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Tillabery enseignement primaire au Niger : Le référentiel de la formation a l’école normale

La formation à l’école normale repose sur un référentiel appelé programme d’études des écoles normales d’instituteurs (ENI). En d’autres termes, un référentiel de formation laisse supposer que la programmation, la planification et la mise en œuvre des enseignements -apprentissages plus les stratégies, les méthodes et techniques qu’elle implique se réfèrent tous aux indications portées dans le programme. A ce tire, l’implantation effective de tout programme dépend des capacités des utilisateurs à l’interpréter de façon efficiente.

C’est donc, cet exercice d’interprétation du référentiel qui a été le menu de notre 4ème mini- CAPED.
Mais avant de passer aux résultats de l’interprétation proprement dite du programme d’études, certaines remarques nous paraissent nécessaires à évoquer.

1-Le programme d’études (curriculum) des ENI comme tous les programmes d’enseignement est un texte normatif à l’instar de la constitution d’un pays.

2- Les institutions de tout état démocratique doivent fonctionner sur la base de la constitution à travers des textes d’application, de même le programme d’études doit être implanté à travers des textes d’application que sont les modules de formation.

3-Lorsqu’il y a des projets d’élaboration ou d’application des textes, on fait recours à la constitution, tout comme on doit faire recours au programme d’études, lorsqu’on a un projet d’élaboration de modules de formation.

4-Aucune gouvernance n’est réglementaire en dehors de ce que dit la loi fondamentale, tout comme toute formation à l’intention des élèves- maîtres doit s’inscrire dans la logique du référentiel qu’est le programme d’études.

5-Le programme d’études doit être la référence à la conception, à l’élaboration et à la mise en œuvre de tout processus de formation des élèves- maîtres et dans toutes les disciplines enseignées à l’EN.

Interprétation du programme d’études.

L’interprétation du programme va porter fondamentalement sur les principes fondamentaux comme cela se passe sur les articles avec la constitution.

Ainsi, le premier principe de base qui veut que la formation des enseignants soit une formation professionnelle commence par ce qui suit : « la formation dans les EN doit préparer au métier d’enseignant, c'est-à-dire doter les élèves maîtres de compétences nécessaires pour faire classe avec efficacité. Un tel principe suppose l’identification et la sélection des compétenceset des ressourcesqui s’intègrent dans ce projet. Il s’agira par conséquent d’identifier les rôles et fonctionsque l’enseignant devra exercer et les tâches qu’il devra exécuter dans la pratique du métier ainsi que les compétences nécessairesdans l’exercice de ces rôles ou de ces fonctions. »p.5

L’interprétation de ce passage du premier principe, nous amène à dire que, la première tâche dans la formation consiste d’abord à identifier les compétences qui relèvent de la formation. Ces compétences ont été annoncées et présentées en tête des tableaux de compétences présentés dans le programme d’études. C’est ainsi qu’on distingue quatre compétences du domaine de l’enseignement à savoir : planifier, construire, mettre en œuvre et évaluer. Deux compétences relatives à l’administration et à la gestion et trois compétences se rapportant à la maîtrise des contenus à enseigner à l’école primaire ; soit au total 9 compétences.

Le même principe parle aussi de ressources qui s’intègrent dans le projet de préparer les élèves maîtres au métier d’enseignant. Ces ressources sont annoncées dans la troisième colonne des tableaux des compétences. Elles concernent les savoirs, les savoir-faire et les savoir-être que le formateur doit savoir mobiliser au cours de la formation pour former les élèves maîtres au métier d’enseignant.

Après les ressources, le principe fait cas des rôles, fonctions et tâches à exercer ou à exécuter dans la pratique du métier. Ces aspects sont présentés dans les tableaux des compétences à la deuxième colonne. Cette colonne peut être assimilée d’ailleurs au référentiel métier. En fin pour chaque rôle, fonction ou tâche correspond une composante de la compétence ou sous-compétence portée dans la première colonne des tableaux. Voilà comment cette partie du premier principe est matérialisé à travers les tableaux des compétences.

La suite de ce premier principe signale que : « dans cette perspective, le processus de formation doit se fonder sur une approche interdisciplinaire. Toutes les disciplines enseignées à l’école normale doivent converger vers un objectif unique, doter l’élève maître de compétences nécessaires pour faire classe. » p.5

En ce qui concerne l’interdisciplinarité, cela est présenté dans les tableaux des compétences, en termes de répartition des ressources par disciplines, par composante ou sous- compétence de la compétence visée. A titre d’exemple pour la compétence « planifier », les ressources qui fonctionnent de façon interdisciplinaire pour sa construction sont du domaine de la pédagogie spéciale et pratique et de la psychopédagogie.

Il est à noter   également au niveau toujours de ce principe que toutes les disciplines enseignées à l’EN s’intègrent dans le projet de faire classe. Autrement dit, les ressources provenant de toutes les disciplines deviennent des apprentissages de base à mobiliser pour faire classe. En effet, par faire classe, il faut entendre : planifier les savoirs, préparer une séquence, la présenter et l’évaluer.

Ainsi, c’est autour donc des unités de formation que toutes les activités se fédèrent en vue de la construction des compétences professionnelles. L’enseignement – apprentissage devient le creuset de toutes les ressources provenant de toutes les disciplines et qui sont mobilisées pour développer les compétences professionnelles y afférentes.

