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Lettre à Mahamadou Issoufou : Il sera extrêmement difficile de faire le bilan chiffré des dégâts causés par votre gouvernance.

/Issou_Conviction.jpgLe Niger baigne dans une pourriture sans égal et beaucoup de nos compatriotes estiment que vous devez sans doute en tirer les conséquences en rendant le tablier. Cela permettra, disent-ils, d’une part, de décanter la situation sociopolitique qui va de mal en pis ; d’autre part, de favoriser enfin à la justice de s’acquitter de son devoir vis-à-vis du peuple. Car, je ne vous le cache pas, vous êtes largement perçu au sein de l’opinion nationale commeétant l’obstacle n°1 à l’exercice d’une justice libre, indépendante et équitable vis-à-vis de tous les justiciables.

  De fait, une telle opinion n’est nullement déplacée, des gens ayant maille avec la justice ou se trouvant dans le collimateur de la justice ayant trouvé refuge et protection autour de vous. Les cas sont multiples mais je vous rappellerai juste le cas de cet ancien directeur général des douanes, IssakaAssoumane, notoirement épinglé par la Halcia dans une enquête portant sur des matériels divers d’un coût de plus de six milliards de francs CFA et que vous pris sous votre aisselle. En le nommant conseiller avec rang de ministre auprès de vous alors que la Halcia avait déjà ordonné le blocage de tous ses comptes bancaires, vous donniez la preuve que vous interférez bel et bien dans les affaires de justice et que le Parquet, si bruyant sur certaines affaires où il n’y a pas un chat à fouetter, ne peut malheureusement s’intéresser aux vrais dossiers de malversations et d’infractions à la loi. Faites la rétrospective du film dramatique dont vous êtes le réalisateur, le metteur en scène, le dialoguiste et l’acteur principal.

Au plan de la sécurité, des centaines de vos compatriotes  ont été fauchés par les balles de BokoHaram tandis que des milliers d’autres ont été obligés de fuir leurs terres pour échapper à l’insécurité. Ils vivent plus au centre, dans des camps de réfugiés, dans leur propre pays grâce à la bienfaisance d’organisations humanitaires internationales.

Au plan de la sécurité alimentaire, c’est le flop total, votre 3N ayant été plus une caisse de propagandevisant à capter des subsides à l’extérieur qu’un programme de développement de l’agriculture nigérienne. Le résultat est que, presque six ans après le premier discours, vous en êtes encore à des théories et des perspectives dont vos compatriotes ne voient aucun signe de réalisation. Du blabla comme diraient les journalistes.

Sur la question de l’éducation, les choses sont encore plus graves, l’école publique nigérienne étant aujourd’hui plongée dans un marasme total. Elle a rouvert ses portes en octobre passé au titre de l’année scolaire 2016-2017, mais elle ne comptabilise pas aujourd’hui plus d’un mois entier de cours. Le pilotage du système est des plus catastrophiques, votre gouvernement prend des engagements qu’il ne tient pas, les enseignants sont d’un débrayage permanent parce qu’ils ne sont pas payés régulièrement, les élèves se plaignent de conditions d’enseignement désastreux, bref l’école subit les conséquences collatérales d’une gestion cahoteuse de l’État.

Au plan financier, vous avez échoué à consolider ce que vous avez trouvé à plus forte raison le faire fructifier. En lieu et place des conseils avisés d’observateurs avisés, vous avez opté pour des actes populistes qui mettent l’État en danger. En annulant des recrutements à la Fonction publique sous prétexte de fraudes dont les commanditaires sont au sommet de l’État, confiants et tranquilles, vous donnez la preuve que vos recrutements sont anarchiques et ne répondent en réalité à aucun besoin planifié. Un pilotage à vue ! Conséquence : les caisses de l’État sont aujourd’hui vides et vous courrez aux quatre coins du monde pour chercher de quoi arrondir les fins de mois. Et bien que l’État a de la peine à subvenir à ses propres besoins de fonctionnement, vous avez un gouvernement de 44 membres auxquels il faut adjoindre la flopée de conseillers avec rang de ministre que des gens bien informés estimeraient à une soixantaine. Pire, vous passez tout  votre temps à voyager à grands frais. Je ne parle pas encore des détournements et de ces affaires scabreuses quiont permis à des individus de spolier l’État de plusieurs centaines de milliards de francs CFA.

