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Portraits croisés/Oumarou Hamou Abdoulatif et Mahawouya Elhadj Saley Samaila : deux étudiants à la volonté de fer

Oumarou Hamou Abdoulatif et Mahawouya Elhadj Saley Samaila FADEGL’un est non voyant ; l’autre malvoyant. Leur point commun ? Ils sont tous deux étudiants en Droit à la faculté de Droit, d’Economie et Gestion (FADEG) de l’Université de Tahoua. Certes, Oumarou Hamou Abdoulatif et Mahawouya Elhadj Saley Samaila ne veulent pas être appelés « aveugles » ; ils préfèrent les qualificatifs de « non voyant » et « malvoyant » conformes à la terminologie officielle qui désigne les handicapés visuels. Mais, nos deux amis sont sensibles à la « solidarité » active du corps professoral et de leurs camarades étudiants. Attention ! Ils parlent de « solidarité » et non de « passe-droit » ou de « favoritisme ».

Au fait, feu Soli Abdourahamane, ce haut magistrat, qui avait donné une raclée dans les prétoires nigériens au célébrissime Jacques Vergès alias le « Salaud lumineux », a-t-il inspiré nos deux handicapés visuels ? Non, répondent-ils en chœur.  

Mais, si Oumarou Hamou Abdoulatif et Mahawouya Elhadj Saley Samaila attirent notre attention, ce n’est pas parce qu’ils luttent contre la fatalité et la facilité ; c’est qu’ils ont besoin d’un simple coup de pouce : être doté d’équipements informatiques adéquats pour apprendre leurs leçons, lire les livres de droit qu’ils doivent étudier comme tout étudiant qui se respecte et composer leurs devoirs. En effet, s’ils maîtrisent le braille, les études supérieures leur posent un tout autre problème : faire scanner à leurs frais les cours, livres de droit et autres devoirs. « J’ai la même bourse trimestrielle de 105. 000 francs CFA que mes camarades de classe et c’est sur ce montant que je dois prélever les frais de scannage des cours et des livres », se plaint Abdoulatif qui a déjà fait l’acquisition du logiciel JAWS permettant aux non voyants de lire des cours et autres ouvrages. Abdoulatif fonde l’espoir d’être aidé par de bonnes volontés comme l’ONG « Qatar charity », qui offre des bourses trimestrielles de 100.000 à 150.000 francs CFA aux étudiants non voyants. En attendant mieux. Suivez mon regard !

Plus incroyable est la situation de Mahawouya Elhadj Saley Samaila : cet étudiant, qui est en fin de Master 1 en Droit privé fondamental de la faculté de Droit, d’Economie et Gestion (FADEG) de l’Université de Tahoua, vient de se faire voler son ordinateur sur lequel il a aussi installé le logiciel JAWS ! Déjà en butte aux problèmes de bourses et à l’inexistence d’un cycle de Master 2 de Droit à l’Université de Tahoua, cet étudiant - qui veut poursuivre ses humanités pour « devenir un grand juriste » -, est découragé par cet acte odieux et proprement scandaleux.

Notons que Oumarou Hamou Abdoulatif est né non voyant le 13 décembre 1997 à Niamey ; il fréquente d’abord une école spécialisée à Maradi avant d’être inscrit, à partir de la première année du Cours élémentaire (CE1) à l’école Niyya de Niamey qui est baptisée du nom du plus célèbre des hommes de droit malvoyants du Niger : feu Soli Abdourahamane justement. Abdoulatif est par la suite inscrit dans une école pour voyants (l’école Bobiel 2 de Niamey) où il passe son CFEPD en 2010-2011.

Orienté au CEG 35 de la capitale nigérienne, il y obtient son BEPC en 2015 avant d’être inscrit au CES Dar es Salam où il décroche son baccalauréat en 2018, avec ‘’mention passable’’. Il est donc, depuis le 8 novembre 2018, étudiant boursier en première année de droit à la faculté de Droit, d’Economie et Gestion (FADEG) de l’Université de Tahoua.

Abdoulatif a une chance dans son malheur : un étudiant voyant du nom de Abdoulrachid Harouna Almou, avec lequel il a passé le bac en 2018, lui sert de guide dans tous ses déplacements en ville comme à la fac. Quant à Mahawouya Elhadj Saley Samaila, né le 21 décembre 1993 à Tessaoua, il rêve de poursuivre ses études au Bénin ou au Sénégal pour y décrocher un doctorat en droit privé.

Parlant de ces étudiants à la volonté de fer, Dr. Issifi Hamsatou, l’adjointe au chef du Département Droit et coordonnatrice du cycle de Master 1 en Droit privé fondamental de l’Université de Tahoua, est admirative : « je demande à certains professeurs de ralentir la cadence de dictée des cours et devoirs pour que nos deux amis puissent suivre les enseignements et je demande aux autres professeurs de remettre les supports électroniques de leurs cours à ces deux étudiants-là. Ce n’est pas obligatoire mais des professeurs jouent le jeu. Pour les examens, on accorde un temps supplémentaire de 30 minutes à une heure de temps aux handicapés visuels pour qu’ils rendent leurs devoirs. S’agissant de l’ouverture d’un Master 2 en Droit, nous avons déposé une requête au Rectorat, surtout que le Master 1 n’est pas un diplôme ; mais, il faut faire intervenir des enseignants de rang A et il n’y a que deux, même à l’Université de Niamey. Sauf à attendre nos deux collègues de Tahoua qui vont bientôt se présenter au concours du CAMES ».

Quoi qu’il en soit, dans une République du Niger constitutionnellement « démocratique et sociale », on doit trouver les moyens d’encourager deux compatriotes étudiants, animés d’une volonté de fer, à s’élever parmi les êtres et les choses.

Sani Soulé Manzo, Envoyé spécial(onep)
22 janvier 2019
Source : http://lesahel.org/

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