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Amères vérités : L’ordonnance 2010-035 est d’une clarté indiscutable : « En matière de délit de presse, la détention préventive est interdite. Le juge ne peut décerner ni un mandat de dépôt ni un mandat d’arrêt ».

Amères vérités L’ordonnance 2010-035 est d’une clarté indiscutable : « En matière de délit de presse, la détention préventive est interdite. Le juge ne peut décerner ni un mandat de dépôt ni un mandat d’arrêt »Salou Djibo, un soldat comme on en connaît, c’est-à-dire trop fier de lui et bourré de susceptibilités et de préjugés, toujours sur la défensive et la méfiance. C’est pourtant lui qui a fait adopter l’ordonnance 2010- 035 portant régime de la liberté de presse au Niger. Puis, Mahamadou Issoufou arrive au pouvoir, avec son tintamarre. Il signe la Montagne de la Table, une simple déclaration de principe qui n’apporte rien d’autre que son engagement solennel à supprimer tout ce qui peut constituer un obstacle à la liberté de la presse. Il a d’ailleurs pris sur lui de le promouvoir auprès d’autres chefs d’Etat. Malgré l’ordonnance 2010-035 et la signature de la Montagne de la Table, les journalistes nigériens n’ont jamais subi autant de misères sous Mahamadou Issoufou : brimades, bastonnades, confiscation de matériel de travail, interpellations, gardes-à-vue prolongées, mandats dépôts, etc. Comme quoi, l’habit ne fait pas le moine. Mais, au fond, rien de surprenant que les hommes de média soient traités de la sorte sous Mahamadou Issoufou. Outre que la Montagne de la Table n’est pas le premier engagement qu’il a pris mais qu’il a foulé aussitôt au pied, il reste que les témoignages de bon nombre de journalistes qu’on ne peut soupçonner d’être contre le régime en place ne sont pas pour lui rendre service. Combien ont raconté avoir été outrageusement attaqués par Mahamadou Issoufou pour avoir écrit certaines choses ? Le fait de constater que Ali Soumana a été placé sous mandat dépôt, au mépris royal de l’ordonnance 2010-035 qui stipule explicitement, en son article 67, que « En matière de délit de presse, la détention préventive est interdite. Le juge ne peut décerner ni un mandat de dépôt ni un mandat d’arrêt », est un acte prévisible, attendu et même réclamé ailleurs. N’est-ce pas l’objet du surprenant réquisitoire de notre confrère Le Républicain dans son n° 2134 du jeudi 22 juin 2017 ? Mahamadou Issoufou ne peut faire autrement. Candidat insolite qui a maintenu son challenger en prison pour battre campagne tout seul, il n’a pu pourtant être déclaré élu par la Ceni et confirmé par la Cour constitutionnelle que grâce à un hold-up électoral, Mahamadou Issoufou sait que les Nigériens lui ont tourné le dos. Les journalistes ne peuvent que se mettre dans la ligne de mire des faucons de son régime lorsqu’ils révèlent les grands complots politiques qui ont déstabilisé le Niger ainsi que les scandales qui ont saigné les caisses de l’Etat. Or, ce régime n’a pas eu et n’aura sans doute pas son égal en matière de détournements de deniers et biens publics, de trafics en tous genres (devises et même drogue), de légèretés au sommet de l’Etat ; de fraudes fiscales et aux examens et concours, etc. Bref, lorsqu’on bat pavillon « journaliste », en toute conscience et conformément aux dogmes de la profession, on ne peut susciter, dans un tel contexte, que haine et désir de destruction.

Le régime n’a, donc, surpris personne. Ce n’est pas la première fois d’ailleurs qu’un journaliste, malgré l’ordonnance 2010-035 portant régime de la liberté de la presse qui ne laisse aucune interprétation possible quant aux poursuites et à la répression des personnes responsables de crimes et délits commis par voie de presse, a été placé sous mandat de dépôt. C’est un trait de caractère du régime de Mahamadou Issoufou : les lois et règlements sont carrément bafoués et il est le premier à donner le mauvais exemple : violer la loi fondamentale, de façon délibérée et sans souci. Pas plus tard que le du 16 juin 2017, il a mis fin à un processus électoral enclenché par arrêt de la Cour constitutionnelle, violant ledit arrêt alors que l’article 134 de la Constitution est formelle : « les arrêts de la Cour constitutionnelle ne sont susceptibles d’aucun recours. Ils lient les pouvoirs publics et toutes les autorités administratives, civiles, militaires et juridictionnelles ». Mais il n’a pas fait que violer ledit arrêt ; il a également usurpé une prérogative constitutionnelle de la Cour constitutionnelle, seule institution compétente en matière électorale et constitutionnelle.

Mais, que des journalistes de la presse indépendante se réunissent pour déclarer qu’ils constatent « avec inquiétude, que certains organes de presse s’acharnent à faire un traitement très tendancieux de certains dossiers, parfois pendants devant les tribunaux tant nationaux qu’internationaux, pouvant compromettre durablement les intérêts du Niger et de son peuple », C’est vraiment lamentable. Le procureur de la République n’aurait pas fait mieux pour charger Ali Soumana. Depuis quand faire preuve de patriotisme est assimilé au silence face aux légèretés des gouvernants, à leur compromission, aux détournements de deniers publics, aux trafics de devises et de drogue, etc. ? Le dossier relatif au contentieux Africard-Etat du Niger est un véritable scandale dans lequel des responsables d’Etat ont fait preuve d’incurie totale. Il ne peut payer à la place de ceux qui ont compromis les biens et avoirs du Niger. Ali Soumana n’ fait que son boulot : informer ! En faisant cette insolite déclaration là où Reporters sans frontières et d’autres organisations professionnelles nationales et internationales exigent la libération immédiate et sans condition d’Ali Soumana, l’ANEPI confirme maladroitement que l’arrestation du fondateur du journal Le Courrier s’expliquerait par « son manque de patriotisme », un crime de lèse-majesté pour ceux qui se sentent menacés par ses investigations.

Une partie de la presse est bien consciente que la défense et la protection de la profession ne peut être que l’apanage d’abord des hommes des médias ; qu’elle a le devoir, à la fois professionnel et moral, de défendre l’application stricte de la loi qui régit la presse et que, accepter qu’un journaliste soit jugé en dehors de l’ordonnance 2010-035, c’est accepter de renoncer à ses propres droits. Et lorsqu’un homme renonce à ses droits pour faire plaisir et servir une cause comme celle qui a conduit Ali Soumana en prison, il n’y a plus rien à attendre de lui. C’est ce que l’ANEPI a fait, en se gardant de dénoncer la mise entre parenthèses de l’ordonnance 2010-035, tout en chargeant les journalistes qui ne feraient pas preuve de « patriotisme » dans le traitement de certaines informations. La déclaration de l’ANEPI est simplement une HONTE !

L’ordonnance 2010-035 est d’une clarté indiscutable : « En matière de délit de presse, la détention préventive est interdite. Le juge ne peut décerner ni un mandat de dépôt ni un mandat d’arrêt ». La détention d’Ali Soumana est conforme aux mœurs du régime : dire une faire et faire tout son contraire ; prendre des engagements que l’on ne respect jamais ; jeter en prison tous ceux qui dérangent, au mépris de la loi. Et il est prévisible qu’avec le changement des couleurs et de la musique en France, que le régime se cabre davantage, furieux de constater que le boulevard aménagé par un certain Hollande est désormais impraticable.

BONKANO

12 juillet 2017
Source : La Canard en Furie

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