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Etablissements d’enseignement privés au Niger : La collusion pour rançonner des parents d’élèves

Etablissements d’enseignement privés au Niger  La collusion pour rançonner des parents d’élèvesNotre article intitulé « Vacation dans les établissements privés : Une nouvelle règlementation qui soulève l’ire des enseignants du public » paru dans notre publication « La Nation, n°105 » a suscité beaucoup de réactions (positives bien évidemment) notamment sur les réseaux sociaux au point d’en inspirer un autre. Dans les lignes qui vont suivre, le même thème, à savoir l’enseignement privé au Niger mais sur une autre dimension, celle des frais de scolarité.

D’entrée de jeu, précisons que cet article nous a été inspiré par la réaction d’un internaute en réaction au précédent ci-dessus mentionné avec comme problématique : l’augmentation, chaque année des frais de scolarité, au gré des fondateurs et autres responsables des établissements privés.

Le sujet a été déjà évoqué récemment précisément dans un article publié dans le quotidien gouvernemental « Le Sahel » sous le titre « Analyse sur l’éducation : où va l’école nigérienne ? » sous la plume de Noufou Insa, macro économiste, Coordonnateur de la Cellule d’Analyse et de Prospective en Développement (CAPED). Abordant la question de l’enseignement privé notamment le point relatif aux frais de scolarité dans les établissements privés, Mr Noufou Insa écrit : «… le processus de privatisation de l'éducation au Niger devrait s'accompagner d'une régulation publique efficace, veillant entre autres au respect des programmes scolaires, à la qualification des enseignants et aux dérives liées à des écoles entièrement tournées vers le profit. Des récentes études ont démontré qu'entre 1990 et 2014, les frais de scolarité annuelle d'un élève au collège sont passés en moyenne selon les écoles de quatre-vingt mille (80 000) à trois cent soixante mille (360 000) FCFA, soit une croissance de plus de 350% en 24 ans. »

Comme quoi, le constat relatif à l’augmentation exponentielle des frais de scolarité est fondé. Aussi, remarque-t-on, cette augmentation pratiquement annuelle n’est aucunement réglementée. Elle est donc décidée par chaque chef d’établissement privé, selon son desideratum, bien évidemment en fonction de ses calculs personnels. Si l’Etat n’a, jusque-là, rien fait pour règlementer les frais de scolarité dans le privé, les parents d’élèves, premières principales victimes, contribuent à cette augmentation. «  Il y a beaucoup de parents qui lient la cherté des frais de scolarité d’un établissement à la qualité de l’enseignement qu’on y dispense. D’où l’afflux des élèves dans ces établissements. Même quand les parents ne disposent pas de moyens à la mesure des frais de scolarité de l’établissement, ils sont pressés par leurs progénitures au risque de les voir fuguer » ; Dixit un chef d’établissement privé qui a requis l’anonymat. Si le taux de réussite est élevé dans les établissements privés de ‘’luxe’’, c’est-à-dire ceux aux coûts exorbitants des frais de scolarité, ce n’est pas à cause de la qualité supérieure des enseignements qui sont y dispensés ou à celle de leurs formateurs ou encadreurs (ce sont les mêmes programmes qui sont enseignés et le même corps professoral qui tourne généralement dans la majorité des établissements publics et privés) mais parce qu’ils sélectionnent les meilleurs élèves. En l’absence de textes règlementaires ou d’un quelconque contrôle, tout le beau monde du privé s’y met. Ainsi, établissements privés ‘’racailles’’, ‘’sérieux’’ et ‘’Vip’’ se mettent ensemble pour gruger les élèves et leurs parents sous les regards des autorités en charge des questions éducatives alors même qu’ils ont aussi un devoir de service public.

Cette augmentation anarchique et inacceptable est le fruit d’un laisser-aller et d’un laisser faire des responsables administratifs éducatifs qui, mus dans une complaisance complice ne réagissent pas contre une escroquerie apparemment légalisée. Les frais de scolarité sont tout simplement exorbitants et intolérables dans pays où les trois quarts de la population vivent sous le seuil de la pauvreté.

Oumarou Kané

30 août 2017
Source : La Nation

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