Enseignants-chercheurs, étudiants et personnels administratifs et techniques en colère contre le gouvernement : L’école publique nigérienne sacrifiée sur l’autel d’intérêts sordides

L’école publique, pour les étudiants nigériens, est sans aucun doute le plus grand échec de Mahamadou Issoufou. Régulièrement en crises multiformes, essentiellement par faute d’argent, l’école nigérienne, depuis plus de huit ans, connaît une sorte de descente aux enfers sans précédent. Après tous les débrayages et arrêts de travail qui ont rendu l’année académique clocharde, voilà que ça recommence. Cette fois-ci, ce sont pratiquement tous les acteurs qui sont en colère contre le gouvernement, soupçonné de chercher à faire des économies sur le dos de l’école afin de financer le processus électoral auquel les partenaires financiers extérieurs hésitent à prendre part. L’Union des scolaires nigériens, le conseil général de ses sections extérieures (CGSE), le Syndicat des enseignants chercheurs (SNECS), les personnels administratifs et techniques (PAT), tous sont sur le pied de guerre.

Dans une déclaration rendue publique le 9 septembre 2019, la CGSE, qui a dénoncé et stigmatisé la gestion de l’école par le gouvernement, a tiré à boulets rouges sur l’Agence nationale d’allocation des bourses (ANAB). Revendiquant l’information de l’ANAB, la CGSE revendique le paiement des bourses d’études des mois de janvier, février et mars 2018-2019 dans un délai d’une semaine à compter de la date de la déclaration. Elle exige également le paiement des MCO des étudiants en fin de formation au titre de 2016-2017 et 2018, tout comme le remboursement immédiat des arriérés des frais de scolarité et des frais d’inscription. Pour rendre compte de la gravité de la situation, la CGSE indique que les étudiants nigériens au Burkina Faso totalisent aujourd’hui trois ans d’arriérés tandis que ceux du Sénégal, à l’université Cheikh Anta Diop, ont été délogés de leurs chambres par le centre des oeuvres universitaires pour cause de non paiement des frais y afférents par l’Etat nigérien.

À cette déclaration, l’USN a fait écho les jours suivants, fustigeant la façon, alambiquée, dit-elle, dont la rentrée académique 2019- 2020 est préparée, le non paiement de la bourse du deuxième trimestre et du troisième trimestre par l’ANAB ainsi que de l’aide sociale 2019. L’USN, qui a dénoncé la non-satisfaction de sa plateforme revendicative générale pourtant déposée à la primature, au MESRI, au ministère des Enseignements secondaires et au ministère de l’Enseignement professionnel, a rappelé la lettre numéro 002 adressée au président de la République du Niger et la lettre 003 adressée au Premier ministre du Niger, pour leur faire état de leurs préoccupations et de leurs angoisses. Et c’est en toute logique que le Comité directeur (CD) a énuméré un certain nombre de revendications dont, entre autres, le paiement sans condition de la bourse du deuxième trimestre, de la 3e bourse dans les universités publiques du Niger et le paiement des allocations et pécules ; le rétablissement de la situation salariale des enseignants-chercheurs et chercheurs du supérieur, des PAT, dans les universités publiques, ainsi que des enseignants du secondaire et des écoles professionnelles et instituts publics.

De leur côté, le SNECS et le SYMPATUAM ont déclenché un mouvement d’humeur pour protester contre le non-respect de leurs salaires à terme échu. Dans un préavis de grève de 48 heures pour le lundi 16 et mardi 17 septembre 2019, le syndicat des personnels administratifs et techniques a déclaré exiger le paiement sans délai du salaire d’août 2019 et la régularité dans le paiement de salaires. Quant au SNECS, il s’est farci d’une déclaration à l’occasion du 6e conseil syndical ordinaire, tenu les 8 et 9 septembre 2019. Dans cette déclaration, les enseignants chercheurs déclarent exiger du gouvernement le respect strict du protocole d’accord du 23 mai 2019, notamment l’ouverture des discussions sur la modification de la loi adoptée le 18 avril 2019, la fin de la politique d’asphyxie financière des UPN, traduite par l’insuffisance des subventions allouées aux UPN, le retard du paiement des salaires et des autres droits statutaires ainsi que le retrait, sans délai, des universités publiques nigériennes du régime du compte unique du Trésor.

Pour le moment, ces déclarations multiples et presque simultanées, sont restées sans suite. Le gouvernement, qui n’a encore réagi à aucune de ces déclarations, semblant avoir opté pour une indifférence totale vis-à-vis de ces récriminations. Il met ainsi de l’eau au moulin de ceux qui disent qu’il cherche des économies sur l’école afin de combler le gap financier important occasionné par la réticence des partenaires extérieurs à mettre la main à la poche pour l’organisation des élections prochaines. Pour mémoire, un enseignant- chercheur qui a requis l’anonymat indique que le gouvernement n’a concédé à l’UAM que sept milliards de francs CFA alors que les salaires, tous seuls, font exactement ce montant. Comme quoi, il y a de l’électricité dans l’air.

Laboukoye  

15 septembre 2019
Source : Le Courrier

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