École et société avec focus sur l’enseignement coranique : Par Samaïla Idi Dan Bouzou

M. Samaïla Idi Dan Bouzou Juriste, Directeur de la Formation et du Renforcement des Capacités (HCME)M. Samaïla Idi Dan Bouzou, Juriste, Directeur de la Formation et du Renforcement des Capacités (HCME)La fonction de socialisation. L’école doit aider à la socialisation de ses élèves qui deviennent progressivement des citoyens partageant les valeurs, les coutumes, les croyances et les interdits de la cité.

En effet toute société exige que les citoyens respectent les textes législatifs et réglementaires qui la régissent. Cela n’empêche aucunement l’épanouissement de chaque individualité prise isolément. Selon E. Durkheim afin d’y parvenir l’éducation à la citoyenneté, à la démocratie, à la paix, à la tolérance, à l’amour de l’autre, au respect des croyances des peuples sans préjugés est une tâche impérative de l’école qui doit l’intégrer naturellement dans ses enseignements pour amener le futur citoyen à prendre conscience des droits fondamentaux de la personne humaine mais également de ses devoirs civiques. Ainsi, l’école prépare à amoindrir les conflits sociaux et à les résoudre en pleine connaissance de cause là où ils s’installeraient. L’école africaine pourrait, dans ce cas, faire appel à des ressources humaines comme les griots pour dire à la fois l’histoire et le droit à travers les épopées et les contes qui ont le pouvoir de véhiculer les bases de l’éducation traditionnelle et les relations sociales de l’époque où l’enfant est constamment face au groupe et reçoit les éléments de sa formation du groupe tout entier. Il appelle mère sa vraie mère et chacune des coépouses, chaque femme du village de l’âge de sa mère. Il appelle pères tous les hommes du village ayant au moins l’âge de son père, il appelle frères et sœurs tous les garçons et les filles du village… Nous ne naissons pas socialisés mais nous sommes socialisés de bonne heure tel que le rapporte Fodé DIAWARA, dans son ouvrage intitulé Le manifeste de l’homme primitif. C’est ce qui donnait à n’importe quel adulte le droit d’intervenir directement dans l’éducation des enfants du village sans discrimination.

Beaucoup de foyers, même en milieu urbain, sacrifient à cette tradition en exigeant que les enfants adoptent les comportements susmentionnés mais l’école ne les y encourage pas toujours. La tendance est plutôt à l’individualisation et à l’aspiration à la famille nucléaire.

École et société avec focus sur l’enseignement coranique : Par Samaïla Idi Dan Bouzou Focus sur l'école coranique, d'hier à aujourd'hui, quel intérêt ?

L'école coranique assure toujours aux jeunes enfants, dès l'âge de cinq ans et quelle que soit leur origine sociale, une formation fondée sur la mémorisation des sourates du Coran. Au Soudan, l'apprentissage du coran se fait dans une petite salle reliée à la mosquée et utilisée également pour la méditation mystique: c'est le Khalwa. En Libye, c'est la Zawia, en Somalie le Dox, au Maroc le Msid, au Sénégal la Daara, au Yémen le Milama, en Égypte le Kuttab,en Mauritanie la Mahadra,ailleurs encore Maktabou Madrasa et au Niger c’est la Makaranta. Parfois, l'enseignement a lieu au domicile du maître religieux, voire à l'ombre d'un arbre ou un hangar.

L'enseignement coranique est dispensé sous la conduite d'un maître.

Les filles suivent, elles aussi, cet enseignement coranique. Les écoles coraniques atteignirent leur apogée au moment où il y avait, dans chaque village du monde islamique, au moins une école. Le mouvement éducatif coranique n’a subsisté pendant quatorze siècles que parce qu’il a été soutenu spontanément et sans interruption par la communauté. Par-delà la diversité des tendances, il y a envers les écoles coraniques une sorte de respect, voire de déférence.

Il faut dire que cet enseignement ne prépare pas à un métier particulier, ni même à un état, mais simplement à être croyant. Il a longtemps été partie intégrante de l’éducation familiale aux débuts de l’Islam, l’apprentissage du Coran se faisait alors au domicile des parents et non dans un espace extérieur, sous la direction d’un maître mais sous la supervision du père. Plus tard, quand l’enseignement sort du cadre familial, le maître reçoit en quelque sorte délégation du pouvoir paternel.

Auparavant, les élèves pratiquaient des activités économiques agricoles (dans le champ du maître) ou artisanales (confection de produits locaux) et étaient astreints aux corvées d’eau et de bois. Mais le système a dégénéré pour aboutir à la mendicité comme dans le cas des talibés de nombre de pays du Sahel. Ce phénomène social spécifique des talibés(ou disciples de l'école coranique) a pris toute son ampleur au Sénégal.

