncé, fustigé, protesté et accusé. Il est dans son rôle. Mais, de quels moyens dispose-t-il pour donner une suite à son accusation ? Mahamadou Issoufou, à bien des égards, a depuis longtemps passé le rubicond. En exigeant d’abord son départ, tout en le qualifiant d’usurpateur, puis en l’accusant de haute trahison, le Frddr a pris date avec l’histoire. Pas plus ! Il ne peut ni contraindre l’Assemblée nationale à engager la procédure de destitution, ni utiliser un quelconque créneau pour destituer Mahamadou Issoufou qui doit certainement rigoler de cette tragédie politique du Frddr : constater la haute trahison sans être en mesure d’enclencher la procédure destitution. Ousseïni Tinni et Iro Sani veillent au grain pour étouffer toute idée de ce genre et n’hésiteront pas au besoin, à sévir, d’une manière ou d’une autre. Si la destitution de Mahamadou doit nécessairement passer par l’Assemblée nationale qui doit constater la haute trahison, la voter aux 2/3 de ses membres et le notifier à la Cour constitutionnelle, tel que le stipulent les articles 142 et 144 de la Constitution, alors, le Frdd attendra sans doute l’éternité.

Cependant, si le Frddr reste impuissant pour faire rendre gorge à Mahamadou Issoufou et donner un nouvel élan à la démocratie et à l’État de droit, il reste que personne, demain, ne peut l’accuser d’avoir refusé de jouer sa partition. Elle l’a fait, avec les moyens, républicains et démocratiques, dont elle dispose. Ces moyens, il ne peut les puiser que dans la Constitution, la Charte des partis politiques et le statut de l’opposition. Toute autre action ne peut que conforter Mahamadou Issoufou dans sa logique, c’est-à-dire, la loi du plus fort du moment. Ceux qui, par ignorance totale ou inconscience, prônent tout autre chose ne savent sans doute pas que ce serait choisir de se battre contre plus fort que soi sur un terrain qu’il affectionne.

En refusant d’obtempérer à un arrêt de la Cour constitutionnelle, Mahamadou Issoufou est désormais face à lui-même. Ce que l’on peut regretter, c’est que la Cour, paraît-il, ne peut pas s’autosaisir. C’est vraiment dommage ! Toutefois, une question demeure : la Cour peut-elle rester muette face à l’usurpation d’une de ses prérogatives ? La violation de la Constitution, particulièrement le refus d’obtempérer à un arrêt de la Cour constitutionnelle, traduit clairement le rapport que Mahamadou Issoufou a toujours entretenu avec la loi. En regardant dans le rétroviseur, on constate que son coup de poing pour exfiltrer de force Sanoussi Tambari Jackou, en garde à vue dans les locaux de la Police judiciaire, n’était pas du tout le fait du hasard. Il traduit une personnalité qui a naturellement pris les dimensions prévisibles dans une station de pouvoir. Aujourd’hui, le Niger est, donc, confronté à une problématique des plus compliquées : le chef, qui doit veiller au respect des lois, est le premier à les violer. Alors, que faut-il faire, étant entendu que l’exemple, mauvais pour la démocratie, l’ordre et la discipline, est de nature à provoquer la chienlit. Alors ?

Mallami Boucar

03 août 2017
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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