Sur le planpolitique, vous n’avez pas pu organiser des élections transparentes et incontestées que le Niger a coutume de faire. Au contraire, il s’agit d’un véritable hold-up électoral, organisé et perpétré avec la complicité de bon nombre d’acteurs-clés du processus électoral. Ce hold-up électoral, c’est comme votre ombre. Vous avez beau cherché des artifices pour le faire oublier, il vous collera à la peau et vous précédera partout où vous mèneront vos pieds. À Doha, c’est justement le contrecoup de ce hold-up que vous avez subi dans le cadre de l’émission « Sans frontières » de la chaîne de télévision Al Jazeera. Pire, le Niger est actuellement le seul pays, en Afrique, où l’on enregistre des prisonniers politiques.

Au plan social, votre politique est désastreuse puisque vous avez préféré investir dans des choses éblouissantes plutôt que de mettre vos compatriotes à l’abri de la faim, de la soif. L’école est négligée, la santé est sujette à caution et des milliers de vos compatriotes ne doivent leur survie qu’à la générosité des organisations internationales humanitaires. Les jeunes, que vous avez recrutés pour un populisme de mauvais aloi, ont été renvoyés et ceux qui ne le sont pas encore vivent dans un statut bâtard de ni fonctionnaire ni contractuel. En un mot, votre politique sociale est un désastre.

Quant à la justice, elle n’a jamais été autant perçue comme un instrument au service du politique. Des Nigériens contre lesquels elle n’a aucune preuve croupissent en prison depuis de très longs mois tandis que d’autres dont la culpabilité est indiscutable trônent en toute liberté au sommet de l’Etat, sans crainte. Il y en a même qui, au lieu de se retrouver devant le juge, se sont vus honorés en accédant à de plus hautes fonctions. Là également, c’est un désastre et la plupart des juges le confessent en privé.

Monsieur Issoufou, la semaine passée, votre ancien directeur de Cabinet et homme de confiance, Hassoumi Massoudou, a fait un point de presse pour, disait-il, répondre aux informations publiées par Le Courrier. Je l’ai entièrement suivi et j’ai compris qu’il n’avait aucun argument à avancer pour prouver qu’il n’avait rien à se reprocher. Non seulement il n’avait pas démenti l’existence de la transaction – au contraire ! – mais il n’a apporté aucune réponse aux questions précises du Courrier. Pour rappel, je vous les restitue ici :

Pourquoi Hassoumi Massoudou s’était-il retrouvé au centre de cette transaction douteuse en lieu et place du ministre des Mines ou du directeur général de la Sopamin ?

2. Pourquoi Hassoumi Massoudou, qui n’est ni ministre des mines ni membre du conseil d’administration ou directeur général de la Sopamin doit-il apposer sa signature, d’une part sur la facture de la société Optima ; d’autre part, sur le virement bancaire en qualité de donneur d’ordre ?

3. Qui était véritablement l’ordonnateur des dépenses de la Sopamin ?

4. Pourquoi ce virement bancaire de la Sopamin à la société Optima alors qu’il n’existe a priori aucun rapport commercial entre ces deux sociétés ?

5. La société Optima est-elle réelle ou est-ce une simple société-écran chargée de capter des fonds frauduleux ?

6. Pour le compte de qui le groupe commercial d'Areva Groupe a vendu cette quantité d’uranium à la société russe EnergoAlyans, manifestement à l’insu de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ?

7.L’État nigérien aurait-il délibérément choisi de vendre son uranium dans des conditions troubles, par le biais d’Areva ou doit-on y voir une grosse arnaque ?

Pour compléter ces questions, je me demande, moi, quelle est la date précise de l’ouverture du compte bancaire BNP Paribas de la Sopamin ?

La pourriture est totale et je présume que les choses vont se compliquer davantage pour vous avec la révélation d’autres dossiers de scandales financiers. J’en ai déjà si vu que je me rends compte d’une chose : il sera extrêmement difficile de faire le bilan chiffré des dégâts causés par votre gouvernance.

Mallami Boucar.

23 février 2017
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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