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Quelle alternative face à la décrépitude de l’administration publique nigérienne ? (Première partie)

ABDOU SADOU Soumaila 02Aucune action de développement ne peut être possible  dans un pays comme le nôtre sans une Administration Publique professionnelle, moderne et respectueuse de l’éthique déontologique. A ce titre, il n’y a  point de doute , l’Etat doit toujours s’appuyer  sur des cadres compétents, dévoués et consciencieux pour une mise en œuvre efficace et efficiente des politiques publiques pour espérer parvenir à relever les multiples défis immenses auxquels fait face notre pays dans un contexte de mondialisation. Le bon fonctionnement de l’Administration Publique est une condition sine qua none pour la réalisation de nos objectifs en tant que peuple. Cette Administration Publique doit être à même de répondre aux multiples attentes de nos compatriotes, de susciter en leur sein  l’espoir quant à la possibilité de sortir notre pays des sentiers battus.


Hélas, Aujourd’hui c’est un truisme de dire que l’Administration Publique Nigérienne  est  confrontée  à un sérieux disfonctionnement  qui menace  même son existence voire sa raison d’être. Celle-ci censée être le carburant du moteur pour le développement de notre pays, est devenue malheureusement selon la volonté de certains compatriotes fonctionnaires ou hommes politiques un véritable frein pour l’émergence de notre pays dans le concert des nations. Si nous voulons réellement redresser notre pays, donner une nouvelle orientation à celui-ci pour  lui permettre de prendre son envol, il est important d’opter pour une rupture dans les habitudes quotidiennes des travailleurs  Nigériens de la Fonction Publique. Une rupture profonde tant dans  le management que dans le rapport  de ces agents avec l’Etat et  avec le bien public.
D’abord leur perception de l’Administration Publique doit changer impérativement pour adopter une vision plus moderne de celle-ci qui consistera à ne plus voir  la fonction publique comme une place où l’on peut s’asseoir tranquillement et attendre les promotions arrivées d’elles-mêmes sans avoir à démontrer une quelconque aptitude. Ils doivent également cesser de percevoir celle-ci comme un lieu où même si l’on commet une faute il n’y a pas à s’inquiéter de toutes les façons le salaire et la retraite seront toujours assurés. Cependant, Ils doivent percevoir l’Administration comme un lieu où la compétence, l’effort, le mérite, l’excellence et  un sens élevé de servitude à l’égard de la nation sont cultivés. Chaque fonctionnaire doit se sentir investi d’une mission au service de la communauté et au-delà au service d’une cause qui transcende  tous les Nigériens, à savoir notre pays tout en abandonnant définitivement ses réflexes qui laissent croire aux usagers que le fonctionnaire Nigérien travaille  pour son propre compte ou celui de sa  famille et de ses proches.  
Ensuite, le piteux état de délabrement dans lequel se trouve  l’Administration Publique  ne peut jamais permettre à celle-ci de jouer le rôle qui est la sien afin de répondre aux attentes énormes de notre laborieux peuple. En effet, du niveau central au niveau déconcentré, on ne  parle plus de résultats ou de rendement mais s’affiche un constat amer, celui de  l’insouciance et de la  fuite en avant de presque tous les responsables  et agents et cela se traduit par le non satisfaction chronique des citoyens-usagers et l’état des services transformés souvent en services privés. L’affairisme des agents de l’Etat est criard. En effet, ces nombreux fonctionnaires affairistes passent plus de temps en dehors de leurs bureaux pour le suivi attentionné de  leurs propres affaires au lieu de se consacrer aux tâches quotidiennes de l’Administration. La Fonction Publique est devenue désormais le lieu par excellence de l’affairisme. Le lieu le plus favorable pour faire fructifier son business avec un capital gratuit. En se servant  de l’Etat beaucoup de fonctionnaires sont devenus excessivement riche, une richesse ostentatoire  qu’ils ne se gênent même pas de camoufler car étant certains de la couverture et de la compréhension des hommes politiques. Il est d’ailleurs reconnu que les plus riches de ce pays sont les fonctionnaires de l’Etat alors qu’en observant de très près les revenus de ces derniers on se rend compte de l’ampleur du pillage des ressources de l’Etat et du Peuple. Or, la fonction publique est un lieu de servitude c’est pourquoi on parle  de traitement au lieu de salaire  pour le cas du fonctionnaire. Pour remédier à cela, tous ceux qui estiment être doués dans les affaires doivent déguerpir ou être déguerpis de la Fonction Publique au nom de l’intérêt de notre peuple. Cela aura le mérite de  leur permettre de pouvoir continuer librement à faire prospérer leur business dans un autre cadre autre que celui de la Fonction Publique.
Aussi, l’un des grands maux qui mine notre Administration Publique et auquel il faut trouver très vite de solutions urgentes est  la concussion et la corruption  qui caractérisent un grand nombre de fonctionnaires Nigériens. La corruption y est étalée souvent à ciel ouvert sans que cela n’émeuve personne. Un tel état d’esprit ne peut jamais permettre l’édification d’une Administration compétitive répondant aux attentes légitimes des citoyens. Ainsi, les prestations lorsqu’elles ne donnent pas droit à des rémunérations, elles donnent droit à des versements de pots de vin. Dans cette ambiance où chaque agent qui accompli le service public  pour lequel il est recruté et rémunéré mensuellement par l’Etat et attend quelque chose en retour des usagers, l’on ne pourra  plus parler de service public. Un service public qui n’est actuellement que de nom  ou l’ombre de lui-même tellement il donne l’impression de relever du domaine  privé et ne tenant aucunement compte de l’intérêt général. La  corruption des agents de est illustrée par cette métaphore selon laquelle « il faut toujours poser un gros caillou assez lourd pour que les feuilles ne s’envolent pas ». Cette expression est courante dans les différents bureaux de l’Administration Publique  Nigérienne sans que l’on ne remarque aucune velléité des Autorités à combattre cela.  Le sens du service public semble être perdu  tant les esprits des agents sont plus préoccupés par le gain facile. L’esprit de l’agent public d’aujourd’hui est devenu extrêmement mercantile qu’il est toujours aux aguets d’éventuelles prébendes. Du planton au Ministre  chacun cherche à soutirer quelque chose aux usagers, le plus souvent de l’argent pour améliorer leur propre quotidien ou celui de leur famille exclusivement. Par exemple la signature d’un simple papier peut prendre plusieurs semaines parce que tout simplement le signataire ne trouve rien à gagner dans cette signature qui constitue pour lui un fardeau  ou une perte de temps et un désagrément à la fois. Grace à cette corruption à grande échelle les Ministres, les Directeurs Généraux et autres responsables de L’Administration Publique sont devenus si riches qu’ils ne peuvent cacher cela. Une richesse qui ne saurait être justifiée par leurs différents revenus. Ils ont cessé depuis belle lurette de travailler pour l’Etat pour servir leurs égos en usant de l’Etat et ses ressources, eux pourtant qui doivent si bien donner l’exemple en termes de servitude pour la nation. (A suivre…)

Soumaila ABDOU SADOU
Administrateur Civil

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