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Des manuels de français : Le langage au CI-CP.

Ecole-NigerAvant d’entrer à l’école l’enfant nigérien ne sait parler que sa langue maternelle. Certains ne connaissent aucun mot de langue française à leur inscription à l’école.
L’enseignement du langage à l’école, devient alors le moyen par lequel les élèves commencent à apprendre le français langue d’enseignement.
Depuis l’avènement des nouveaux programmes, cet enseignement se fait sur la base de dialogues préconstruits dans un document appelé guide du maître.
La démarche pédagogique consiste à préparer le dialogue dans son intégralité par l’intermédiaire d’élèves complices. A l’heure de la séance de langage, les élèves complices présentent le dialogue dans son intégralité  devant leurs camarades de classe. A la deuxième séance, c’est la première partie du dialogue qui sera présentée et mémorisée par les élèves suite à des répétitions successives de la séquence. La troisième séance sera consacrée à la présentation et à la mémorisation de la deuxième partie du dialogue. Pour les séances suivantes, les parties du dialogue seront reprises et enrichies de mots et expressions nouvelles sous forme de micro-conversation.

Après trois décennies de mise en œuvre de cette démarche, le constat qui se dégage est que les élèves nigériens par rapport au passé, s’expriment mal en français. En effet, les compétences langagières des élèves en français n’ont jamais été aussi faibles que ces dernières années.

Les causes de cet état de fait peuvent être multiples, mais, il y a lieu d’indexer d’abord les conditions de l’apprentissage de la langue à l’école. En effet, rien, mieux que les conditions d’enseignement, ne puissent expliquer, la faible performance des élèves en expressions langagières en français. Car aujourd’hui, le français a beaucoup plus d’interlocuteurs au Niger qu’il y a trente ans de cela, ce qui laisse dire en substance, qu’il existe de nos jours plus de possibilités aux élèves de communiquer en français quel que soit leur milieu de vie et d’études.

En matière d’apprentissage d’une langue, l’expérience nous montre cependant, qu’elle se fait de manière spontanée lorsqu’il s’agit de la langue maternelle. L’enfant dès sa naissance communique avec sa mère et son entourage qui lui parlent une langue qu’il ne comprend pas certes, mais dont les vibrations sonores des mots et expressions sont enregistrées dans son système cognitif à travers l’ouïe. Au fur et à mesure de son développement physiologique, il se développe aussi les capacités auditives et cognitives de l’enfant par rapport la réception des vibrations sonores et leur traitement cognitif.

On peut dire, qu’il y a une phase d’incubation où l’enfant enregistre des sons, des mots et expressions de la langue de son du milieu de vie. Après une phase d’essais-erreurs, l’enfant parvient à prononcer quelques mots, puis de groupes de mots et phrases autour de dix- huit mois à deux ans. Entre deux et trois ans, on assiste à une explosion étonnante de l’expression orale chez l’enfant. Mais pour en arriver là, il a fallu un temps d’incubation de sons des mots et expressions venant de son environnement linguistique, appelé bain linguistique. C’est donc, ces mots et expressions dont dispose l’enfant qui constituent son répertoire de référence, dans lequel il puise lorsqu’il a envie de communiquer avec son milieu.

Par contre l’apprentissage du français à l’école fait fi de tout ce processus et de cette nécessité de constituer d’abord un répertoire de mots et expressions de la langue, avant que l’élève ne soit compétent à les combiner pour s’exprimer en fonction des situations de communication orale qui se présentent à lui.

A l’école, l’apprentissage de la langue commence directement par des répliques langagières préétablies et uniques pour tous les élèves du Niger en classe de CI et de CP. Ces répliques n’ont aucun lien avec les références linguistiques connues des élèves. Autrement dit, les élèves ne possèdent d’avance aucun mot de vocabulaire ou d’expression sur la situation de communication qui fait l’objet de séance de langage. Ils doivent tout apprendre (mots et expressions), mais à partir de rien, à travers la situation de communication constituée de répliques préétablies.

Les mots et les expressions du dialogue deviennent ainsi un îlot langagier que certains élèves se donnent par plaisir à répéter comme des   perroquets. L’absence de tout bain linguistique fait que les compétences des élèves à communiquer en français s’estompent dès que la séance de langage prend fin.

Il est tout de même étonnant qu’on puisse dire que pour apprendre une langue, il faut partir des expressions prescrites à faire répéter et apprendre par cœur à tous les élèves en y ajoutant progressivement des mots et expressions nouveaux. Ce faisant, on doit s’attendre qu’au bout d’un certains temps d’apprentissage, que tous les élèves sachent parler français en faisant usage des mêmes mots et des mêmes expressions ; ce qui serait tout de même aberrant.

La langue ne s’apprend pas à notre avis comme on apprend les mathématiques. En effet, en mathématiques les vérités scientifiques restent les mêmes pour tous. En langage chacun communique avec les autres en choisissant ses mots et expressions en fonction de la situation pour se faire comprendre. Il n’y adonc pas lieu dans l’apprentissage d’une langue à faire répéter les mêmes répliques par tout le monde.

Nous avons voulu faire ces remarques sur l’enseignement apprentissage du langage afin de mettre l’accent sur la nécessité de repenser l’enseignement de cette matière à l’école primaire, notamment au CI –CP.

Sans adopter totalement les «  méthodes tranchart », nous pensons qu’il faut réorganiser l’enseignement du langage en commençant par créer autour des thèmes familiers aux élèves un bain linguistique. C’est -à-dire, faire apprendre de façon plus ou moins spontanée des mots et expressions se rapportant au thème choisi. Lorsqu’on aura étudié les thèmes proches de milieu de vie de l’enfant, il aura constitué lui-même, un répertoire riche en mots et expressions de la langue.

Lorsque les mots et expressions existent, il serait en ce moment, opportun d’imaginer des situations de communication orales et   ayant trait aux réalités de vie du milieu des élèves. C’est à cette condition que les élèves seront capables de communications véritables, où ils auront à puiser dans leurs répertoires, des mots et expressions pour s’exprimer. De même, ils seront aussi capables de continuer à s’exprimer en dehors de l’école avec leur entourage (camardes, aînés, parents, etc.) Si après l’école, l’enfant ne peut pas communiquer ou n’aime pas communiquer avec son entourage en français, l’enseignement aura raté son but, car les compétences langagières ne peuvent se développer à partir seulement des occasions de communication qu’offrent les séances de langage à l‘école.

ALI ISSA WILLY/ inspecteur de l’enseignement primaire

24 mai 2017
Source : La Nation

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