Leur emploi du temps fait alterner lecture du Coran et mendicité, mais en réalité, ils passent le plus clair de leur temps à demander l'aumône. Ils ne connaissent que quelques versets du Coran qu'ils psalmodient aux portes des maisons. Dans le "daara" (école coranique) où ils se retrouvent par dizaines tard dans la nuit, ils couchent à même le sol dans des baraquements mal aérés et vétustes ou dans des chantiers ou mosquées. En 1991, une évaluation du programme "Enfants en situation difficile", réalisée en collaboration avec l'Unicef mentionnait 100.000 talibés mendiants au Sénégal. Cette corrélation entre talibés et mendiants est un indicateur d'une certaine dérive. Qui a dénaturé les objectifs de l'école coranique en réalité, qui, à ses débuts, était, selon l'ONG "Enda Tiers Monde", "un lieu d'intégration et de socialisation, les enfants issus de différentes couches sociales recevant la même éducation". Au Niger et au Nigéria la situation est presque similaire.

Dans nombre de cas, l’école coranique reste encore le principal moyen de scolarisation et d'éducation. C'est un mode de scolarisation et d'alphabétisation qui n'est pas pris en compte par les responsables de l'éducation, notamment dans des régions hostiles à l'école moderne où une culture islamique s'est développée. De ce fait, elle peut être considérée comme une alternative de substitution à l'école publique dans les régions fortement islamisées, notamment lorsque l'État qui doit les gérer ne possède pas les moyens humains et surtout financiers pour une scolarisation et une alphabétisation de masse.

Dans nombre de régions, elle continue à recevoir un soutien accru de la population des quartiers urbains marginalisés et des villages, surtout là où l’école moderne ne peut, faute de moyens, jouer son rôle malgré l’apparente généralisation.

Les initiatives des Etats pour modifier ou canaliser l’éducation coranique se heurtent souvent à une certaine résistance des populations. Ailleurs, même quand l’accès à l’école a été généralisé, les écoles coraniques perdurent, jouant alors le rôle d’institutions préscolaires. On assiste, au cours de ces dernières années, à une revitalisation de l'école coranique par les travailleurs publics et privés au Niger et les femmes mariées en grand nombre surtout dans les grandes villes.

Ce type d'enseignement, qui fonctionne depuis des siècles, reste relativement inconnu des planificateurs du développement et rarement pris explicitement en compte dans les politiques et les stratégies. La prise de conscience que l'éducation scolaire officielle ne pouvant satisfaire les besoins a conduit nombre de pays à accorder plus d'attention aux diverses activités éducatives qui existent en dehors du système scolaire. Plusieurs tentatives ont eu lieu de la part de quelques pays pour suppléer les insuffisances quantitatives et qualitatives du système scolaire par un recours complémentaire à ces diverses formes et activités. A titre d’illustrations en Tunisie, les écoles coraniques ont été intégrées au système scolaire formel aussitôt après l’indépendance, en 1956. L’Indonésie et le Niger, entre autres, sont des pays où il n’y a pas de discrimination ouverte entre un élève de l’école publique et un élève de l’école coranique qu’on considère comme complémentaire à juste titre. A la suite de la Conférence mondiale sur l'éducation pour tous (EPT) de Jomtien en 1990 et du Forum de Dakar en 2000, plusieurs partenaires internationaux (Unesco, Banque Mondiale, UNICEF, PNUD, etc.) ont décidé d'allouer des fonds conséquents pour l'appui et la coordination des écoles coraniques ou des medersas, tout en souhaitant une plus grande cohérence de ce type d'enseignement avec les plans éducatifs nationaux. L'institut international de planification de l'éducation a entrepris, dès 1984, de nombreuses études sur les formes traditionnelles d'éducation et la diversification du champ éducatif : le cas des écoles coraniques et l'UNESCO a organisé, en 1997, un séminaire régional d'experts sur les écoles coraniques et leur rôle dans la généralisation et la rénovation de l'éducation de base.

Les raisons de cet intérêt pour l'enseignement islamique se situent sur le plan du rôle que jouent ces écoles dans la lutte contre l'analphabétisme et la promotion de la scolarisation des enfants. En effet, en Afrique noire, comme dans d'autres régions du monde, généraliser l'école de base implique de prendre en compte l'enseignement islamique. Mais, comme le fait remarquer Paulo Freire, sans adaptation, les écoles coraniques, tout comme certaines medersas, risquent de se transformer en "écoles-refuge’’pour les pauvres et pour tous ceux qui ne jouissent pas de l'accès à l'éducation publique.

3.3. La fonction d’inculcation idéologique En tant qu’appareil idéologique d’Etat, l’école apparaît ainsi comme un instrument de cette « machine » de répression qu’est l’Etat, lui-même instrument de domination de la bourgeoisie sur le prolétariat dans les conditions de la formation économique et sociale capitaliste. L’apprentissage scolaire permet donc de reproduire les rapports de production capitaliste, c’est-à-dire les rapports d’exploités à exploitants et d’exploitants à exploités.

Samaïla Idi Dan Bouzou,  Juriste, Directeur de la Formation et du Renforcement des Capacités (HCME)

20 janvier 2019 
Source : Le Troisième Œil

Imprimer E-mail

Education