Gouvernance Guri : l’école tombe…

On se souvient que le PNDS, pendant les premières années de sa création, se vantait d’incarner l’intelligentsia et surtout de trouver son ancrage dans le milieu scolaire qui nourrirait ses bases et animerait ses instances dirigeantes. Il fut ainsi un temps où le PNDS se réclamait d’être un parti des enseignants et s’en vantait avec fierté. Il courtisait alors les syndicats enseignants, poussait ses pions à prendre leur direction, prétextant des choix doctrinaires, il prétendait être si proche du peuple et du prolétariat dont il serait issu car tous ses leaders viennent de la populace. Mais depuis, beaucoup d’eau avait coulé sous les ponts. Et le PNDS, parti socialiste disait-on, s’est profondément métamorphosé. Il n’est plus définissable idéologiquement. Les relents bourgeois de ses dirigeants, avaient fini par produire sous les tropiques, un socialisme bourgeois qui se sert du pouvoir d’État, par la prédation, comme un moyen d’enrichissement à la vitesse de l’éclair. Lorsqu’en France un socialiste, s’en voudrait d’aligner des appartements luxueux, les nôtres s’en vantent dans une ostentation et un exhibitionnisme qui frisent l’insolence.

Personne ne pouvait donc a priori croire qu’avec le PNDS au pouvoir, l’école allait connaitre la pire des déchéances, le coup fatal qui allait assommer à une école déjà mal en point. En vérité, il ne connait pas l’école, à fortiori ses problèmes pour savoir faire le diagnostic le plus pertinent possible afin de poser la remédiation qui s’impose. Les hommes et les femmes qui formaient ce pôle politique, disaient avoir conscience de ce que l’école aura joué dans leur ascension, dans la promotion d’enfants qui viennent, pour la plupart, des rangs des humbles d’une société pourtant hiérarchisée sur des critères sociologiques fondés sur l’ascendance. Qui pouvait alors croire que ceux qui devaient être les plus reconnaissants vis-à- vis de l’école, puissent devenir les plus ingrats, pire, ses fossoyeurs impitoyables qui, depuis cinq ans, ne font que creuser la tombe d’un système que la démocratie a précipité dans le gouffre. L’école, celle-là qui a toujours marché et a permis d’assoir l’égalité dans la société – l’école publique – et qui est celle des pauvres, est aujourd’hui dans un piteux état, abandonnée par un État harcelé par ses multiples défis, et désormais peu crédible aux yeux des populations qui n’y envoient leurs enfants que parce qu’ils n’ont pas le moyen du privé. Il suffit de voir comment l’école privée a connu un dé- veloppement vertigineux, poussant souvent même ceux qui n’ont pas les moyens à s’y hasarder et souvent, pour une formation dont la qualité ne rassure pourtant pas toujours. Personne, si ce ne sont leurs amis politiques, n’a fait autant souffrir l’enseignant que le camarade socialiste. Et les enseignants s’en souviendront pour longtemps. Alors que le président dans l’interview qu’il accordait à un journaliste des médias publics, rappelait non sans fierté le nombre discutable d’emplois que son régime aura offert, les Nigériens savaient aussi, qu’il en a chassé plusieurs autres – des milliers – qui travaillait depuis de longues années dans le système après un test controversé sans compter, les jeunes recrutés, puis révoqués sous le fallacieux pré- texte d’un mauvais concours que son gouvernement a organisé, et d’autres compressés des sociétés minières d’Areva, aujourd’hui Orano. Gazés, matraqués, les enseignants ont connu les pires traitements, quand ils ne sont pas simplement humiliés, traînés dans la boue ces derniers temps par un régime qui semble n’avoir aucun respect pour ces prolétaires dont le rôle si difficile, noble et important, n’a jamais été apprécié à sa juste valeur. Même avec la réalité du problème que l’on soulève, il y avait une autre façon de traiter ces hommes et ces femmes braves car, parmi eux, au moins, l’on peut être sûr qu’ils ne peuvent pas tous être mauvais et il y avait donc à préserver l’honneur de ces autres dignes qu’on ne doit pas sacrifiés au nom d’éléments, produits de la dé- mocratie, à qui il y a, il va sans dire, des choses à reprocher, des hommes et des femmes cyniquement mis au pilori. Les enseignants n’ont jamais vécu d’angoisse que sous ce régime qui s’y identifiait pourtant il y a quelques années avant de devenir ces bourgeois compradors qui ne peuvent plus se reconnaître à travers cette classe qu’ils considèrent avec dédain et mépris. Combien sont-ils en effet ces enseignants qui ont connu des nuits et des jours difficiles, passés si souvent entre larmes et regrets ? Comme ces infortunés que le régime a déguerpis, poussés au chômage et à l’errance, beaucoup de ces hommes et de ces femmes, vivent la désolation, se cherchant des chemins, perdus et désemparés.