Le deuxième principe souligne que « la formation des enseignants doit préparer à une pratique réfléchie »p .5 . À ce titre, « l’enseignement doit préparer les élèves -maîtres à analyser et à évaluer leurs activités d’enseignement et le processus d’apprentissage de leurs élèves dans la perspective de les améliorer.» Ce passage interpelle les formateurs par rapport à la stratégie de la formation qu’ils doivent entreprendre et mettre en œuvre dans le cadre de la formation des élèves -maîtres. De façon à ce que les élèves -maîtres puissent à leur tour savoir analyser leurs propres pratiques de classe mais aussi le processus d’apprentissage de leurs élèves. Pour y arriver effectivement, le programme préconise de bannir la fragmentation des séquences de formation et le conditionnement des élèves et favoriser plutôt la réflexion dans l’action.

En résume, on peut retenir de ce principe, ce qui suit : « l’articulation de la formation autour des unités de formation(UF), la définition préalable de compétences visées et l’organisation de stages procèdent de ce souci, de partir de la pratique, de l’analyser pour aboutir à une pratique réfléchie.»p5

Ce passage décline effet, toute la stratégie sur laquelle doit reposer la formation des élèves- maîtres dans le but de développer leurs compétences professionnelles avec la posture d’enseignant réflexif. Pour en savoir plus, revenons-en à l’interprétation des mots clés de cette assertion.

D’abord l’articulation des trois dimensions à savoir : les unités de formation, les compétences visées et l’organisation des stages. Il en ressort ici une idée fondamentale qui veut qu’on articule dans le cadre de la formation, les unités de formation(UF) avec les compétences et les stages. La suite de ce principe en donne davantage de précision sur cette articulation en ce sens qu’elle précise qu’il faut « partir de la pratique, de l’analyser pour aboutir à une pratique réfléchie. » p.5En d’autres termes, la stratégie veut qu’on parte de l’enseignement ou de la formation en (UF), d’analyser cet enseignement pour faire apprendre les savoirs, les savoir-faire et les savoir- être qui permettent à l’apprenant de reprendre à son tour l’action d’enseigner en toute connaissance de cause ou de façon réflexive.

En effet, tout le contour de la formation initiale pour le développement   des compétences du domaine de l’enseignement se trouve décrit à travers ces deux premiers principes de base. Cependant, cette stratégie qui veut qu’on aille de la pratique ou de l’enseignement, puis l’analyser pour aboutir à un enseignement réfléchi doit s’organiser en quatre phases :

-phase exploratoire ;

-phase des apprentissages de base ;

-phase de l’intégration/ entrainement ;

-phase de transfert.

Ces quatre phases doivent être respectées si l’on veut que l’enseignement de toutes les disciplines participe à la construction des compétences visées.

Du reste, le processus de formation doit se faire à travers une alternance qui va de la pratique à la théorie puis à la pratique : pratique- théorie – pratique. Cette alternance est matérialisée dans le diagramme de composition et d’enchainement.

Mais il faut comprendre à travers les stages que se sont des moments de pratique du métier, à savoir l’organisation de la rentrée qui s’observe pendant le stage en sensibilisation, l’observation des pratiques d’enseignement –apprentissage qui se fait au moment des stages d’observation, la pratique des activités d’enseignement apprentissage qui se fait en stage pratique guidé et la pratique du métier en général qui se fait au cours du stage en responsabilité. Les différents stages sont des occasions pour recueillir des renseignements pratiques et réels sur le métier. Ces renseignements doivent être ensuite analyser en apprentissage de base et intégrer au cours des unités de formation dans le processus du micro-enseignement et dans l’enseignement à l’école annexe.

Le troisième principe a trait à l’enseignement des contenus enseignés dans les écoles primaires.

Il convient de souligner parlant de ce principe, l’option choisi par le MEN qui consiste à renforcer les compétences des élèves maîtres dans les disciplines de mathématiques et de français à travers des programmes de formation initiale. La formation initiale doit s’occuper donc également de la remise à niveau des élèves maîtres. En particulier, l’accent sera mis sur la maitrise de la langue d’enseignement : « le rapport à la langue doit se manifester à travers toutes les facettes de la formation professionnelle et toutes les disciplines enseignées à l’EN doivent être exploitées pour installer les compétences dans le domaine de la langue. »p.6

Ce passage indique clairement que la mise à niveau des élèves en français doit être un des objectifs dans l’enseignement de toutes les disciplines. Ainsi, chaque encadreur est interpellé par rapport l’enseignement du français pour rehausser le niveau des élèves maîtres. Par conséquent toutes les occasions d’enseignement doivent être mises à profit pour améliorer le niveau des élèves maîtres en langue. L’enseignement de la langue reste donc l’apanage des tous les encadreurs et non seulement de ceux qui enseignent uniquement le français.

C’est dans cet esprit qu’il faut comprendre également l’institution des mémoires pour les élèves maîtres, instituteurs adjoints, afin que par cet exercice, ils améliorent leurs niveaux de langue à l’oral comme à l’écrit.

Le quatrième principe est relatif à l’auto-formation et à la formation permanente.

L’idée est de préparer les élèves à la recherche, à la résolution de problèmes, au traitement conséquent de l’information pour qu’au sortir de l’EN, ils puissent continuer dans la vie de tous les toujours à apprendre à travers des initiatives personnelles.

En fin, le dernier principe traite de l’évaluation qui doit rester une donnée permanente dans tout enseignement-apprentissage.

Pour finir, on peut dire, que c’est fort de cette interprétation qu’ on peut envisager l’élaboration des modules de formation qui seront plus conformes aux orientations et principes de base du référentiel qui visent le développement des compétences professionnelles des élèves -maîtres au cours de la formation.

Ali Issa Willy, Directeur de l’Ecole normale des instituteurs de Tillabery

25 avril 2017
Source : La Nation

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