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Les points sur les i : Si la politique se résume à cette vaste conspiration contre son propre peuple, alors la politique est dégoûtante

 Les points sur les iEn décidant du report de l’élection législative partielle de Maradi, Mahamadou Issoufou entend signifier aux Nigériens que la loi, dans ce pays, c’est lui et personne d’autre. Les juridictions, y compris la Cour constitutionnelle existent pour la forme et ceux qui sont chargés de les animer sont là pour amuser la galerie. Ils n’ont rien à dire que de rester dans leurs petits souliers, ayant montré avec le hold-up électoral, que leur raison d’être, c’est de meubler le décor d’un pays présenté comme une démocratie et un Etat de droit, mais dans lequel leur rôle se limite à donner le cachet attendu des actes les plus grossiers.

Le Niger, à vrai dire, n’a pas besoin de Constitution, ni d’aucune loi. Mahamadou Issoufou suffit amplement puisqu’il lui est loisible de faire ce qu’il veut, de contracter des prêts sans en référer à l’Assemblée nationale, de faire arrêter qui il veut et de l’envoyer en prison, par le biais de juges qui n’ont pas leur place à la Justice et à présent, demodifier à sa guise la loi électorale et enfin de décider de l’agenda électoral. Il a fait reporter à calendes grecques les élections locales, il arrête à présent, de façon unilatérale, le processus électoral en vue de l’élection législative partielle de Maradi. Par cet acte inqualifiable, Mahamadou Issoufou montre qu’à l’exception notable de ceux qui sont clairement opposés à sa gouvernance scabreuse, tous les autres ne sont que des larbins qu’il a sous ses bottes. Seïni Oumarou, Hamid Algabit, Moussa Moumouni Djermakoye et Cheffou Amadou doivent avoir honte. Si encore leur soutien sert à construire le Niger. Mais non, ils soutiennent un homme qui, ils le savent, a détruit l’économie nigérienne, promu des contre-valeurs au sein de la société et qui est en pleine dérive sur les plans de la justice, de l’Etat de droit et de la démocratie. Ne parlons de ces petits gueulards qui ont fait diversion avant de montrer leur vraie face, leur motivation véritable qui n’est rien d’autre que l’argent.

Gagner de l’argent à n’importe quel prix et Mahamadou Issoufou l’a compris. Et si l’acte que vient de poser Mahamadou Issoufou est inqualifiable, même de la part d’un putschiste qui a conquis le pouvoir par la force de la baïonnette, il reste que le silence acheté de tous ces gens qui sont investis d’un quelconque pouvoir d’Etat, mais qui semblent avoir vendu leur devoir d’ingratitude vis-à-vis de Mahamadou Issoufou pour se plier à ses quatre volontés, l’est encore plus. Seïni Oumarou, Hamid Albit, Cheffou Amadou peuvent-ils convaincre les Nigériens qu’ils ne sont pas corrompus par Mahamadou Issoufou ? Peuvent-ils expliquer pourquoi laissent-ils Mahamadou Issoufou poser tant d’actes de défiance vis-à-vis de la République sans réagir ? Si la politique se résume à cette vaste conspiration contre son propre peuple, alors la politique est dégoûtante.

Le Niger n’a jamais connu une telle déconfiture. Seïni Oumarou, qui s’est trouvé un job bien rémunérateur auprès de celui dont il qualifiait la gouvernance de satanique, est celui dont le cas est le plus pathétique. Affublé d’un titre loufoque, « haut représentant de Mahamadou Issoufou », il s’en tire néanmoins avec un beau pactole de 500 millions gagnés sans rien faire. En reniant ses principes et l’idéal démocratique qu’il prétendait défendre, Seïni Oumarou a sans aucun doute fourni à Mahamadou Issoufou, moyennant argent et privilèges, l’ultime clé qu’il cherchait. Hamid Algabit, lui, est un homme acquis à la cause dès le début et Mahamadou Issoufou a beau mettre le feu au Niger, il ne bougerait pas le petit doigt. Cheffou Amadou cherche à manger, en maintenant son train de vie à un niveau qu’il ne tolérera pas de perdre. Quant à Moussa Moumouni Djermakoye, il a galvaudé la mémoire de son prédécesseur de frère et assassiné en lui le soldat qu’il est pour faire naître un autre homme méconnu des Nigériens. Il n’y a rien à attendre de ces gens-là. Les partis politiques dont ils sont les leaders ? Ils les gèrent comme leurs boutiques, avec un modus operandi qui consiste à caser les plus emmerdants. C’est dans cette optique Seïni Oumarou a constitué un cabinet de 21 personnes qui n’ont rien d’autre à faire que de regarder le temps passer et d’empocher ce qui est prévu pour eux à la fin du mois.

Si, donc, Mahamadou Issoufou s’est cru en mesure de décider de l’agenda électoral comme bon lui semble, c’est qu’il sait que ces leaders politiques ne sont plus que des laudateurs cherchant à gagner quelques subsides. Ce sont eux qui ont apporté caution et encouragement à tous ceux qui, à la tête d’institutions constituant des gardefous à des dérives éventuelles à la tête de l’Etat, ont laissé faire et/ou comploté pour mettre le Niger dans cette situation désastreuse inédite. Il est évident que « Mahamadou Issoufou n’est pas seul ». Autrement, il ne pourrait pas se permettre autant d’audace et de défiance vis-à-vis de son peuple. Il a tissé autour de lui, à l’intérieur et à l’extérieur du Niger, une toile de complicités honteuses qui ont permis de démanteler la société civile et les centrales syndicales, mis les libertés publiques en veilleuse, organisé un hold-up électoral, instrumentalisé la justice, etc. Le Niger de Mahamadou Issoufou est tout simplement une HONTE.

Mallami Boucar

23 juin 2017
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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