Du primaire au supérieur, l’école va mal, comme frappée elle aussi d’une malédiction. Il n’y a plus dans le pays que l’impunité du clan et le mépris à l’endroit d’un peuple qui marchent.
L’Université est en crise depuis bientôt deux mois et par les extrémismes des uns et des autres, la situation ne fait que se dégrader chaque jour davantage au point d’entraîner dans l’instabilité le secondaire qui est aussi à l’arrêt depuis des jours. Quand les uns parlent d’autorité, pour ne pas dire d’autoritarisme, les autres ragaillardis par leur bon droit, parlent de « la lutte continue ! ». Alors que le problème était entre le SNECS et les étudiants, c’est par un accord ridicule entre le gouvernement et le SNECS par lequel le ministre de l’enseignement supérieur se réjouissait d’un dénouement heureux de la crise, dénouement qui ne touchait pourtant pas au vrai problème qui se posait. En se contentant de cet artifice, le gouvernement n’aura pas fait preuve de responsabilité et l’interpellation du ministre de tutelle par la représentation nationale aura montré que la solution envisagée n’était pas la bonne. On aura alors compris que ceux qui prétendaient avoir des solutions aux problèmes nigériens n’ont fait que les aggraver, nous éloignant de solutions pérennes.

Jusqu’où irons-nous dans l’égarement ?

L’école nigérienne est vraiment malade et l’on ne voit aucune solution profiler à l’horizon car l’on refuse de faire le vrai débat. Depuis que l’USN et le politique sont rentrés dans le jeu dangereux du copinage et de la connivence, la première se faisant entretenir dans un confort aliénant et le second se faisant escroquer en jouant sur ses peurs, les relations sont marquées du sceau de l’inceste, jetant le discrédit sur tous. Peut-être s’en est-on rendu compte et l’on alors voulu profiter d’une mise en scène, pour régler des comptes et notamment à l’UENUM qu’on n’arrivait pas à dompter, qu’on n’arrivait pas à mettre sous ses bottes. Et l’on ne peut que regretter, une insouciance des parents qui regardent cette situation pourrir, observant une école qui s’enlise dans le chaos. Les enfants des pauvres, qu’ils soient d’un niveau ou d’un autre, du primaire au supérieur, n’ont plus d’école sinon que celle-là qui forment des hommes qui n’apprennent plus, passant tout leur temps à lutter, à se battre dans la rue, sinon à rester à la maison à ne rien faire.

Mais peut-être, faut-il espérer voir les choses évoluer avec l’assemblée nationale qui offre ses bons offices à faciliter un rapprochement entre les différents protagonistes et rendre possible le dialogue entre des parties qui doivent chacune surmonter ses égos pour mettre, ainsi qu’on le dit, de l’eau dans leur vin corsé par une radicalité et un extrémisme ravageur. L’école doit être tenue à l’écart de nos combines et de nos chamailleries somme toute enfantines.

L’histoire peut tout tolérer mais pas à jouer avec l’école, donc avec la jeunesse et l’avenir de toute une nation. Plus que jamais, les états généraux de l’éducation s’imposent pour que par une concertation nationale, l’on puisse arriver à un consensus national autour des questions de l’enseignement au Niger. La situation gravissime de notre école qui ne semble pas déranger outre mesure les différents acteurs du système mérite pourtant aujourd’hui une trêve pour offrir aux enfants du pays une formation de qualité qui allie rigueur et compétence, probité et fierté nationale, toutes choses que nous avons perdues de nos jours.

C’est d’autant plus une urgence qu’après sept années de gestion chaotique, le socialisme a détruit toutes les valeurs qui fondaient notre identité. Le socialisme, chez nous a commis trop de crimes : les commerçants et le déguerpissement, les partis politiques et le concassage, les leaders politiques et les harcèlements et autres complots, l’économie et les scandales politico-financiers à grandes échelle qui ont éclaboussé les ténors du régime, … Mais, plus qu’un autre, ce sont l’école et l’enseignant qui se souviendront pendant longtemps de ses cynismes…

Pour l’école, les Nigériens doivent être debout…

17 avril 2018
Source : Le Canard en Furie

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